Pesticides, bien-être animal… Désabusés, les agriculteurs crient leur mal-être au visage du ministre

REPORTAGE Le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume a été très sollicité pour l’ouverture du salon de l’élevage mardi à Rennes

Camille Allain

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Des éleveurs ont présenté leurs vaches Salers au ministre de l'Agriculture à Rennes.
Des éleveurs ont présenté leurs vaches Salers au ministre de l'Agriculture à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Les agriculteurs ont été nombreux à interpeller le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume dans les halls du Space, à Rennes.
  • La profession vit mal les critiques adressées sur l’utilisation de pesticides ou la remise en cause du bien-être animal.
  • La question des prix payés aux agriculteurs a souvent été posée au ministre, qui a tenté de rassurer.

« Vous n’en pouvez plus d’être stigmatisés, insultés ». Après plusieurs heures passées dans les travées du Space, deuxième salon agricole de France après celui de Paris, le ministre Didier Guillaume a tenté de rassurer les agriculteurs. Pas simple.

Face à la multiplication des arrêtés anti-pesticides, aux vidéos chocs de L214 ou au débat autour du glyphosate​, la profession cherche à faire entendre son désarroi. « On est nuls en communication. Mais il faut se battre, défendre ce que l’on fait. La France est reconnue partout pour ses produits de qualité, mais chez nous, on nous critique », regrette Jean-Luc, éleveur dans le Morbihan.

« Les consommateurs nous jugent sans connaître »

Face aux accusations de pollution des sols, les agriculteurs sont nombreux à s’en prendre « aux médias et aux écolos [qui] influencent la société ». « Les consommateurs nous jugent sans connaître. Ils sont influencés. Tous les jours, quand on allume la radio, on entend qu’on mange trop de viande ou qu’il faut arrêter les pesticides. Mais on ne donne pas de solution aux agriculteurs », regrette Mathieu.

Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, ici au Space à Rennes.
Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, ici au Space à Rennes. - C. Allain / 20 Minutes

L’éleveur d’une trentaine d’années admet utiliser du glyphosate pour traiter les champs de maïs qui nourriront ses bêtes, « mais on ne le fait pas tout le temps, que quand c’est nécessaire. Et nous, on respecte les doses, pas comme les particuliers qui en mettent dix fois trop ».

Dans ce contexte tendu, la multiplication des arrêtés anti-pesticides n’est pas vraiment bien perçue par la profession. La présidente de la FNSEA, syndicat majoritaire, a dénoncé « le buzz » recherché par les maires. « Il y en a qui ont fait des conneries mais on est des gens sensés. On fait attention », répond Marie, éleveuse de vaches salers. « Toute l’agriculture devient raisonnée et on a tous changé. Chez mes parents, on ne traite plus comme avant, défend Elodie, jeune éleveuse du Maine-et-Loire. L’image de l’agriculture n’est pas bonne, on parle toujours de nous en mal. Moi, j’aimerais bien montrer ce que je fais tous les jours ».

« Un jour, ça va mal se terminer »

Debout à côté de sa Prim’Holstein baptisée Miday, la jeune femme veut rester optimiste. « On les aime nos vaches. Le bien-être animal, on sait ce que sait, c’est notre métier, notre passion ». Dans les travées du Space, la question a régulièrement été posée au ministre, notamment concernant les vidéos choc de l’association L214. « Un jour, ça va mal se terminer. On ne peut pas rentrer chez nous comme ça », lance un jeune éleveur à Didier Guillaume. « On ne peut pas accepter ça. Je suis de votre côté. Je suis pour défendre le bien-être animal, mais aussi le bien-être des éleveurs », assure le ministre.

Sans cesse interpellé par des agriculteurs désemparés, le représentant du gouvernement n’a pas toujours su trouver les mots pour rassurer. « Je vends ma viande à 3,50 euros le kilo et je la retrouve à 20 euros dans les étals. Je lui ai dit qu’on était en train de mourir. Si on continue, il n’y aura plus d’élevage en France. Et il me dit qu’il ne peut rien faire. Mais pourquoi il vient alors ? », peste Marie.

Comme beaucoup, l’éleveuse s’inquiète aussi des importations de poulet brésilien ou de bœuf irlandais qui viennent torpiller le marché. « On n’a pas les mêmes contraintes, on ne peut pas lutter ».