Notre-Dame de Paris: Après l’incendie de 1994, le Parlement de Bretagne a su renaître de ses cendres

PATRIMOINE Ravagé par le feu il y a 25 ans, l’édifice a été reconstruit quasiment à l’identique et la plupart des œuvres et décors ont été sauvés

Manuel Pavard

— 

Le toit du Parlement de Bretagne entièrement embrasé, ici dans la nuit du 4 au 5 février 1994 à Rennes. Lancer le diaporama
Le toit du Parlement de Bretagne entièrement embrasé, ici dans la nuit du 4 au 5 février 1994 à Rennes. — D. Levasseur / Archives de Rennes, 2193 W
  • 25 ans avant l'incendie de Notre-Dame de Paris, le Parlement de Bretagne avait lui aussi pris feu à Rennes, à la suite d'une manifestation de marins-pêcheurs.
  • Le bâtiment et ses décors ont été presque intégralement restaurés après un chantier de dix ans et de 54 millions d'euros.
  • Autrefois méconnu des Rennais, le Parlement de Bretagne est devenu après sa reconstruction le momument le plus visité de Rennes.

Le drame a marqué toute une génération de Rennais. Dans la capitale bretonne, les images de la cathédrale de  Notre-Dame de Paris en flammes, lundi soir, ont ravivé des souvenirs vieux de 25 ans. Dans la nuit du 4 au 5 février 1994, après une manifestation de marins-pêcheurs émaillée de violents affrontements, le Parlement de Bretagne s’embrasait, touché par une fusée de détresse.

Ravagée par le feu, la charpente du XVIIe siècle s’effondrait et plusieurs salles furent en partie détruites, emportant avec elles des milliers de documents. Vingt-cinq plus tard, le Parlement de Bretagne se porte comme un charme. Vus de l’extérieur, les stigmates du sinistre sont invisibles et le bâtiment, quasiment ignoré à Rennes auparavant, en est devenu l’emblème.

Première mission : « sauver le maximum d’œuvres d’art »

Animateur de l’architecture et du patrimoine à Destination Rennes (l’office du tourisme), Gilles Brohan était sur les lieux lors de l’incendie. Alors étudiant en histoire de l’art, il se souvient du « silence de mort régnant dans la foule » et de « l’atmosphère de recueillement ». « Le palais était comme décapité. Il n’y avait plus de toit, du coup vu de loin, on avait l’impression que l’ensemble de l’édifice était totalement détruit, un peu comme à Notre-Dame », se rappelle-t-il.

La salle des pas perdus, au Parlement de Bretagne, sera visible ce week-end lors des Journées du patrimoine.
La salle des pas perdus, au Parlement de Bretagne, sera visible ce week-end lors des Journées du patrimoine. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

Intervenus très rapidement, les pompiers ont été guidés par les conservateurs pour « déverser l’eau au-dessus de la Grand’Chambre [l’une des pièces phares du bâtiment] sans abîmer les décors », explique Gilles Brohan. Avant même que le feu ne soit totalement maîtrisé, la première mission était de « sauver le maximum d’œuvres d’art », ajoute-t-il.

Marie-Line Quéro, conservatrice des monuments historiques à la Drac (Direction régionale des affaires culturelles), était aux premières loges à l’époque. « On est intervenu dès le petit matin pour évaluer les dégâts, sortir ce qu’on pouvait, voir dans quel état étaient les plafonds, les toiles, les peintures, raconte-t-elle. Certaines choses avaient brûlé mais c’est surtout l’eau qui avait fait de gros dégâts en s’infiltrant partout. »

54 millions d’euros engagés et dix ans de travaux au total

Le 5 février au matin, les tapisseries et les toiles ont été sorties du Parlement et déposées sur les pavés de la rue Hoche. Elles ont ensuite été emmenées « dans un atelier de restauration monté sur Rennes », précise Marie-Line Quéro, qui se félicite d’avoir « sauvé une grande partie des œuvres ». « Les trois quarts des décors exceptionnels du premier étage ont échappé à l’incendie, souligne Gilles Brohan. En revanche, la bibliothèque des avocats, avec beaucoup d’ouvrages anciens, a été totalement anéantie. Les riverains voyaient s’envoler des papiers avec les signatures de Louis XIV ou de Napoléon », tels des pans d’histoire partant en fumée.

Une fois cette première étape achevée, restait la reconstruction. Tous les acteurs se sont mobilisés très rapidement. L’Association pour la renaissance du palais a lancé une souscription pour récolter des fonds, tandis que les médias locaux et les institutions (ministères de la Justice et de la Culture) ont mis la main à la poche. Au total, près de 54 millions d’euros ont été engagés pour la restauration.

« Il fallait intervenir très vite car on était en plein hiver et l’eau s’infiltrait, indique Gilles Brohan. Un échafaudage a été construit pour couvrir le bâtiment et le protéger, puis il a fallu déblayer les gravats, refaire la charpente et ensuite s’attaquer à la restauration des différentes salles. » Les travaux dureront dix ans en tout, la Grand’Chambre et la salle des pas perdus étant livrées respectivement en 2002 et 2004. Mais avant cela, la cour d’appel avait pu réintégrer les lieux, en octobre 1999, date à laquelle débutent également les visites guidées du bâtiment.

Le monument le plus visité de Rennes

C’est en effet l’une des conséquences ironiquement positives de ce drame. Avant le sinistre, le Parlement de Bretagne abritait la cour d’appel et n’était pas ouvert aux visiteurs. Mais l’incendie a déclenché un « électrochoc, explique Gilles Brohan. Cela a suscité l’envie des Rennais mais aussi des touristes qui ont souhaité venir découvrir le palais et la ville. » Résultat des courses : avec 26.000 à 27.000 visiteurs par an en moyenne, le Parlement de Bretagne est aujourd’hui le monument le plus visité de Rennes.

Malgré ce succès indéniable, Gilles Brohan estime que ces deux sinistres survenus à 25 ans d'intervalle doivent inciter à la plus grande prudence. Il rappelle ainsi qu’il y a aujourd’hui « dans la Grand’Chambre des traces de l’incendie qu’on a laissées visibles ». Une manière selon lui de montrer que « ces lieux restent périssables » et que « si l’on n’est pas vigilant, tout peut disparaître » en un clin d’œil.

La renaissance du Parlement de Bretagne peut-elle alors servir d’exemple pour Notre-Dame de Paris ? Les contextes sont bien sûr différents mais Marie-Line Quéro se veut positive : « On connaît l’édifice. Il faudra du temps et de la patience pour gérer toutes les problématiques, faire intervenir des artisans, des architectes. Mais il y a une volonté de reconstruire… Et ça sera reconstruit ! »