Nathalie Appéré : «Mon horizon pour Rennes ne s’arrête pas en 2020»

INTERVIEW Elue première femme maire de Rennes en 2014, Nathalie Appéré est en lice pour le titre de meilleure maire du monde

Propos recueillis par Jérôme Gicquel

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La maire de Rennes, Nathalie Appéré, dans son bureau de l'hôtel de ville, le 28 septembre 2017.
La maire de Rennes, Nathalie Appéré, dans son bureau de l'hôtel de ville, le 28 septembre 2017. — C. Allain / 20 Minutes
  • Pas encore candidate pour les municipales de 2020, la maire de Rennes indique que son action pour la ville va s’inscrire dans la durée.
  • Elle appelle pour les élections européennes à un rassemblement de la gauche et des écologistes.
  • L’élue socialiste répond aux critiques concernant les transformations profondes et rapides de la ville.

C’est ce mardi qu’on connaîtra la lauréate du prix honorifique de meilleure maire du monde décerné par la fondation City Mayors. Parmi les candidates, Nathalie Appéré, 43 ans, première femme élue maire de Rennes en 2014. A un peu plus d’un an des municipales, l’élue socialiste fait le point pour 20 Minutes sur l’actualité locale et nationale.

Allez-vous briguer un second mandat en 2020 ?

Le temps de la campagne n’est pas venu. Ce temps viendra mais il reste encore quatorze mois avant les élections municipales. J’entends être mobilisée sur la totalité du mandat qui m’a été confié. Et en même temps, à travers tous les projets qui sont lancés, s’accélèrent et nous projettent sur les prochaines années, tout le monde a compris que mon horizon pour Rennes ne s’arrêtait pas en 2020.

On vous a vu récemment aux côtés de Raphaël Glucksmann pour une réunion de son mouvement Place publique à Paris. Quel est le sens de cette démarche ?

J’avais déjà eu l’occasion d’échanger plusieurs fois avec lui à Rennes. J’ai donc répondu à son invitation pour lui témoigner de mon intérêt pour sa démarche. J’ai cette conviction qu’il y a une nécessité absolue pour la gauche et les écologistes de se rassembler pour les européennes. Il y a dans ma majorité des écologistes, des communistes, des radicaux, des gens de la société civile. Et je constate qu’au quotidien ce qui nous rassemble est bien plus important que ce qui nous divise.

Cette union ne veut pas dire abandonner ses convictions, au contraire. Je suis socialiste et je me reconnais pleinement dans cette identité. Mais je pense que sur des thèmes comme la transition écologique, l’innovation et la justice sociale, la manière de réenchanter la démocratie locale, nous avons là beaucoup de points communs et surtout des combats communs à mener. Beaucoup d’électeurs de gauche que je croise sont en attente de ce rassemblement. Ils ne veulent pas pour les européennes se résigner à arbitrer un duel entre le nationalisme et le libéralisme.

On vous voit très peu par contre dans les instances socialistes. C’est un choix ?

Oui et ce n’est pas à défaut d’être sollicitée. Je suis pleinement solidaire du travail que fait Olivier Faure à la tête du parti. Mais je ne suis pas impliquée dans les instances nationales car ma place et mon rôle sont à Rennes.

Lancez-vous également cet appel à l’union de la gauche et des écologistes pour les municipales ?

Je constate qu’aujourd’hui l’équipe municipale est à la fois plurielle et totalement unie et je crois que chacun s’y retrouve. Nous avons bien travaillé ensemble, fait évoluer la ville et mené des projets innovants. Mon souhait est de poursuivre dans cette même dynamique. Car l’enjeu des municipales, ce n’est pas celui des partis et des égos. L’enjeu c’est Rennes.

La ville a beaucoup évolué ces dernières années. Trop et trop vite selon certains. Que leur répondez-vous ?

Rennes connaît en effet une dynamique démographique très forte avec plus de 2.000 nouveaux habitants chaque année. C’est un cercle vertueux car cette dynamique entraîne des opportunités en termes d’emplois ainsi que des équipements nouveaux ou rénovés pour améliorer la qualité de vie des habitants. Mais il faut aussi prendre garde car cette dynamique, par le simple fait du marché immobilier, peut vite exclure et reléguer. C’est pourquoi nous sommes engagés à construire des logements à des prix raisonnables et maîtrisés pour que chacun puisse se loger. Cette politique ambitieuse de l’habitat est notre meilleur atout, je crois, pour continuer à faire de Rennes une ville de mixité où tous ceux qui le souhaitent peuvent se loger.

Nous avons aussi engagé la démarche Rennes 2030 pour interroger les habitats sur leur vision du développement de la ville, sur leurs attentes. Cela nous a conduits, dans le cadre du plan local d’urbanisme, à un certain nombre d’inflexions assez fortes comme la protection et la valorisation du patrimoine ou une affirmation plus forte de la nature en ville.

Plus de béton et plus de nature. N’est-ce pas contradictoire ?

Je ne pense pas. L’audace architecturale, et notamment la question de la hauteur, doit nous permettre d’apporter une forme de densité à la ville. Et c’est cela qui va nous permettre la préservation des terres agricoles et notamment de la ceinture verte, à laquelle nous sommes très attachés à Rennes. Idem avec la valorisation de parcs urbains ou d’espaces verts de proximité comme les prairies Saint-Martin ou les plages à Baud-Chardonnet.

Le président de la métropole, Emmanuel Couet, a estimé qu’il était préférable de renoncer au projet de grand centre commercial à Pacé. Quelle est votre position ?

Je partage son point de vue. Je pense que les critiques qui ont pu être émises à l’encontre de ce projet me paraissent fondées et légitimes.