Rennes: Dépenser 30 millions pour un parc naturel, est-ce respecter l’intérêt général?

JUSTICE Des habitants des prairies Saint-Martin critiquent le projet de parc naturel urbain piloté par la municipalité...

Camille Allain

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Le canal Saint-Martin, à Rennes, où un parc naturel urbain est en cours d'aménagement dans des prairies.
Le canal Saint-Martin, à Rennes, où un parc naturel urbain est en cours d'aménagement dans des prairies. — C. Allain / 20 Minutes
  • Des habitants des prairies Saint-Martin critiquent le projet de parc naturel urbain porté par la municipalité.
  • Ils ont saisi le tribunal administratif, estimant que le coût est élevé et contestent l’utilité publique du projet.
  • Le rapporteur public a apporté son soutien au projet, évalué à 30 millions d’euros.

Un serpent de mer. A l’image des ondulations du canal qui les traversent, les prairies Saint-Martin ont été depuis une dizaine d’années le théâtre de batailles judiciaires. La dernière se jouait vendredi devant le tribunal administratif de Rennes. Sept habitants de la zone tentaient de faire annuler la déclaration d’utilité publique signée par le préfet permettant l’aménagement d’un immense parc naturel urbain au cœur de la capitale bretonne.

Pour sauver leur maison, leur garage ou un bout de leur jardin, les « derniers résistants » des prairies espèrent démontrer que ce projet d’aménagement n’était pas d’utilité publique. « Bien sûr que la réalisation d’un parc de cette taille, c’est d’intérêt général. On ne peut pas le contester. Mais il faut apprécier le rapport coût/avantage », martèle Me Sophie Piperaud, avocate des habitants des prairies.

Et le coût n’est pas négligeable : 30 millions d’euros au total pour réaménager 30 hectares. Exorbitant ? Non, à en croire le rapporteur public. « Cela représente 100 euros du mètre carré. On est dans la moyenne inférieure pour ce genre de projet ».

Des lieux d'observation ont été créés aux prairies Saint-Martin. Ces terres polluées vont devenir le futur poumon vert de Rennes.
Des lieux d'observation ont été créés aux prairies Saint-Martin. Ces terres polluées vont devenir le futur poumon vert de Rennes. - C. Allain / 20 Minutes

« C’est un projet emblématique pour la ville »

D’après la commission d’enquête, les aménagements du même type seraient en général facturés entre 70 et 150 euros du mètre carré. « On peut estimer que l’intérêt général est respecté », embraye le rapporteur public. Ce dernier a d’ailleurs rendu un avis négatif sur les requêtes des habitants devant le tribunal administratif de Rennes. Une preuve que « tout a été fait dans les règles », selon l’avocate de la ville Pauline Prévot.

L’avocate des plaignants ne partage pas vraiment cette analyse et pense aux quelques habitants âgés qui résident ici depuis des décennies. « Je regrette que ce coût social soit si peu pris en compte ». Un temps envisagée, l’expropriation de toutes les maisons du secteur avait été abandonnée par la ville, sous la pression de la commission d’enquête.

En attendant la décision du tribunal, qui sera rendue le 1er mars, les travaux d’aménagement se poursuivent aux prairies Saint-Martin. Longtemps polluées, ces terres doivent devenir « le poumon vert » de Rennes. Des aires de jeux, des parcours sur pilotis et des espaces fermés de préservation de la biodiversité sont en cours de façonnage. « C’est un projet emblématique pour la ville », assure l’avocate de la municipalité. L’ensemble devrait être achevé en 2021.