VIDEO. Bretagne: Pourquoi le champion du monde de la crêpe se paye au SMIC

GASTRONOMIE Triple champion de Bretagne, Christophe Beuriot remet son titre en jeu lundi à Quimper…

Camille Allain

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Le meilleur crêpier de Bretagne Christophe Beuriot, ici aux côtés d'Antoine de Caunes.
Le meilleur crêpier de Bretagne Christophe Beuriot, ici aux côtés d'Antoine de Caunes. — C. Beuriot
  • Elu à trois reprises meilleur crêpier de Bretagne, Christophe Beuriot remet son titre en jeu ce lundi à l’occasion des 10 ans du concours à Quimper.
  • Installé au Faou depuis 2003, cet ancien boulanger s’est formé en Suisse. Une histoire atypique qui lui a valu d’être repéré par de très nombreux médias.
  • Le crêpier continue de mener une vie modeste et refuse d’agrandir La Frégate, son établissement. « L’été, on refuse 200 personnes par jour. »

Son troisième titre de champion de Bretagne acquis l’an dernier lui a ouvert les portes d’une incroyable médiatisation. Depuis un an, Christophe Beuriot est devenu l’un des crêpiers les plus célèbres sur Terre. Installé dans le Finistère, ce natif de Normandie a toujours travaillé dans la restauration. Mais c’est en Suisse qu’il a appris le métier de crêpier, tout seul, armé d’une billig et d’une spatule.

Une histoire atypique qui a beaucoup plu aux médias, qui ont usé des plus beaux superlatifs pour qualifier l’ancien boulanger. « On m’a appelé le pape de la crêpe, le maître, le roi, le champion. Je vais finir par me faire couronner empereur », s’amuse le patron de La Frégate. « Moi, je ne me considère pas comme le meilleur, juste comme le vainqueur d’un concours. Des crêperies, il y en a plein de bonnes. »

Modeste, le dieu de la crêpe (oui, 20 Minutes se met au parfum) s’est installé avec sa femme au Faou en 2003. Un peu par hasard. « On avait quitté la Suisse pour trouver une boulangerie en Bretagne. On en a visité 40, sans trouver celle qui nous plaisait. » Le couple et sa fille craqueront sur une vieille bâtisse construite en 1590 et reprendront la crêperie La Frégate dans l’anonymat. Quinze ans et trois titres de meilleur crêpier de Bretagne plus tard, le Normand est victime de son succès. « On a préféré garder nos 25 couverts. Mais l’été, on doit refuser 200 personnes tous les jours. »

« On n’est pas considérés dans la restauration »

L’homme pourrait multiplier sa surface par dix, il pourrait toujours remplir. Mais ça ne l’intéresse pas. « Ici, on veut faire de la gastronomie, de la qualité. Avec ma femme, on ne se verse qu’un SMIC », lance le pharaon du blé noir (on va crescendo).

L’occasion de corriger l’image d’une profession souvent regardée de haut, où les marges seraient élevées. « On n’est pas considérés dans la restauration. Peut-être parce que certains font du réchauffé, ça fait mal au métier. Et puis les clients pensent parfois qu’on fait de grosses marges, parce que les œufs, le lait, ça ne coûte pas cher. Mais on a les mêmes charges qu’un restaurant traditionnel. »

Son ami et collègue Gilles Stéphant abonde. « Nous avons les mêmes obligations mais notre ticket moyen est moins élevé. Les gens ont l’impression que la crêperie, c’est la poule aux œufs d’or. Mais certains peinent à se sortir un salaire », rappelle le président de la fédération de la crêperie. Installé à Plomeur (Finistère), l’homme a créé le concours du meilleur crêpier justement pour redorer l’image d’une profession. « Dans nos établissements, on voit toutes les générations, tous les milieux sociaux. On crée du lien. »

Lundi, le concours fêtera ses dix ans et verra s’affronter les six vainqueurs titrés depuis 2009. L’occasion de couronner le maître de l’univers de la crêpe (promis, on s’arrête là).