Rennes: Traumatisé par le feu, le fragile centre ancien tente de se protéger des incendies

PATRIMOINE Les pompiers émettent des recommandations aux propriétaires de logements. Et mieux vaut les écouter...

Camille Allain

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Les pompiers interviennent pour un incendie survenu dans le centre historique de Rennes. Ici en 2017.
Les pompiers interviennent pour un incendie survenu dans le centre historique de Rennes. Ici en 2017. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le centre historique de Rennes a été plusieurs fois marqué par de graves incendies, parfois mortels.
  • Pour tenter de limiter les risques, la ville et les pompiers ont œuvré ensemble pour inciter les propriétaires à mener des travaux de sécurisation.
  • Les propriétaires souhaitant profiter de subventions publiques doivent obligatoirement suivre les conseils des secours.

Il a trop de fois été blessé par les flammes pour ne pas s’en souvenir. Le centre historique de Rennes, reconstruit à la hâte après le dramatique incendie de 1720, a une histoire particulière avec le feu. Depuis vingt-cinq ans, les flammes ont avalé une bonne partie du parlement, ôté la vie à trois jeunes occupants de la rue d’Orléans et défiguré la place Saint-Michel, alors considérée comme la « carte postale de Rennes ».

Pour éviter de nouveaux drames, la municipalité a noué un partenariat inédit avec les pompiers, forçant les propriétaires de logements à prendre en compte le risque incendie. « La réflexion a débuté en 2008, quand nous avons visité des immeubles du centre ancien. J’avais été frappée de voir des poulies. Les locataires nous expliquaient que c’était parce que leur logement n’était pas accessible aux pompiers », se souvient la maire Nathalie Appéré. Les soldats du feu confirment. « On a déjà vu des cordes à nœuds attachées aux pieds du lit », assure Pascal Bergot, chef du service prévention.

L’arme la plus convaincante ? L’argent

Dix ans plus tard, des centaines de logements ont été sécurisés dans le cadre de la rénovation du centre ancien. Pour éviter les départs de feu, limiter la propagation des flammes et permettre de porter secours aux occupants. Pour y parvenir, la ville a usé d’une arme convaincante : l’argent. « Les subventions publiques ne sont versées que si les préconisations des pompiers sont suivies », résume l’élu du quartier Centre Didier Le Bougeant.

Un immeuble rénové du centre ancien de Rennes. La cage d'escalier est à l'air libre, comme le conseillent les pompiers.
Un immeuble rénové du centre ancien de Rennes. La cage d'escalier est à l'air libre, comme le conseillent les pompiers. - C. Allain / 20 Minutes

A chaque rénovation d’immeuble, les secours ont pu donner leurs conseils de prévention. « Ici, nous avons demandé la remise à l’air libre de l’escalier. Cela permet aux fumées de s’échapper vers l’extérieur », explique un pompier depuis la cour d’un immeuble de la rue Lafayette. En fermant la cage d’escalier avec des fenêtres de fortune, les occupants n’avaient sûrement pas compris qu’ils mettaient en danger leur sécurité.

Lors de la rénovation de leur bâtiment, ils ont cependant accepté d’écouter les conseils des secours. Et ont investi dans un système de désenfumage pour mettre en sécurité les derniers étages. « Il y a une prise de conscience. Les gens comprennent que cela peut leur faire courir un risque. A eux ou à leurs locataires », poursuit la maire.

Une carte complète des toits de Rennes

Ces dernières années, les pompiers rennais ont également travaillé à cartographier tout le centre-ville jusque dans les moindres détails. Avant même de partir pour un feu, les secours savent déjà où ils mettront les pieds. « Il y a des rues où nos engins ne passent pas. On peut maintenant anticiper quand il nous faudra intervenir à pied », détaille le lieutenant-colonel Pascal Bergot.