Rennes: Symboles de modernité hier, les dalles sont devenues le cauchemar des urbanistes

ARCHITECTURE Au Gros Chêne, un important chantier de rénovation va débuter pour désenclaver le quartier…

Camille Allain

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La dalle du Colombier à Rennes.
La dalle du Colombier à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • L’urbanisme de dalle populaire dans les années 1960 et 1970 est un lourd héritage difficile à traiter pour les villes.
  • A Rennes, le Gros Chêne, Kennedy ou le Colombier sont des places enclavées où règne parfois l’insécurité.
  • Au Gros Chêne, la ville espère désenclaver la dalle pour en faire une place traversante, ouverte sur le quartier. Mais ce sera long et coûteux.

Elles étaient présentées comme les constructions d’avenir, comme l’architecture du futur que tout le monde devait adopter. Cinquante ans plus tard, les dalles sont devenues le cauchemar des urbanistes​. A Rennes, ce modèle de construction s’est répandu aux quatre coins de la ville. Au Colombier, à Kennedy ou au Gros Chêne, ces places encerclées d’immeubles présentent toutes les mêmes inconvénients : enclavement, insécurité et vieillissement.

La tour Mounier, dans le quartier de Maurepas, surplombe la dalle du Gros Chêne.
La tour Mounier, dans le quartier de Maurepas, surplombe la dalle du Gros Chêne. - C. Allain / 20 Minutes

« Dans les années 1960, c’était un gage de modernité. On garait sa voiture dans le parking souterrain et on prenait l’ascenseur. Le top, c’était d’avoir un vide-ordures à chaque étage », relate, sourire en coin, Sébastien Sémeril. Soixante ans plus tard, l’adjoint à l’urbanisme de la ville doit reconnaître l’erreur de ses prédécesseurs. « On a des places sur plusieurs niveaux où il est compliqué d’assurer la sécurité. Il n’y a pas de continuité urbaine ».

« Ce qu’il manque, c’est une place centrale »

Peu importe où elles ont été implantées, ces dalles sont toujours un lieu privilégié pour le trafic de drogue, polluant la vie des habitants et des commerçants. « Il faut reconnaître que c’est parfois compliqué en termes de sécurité le soir. Il y a un inconfort à cause du trafic de stupéfiants », admet Gabriel. Ce gardien d’immeuble travaille pour le bailleur social Archipel Habitat à Maurepas. C’est lui qui gère « la banane », une barre de logements installée en haut de la dalle du Gros Chêne. « Les gens qui habitent ici, ils aiment leur quartier, ils aimeraient bien le changer. Il y a un vrai potentiel », explique-t-il.

La dalle Kennedy dans le quartier de Villejean à Rennes.
La dalle Kennedy dans le quartier de Villejean à Rennes. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

Son ami et collègue Karim sont du même avis. Lui gère plusieurs immeubles bien connus du quartier comme les tours Mounier ou Brno. « Ce qu’il manque ici, c’est une place centrale, un endroit où les habitants pourraient se retrouver pour mettre leur énergie en commun », estime Karim. La dalle du Gros Chêne aurait pu être cet élément fédérateur si elle n’avait pas été aussi mal pensée. « Il faut casser ces différents niveaux, créer des pentes douces. C’est le seul moyen de la désenclaver », estime l’élu Sébastien Sémeril.

Dans le cadre d’une importante opération de rénovation urbaine estimée à plus de 270 millions d’euros, la ville et le bailleur Archipel Habitat vont tenter « d’améliorer le quotidien des habitants du Gros Chêne », selon la maire Nathalie Appéré. Cela passera par la refonte complète de plusieurs immeubles mais aussi par l’ouverture de la dalle sur l’extérieur. La maire annonce :

Nous voulons profiter de l’arrivée de la ligne B du métro pour reconnecter le quartier à la ville. »

Une rue pénétrante pourrait être créée pour permettre de traverser la dalle en voiture.

Des travaux du même genre ont déjà été menés sur la dalle Kennedy à Villejean, mais avec un succès mitigé. Le deal y est toujours très implanté et la sécurité pas toujours assurée. Quant à la dalle du Colombier, elle ne sera pas repensée avant plusieurs années.