Bretons

“Les Bretons ne s’opposent pas à l’impôt mais à l’injustice fiscale”

BRETAGNE Sociologue et directeur de recherche au CNRS, Alexis Spire vient de signer Résistances à l’impôt – Attachement à l’État. Dans cet ouvrage, il analyse les raisons qui poussent certains citoyens à critiquer les prélèvements quand d’autres les acceptent. il met en avant le paradoxe de la région : si la Bretagne se distingue par son civisme fiscal, elle est aussi une terre où les mouvements contre les impôts sont les plus nombreux...

Maiwenn Raynaudon-Kerzerho - Bretons

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Alexis Spire, Sociologue et Directeur de recherche au CNRS
Alexis Spire, Sociologue et Directeur de recherche au CNRS — Emmanuel Pain - Bretons

BRETONS: Vous établissez une différence entre civisme fiscal et consentement à l’impôt. Car, si en Bretagne le civisme fiscal est élevé, c’est aussi une terre de contestation face à l’impôt ?

ALEXIS SPIRE: Je prends l’exemple de la Bretagne car il permet de bien faire comprendre la différence entre ces deux notions. En France, globalement, le civisme fiscal est assez élevé. On est autour de 94-95 % pour l’impôt sur le revenu. Bien sûr, il faut prendre ce chiffre avec précaution. Pour l’établir, on part du nombre de déclarations effectivement remplies, rapporté à l’ensemble des revenus connus de l’administration. Mais, par définition, on ne prend pas en compte les revenus qui n’ont jamais été détectés. Ce taux n’est donc pas forcément le taux réel. Mais c’est le seul dont on dispose et, en Bretagne, il est plus élevé qu’ailleurs, il oscille entre 97 et 98 %. Pourtant, c’est aussi une terre où il existe une forte contestation de l’impôt et de l’État. Mais elle se manifeste par une contestation politique, plus que par de l’incivisme. Par contraste, la Corse, c’est un peu le contraire : on y trouve des taux de civisme beaucoup plus faibles, en dessous de la moyenne nationale, mais pas de mouvements de contestation de l’impôt.

Pourquoi cette tradition de contestation de l’impôt en Bretagne ?

La Bretagne, et particulièrement le Finistère, est une terre d’agriculture où existe le sentiment d’être éloigné de l’État central et de Paris, avec une forte solidarité collective autour du territoire. À plusieurs moments de l’histoire, on y a vu une opposition frontale à l’impôt. Les agriculteurs ont longtemps été à la pointe de la contestation, mais ce ne sont pas les seuls. Lors des différents mouvements de camionneurs contre la hausse du prix des carburants, la Bretagne a toujours été un foyer de contestation important.

 


(...) Retrouvez la suite de cet entretien dans le magazine Bretons n°148 de décembre 2018

Bretons n°148 - Décembre 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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