Rennes: Isolement et solitude, comment les personnes âgées vieillissent en prison?

DETENTION Une équipe des Petits Frères des Pauvres va aller à la rencontre des détenus isolés des prisons de Rennes...

Camille Allain

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L'intérieur de la prison de Rennes-Vezin.
L'intérieur de la prison de Rennes-Vezin. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • En France, 12 % des détenus ont plus de 50 ans. En prison, les « aînés » souffrent souvent de l’isolement.
  • Des bénévoles des Petits Frères des Pauvres vont régulièrement rendre visite à ces détenus. A Rennes, une équipe se constitue pour intervenir à la prison des hommes et des femmes.
  • Les détenus âgés s’isolent souvent des plus jeunes qu’ils voient comme « des racailles ».

Ils représentent 12 % des 70.000 détenus que compte la France. Les plus de 50 ans sont pourtant au cœur des préoccupations de l’administration pénitentiaire. Souvent isolés, les détenus âgés ne partagent pas grand-chose avec les jeunes minots qui peuplent les maisons d’arrêt. Pour rompre cet isolement, les bénévoles de l’association Les Petits Frères des Pauvres vont régulièrement leur rendre visite derrière les barreaux.

A Rennes, une équipe est en cours de constitution et devrait intervenir dans les semaines qui viennent auprès de ceux que l’association appelle « les aînés ». « On vieillit plus vite en prison. On est en marge de la société et la vie y est dure. Mais l’isolement carcéral accroît encore ce vieillissement », explique Frédéric Mary, référent de l’équipe rennaise des Petits Frères des Pauvres. Son association organise ce jeudi à Rennes un débat autour du thème « La prison est-elle adaptée pour y vieillir ? ».

Delphine Dhombes connaît bien la question. Après six ans passés auprès des détenus de l’hôpital carcéral de Fresnes, la bénévole a poussé les portes blindées de la maison d’arrêt pour aller à la rencontre des détenus âgés il y a un an. « On a souvent affaire à des auteurs de crimes de mœurs. Ils ne sortent pas en promenade, n’ont plus de relation avec leur famille. Ils n’ont rien en commun avec les jeunes détenus. Ils les voient bien souvent comme des "racailles" », témoigne celle qui est professeure en collège.

« On ne juge pas, on n’évalue pas »

Chaque semaine, elle passe trois heures dans l’enfer de Fresnes pour parler avec des détenus esseulés. « On parle de tout et de rien. De leur incarcération, de leur vie d’avant, de ce qu’ils ont fait pour être là ». Mais pourquoi des détenus viennent-ils se confier à d’illustres inconnus ? « Parce qu’on a un regard neutre. On n’est ni psy, ni médecin. On ne juge pas, on n’évalue pas. On est juste là pour parler », poursuit Delphine Dhombes.

La bénévole va même plus loin et parle de « bienveillance ». « Au-delà de leurs délits, ils sont tous attachants. Chacun a son histoire, ses colères. Mais tous font preuve d’une grande humanité ».

A Fresnes, Delphine Dhombes intervient surtout auprès des hommes, quand ses homologues masculins rencontrent les détenues de la prison des femmes.

Les femmes, encore plus isolées

A Rennes, les Petits Frères des Pauvres aimeraient également intervenir dans les deux établissements pénitentiaires. Mais savent qu’ils auront un travail particulier à mener auprès des femmes.

« Il y a énormément de situations d’isolement chez les détenues car il y a souvent un éloignement géographique. Et contrairement aux hommes, elles reçoivent en général assez peu de visites, parfois jamais », explique Frédéric Mary. Non, la prison n’est sans doute pas le lieu le plus adapté au vieillissement.