Rennes: La gestion de l’aéroport interroge, la CCI et Vinci pointés du doigt

FINANCES La chambre régionale des comptes estime que l’équilibre financier de la société d’exploitation est « trop favorable » aux actionnaires de l’aéroport…

Jérôme Gicquel

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Illustration d'un avion d'EasyJet ici à l'aéroport de Rennes.
Illustration d'un avion d'EasyJet ici à l'aéroport de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Depuis 2011, l’aéroport de Rennes, propriété de la région, est géré par Vinci et la CCI d’Ille-et-Vilaine.
  • Le directeur de l’aéroport répond aux accusations des magistrats.

Pour Vinci et la chambre de commerce et d’industrie (CCI) d’Ille-et-Vilaine, l’aéroport de Rennes a tout d’une poule aux œufs d’or. C’est ce qui ressort d’un rapport qui vient d’être rendu public par la Chambre régionale des comptes. Depuis 2011, les deux actionnaires se sont vus confier par la région la gestion des aéroports​ de Rennes et de Dinard pour une durée de quinze ans.

A l’époque, Vinci et la CCI avaient investi 15.000 euros dans le capital de départ de la société d’exploitation des deux aéroports bretons (SEARD). Depuis, c’est le jackpot pour eux avec plus de 800.000 euros de dividendes partagés entre 2015 et 2016. Une somme qui fait tiquer la chambre régionale des comptes, qui pointe du doigt dans son rapport « un montage financier très favorable aux actionnaires ». « Le taux de rendement annuel est de plus de 90 % sur la période 2015-2016 », souligne le rapport, estimant que « la rémunération de ce capital est sans commune mesure avec son montant initial ».

Le directeur de l’aéroport conteste le mode de calcul

La chambre des comptes critique également un emprunt souscrit par la société d’exploitation de l’aéroport auprès de la CCI pour un montant de 2,6 millions d’euros sur 14 ans et 10 mois au taux fixe de 5,35 %. « Ce taux de rémunération, qui a conduit au paiement de 528.554 euros d’intérêts cumulés au 31 décembre 2015, est aujourd’hui nettement au-dessus de celui du marché », indique le rapport.

Directeur de l’aéroport de Rennes et président de la société d’exploitation, Gilles Tellier a moyennement apprécié ce rapport de la chambre régionale des comptes. « Nous ne partageons pas certaines de vos observations, et plus particulièrement celle concernant la supposée rémunération avantageuse du capital au bénéfice des actionnaires de la SEARD », indique-t-il dans un courrier transmis aux magistrats. Selon lui, la chambre des comptes s’est trompée dans ses calculs « Nous contestons que les actionnaires se rémunèrent à travers un prêt consenti à un taux élevé », poursuit-il.

L’aéroport de Dinard à la traîne

Pas tendre avec les deux actionnaires, la chambre régionale des comptes souligne tout de même le dynamisme commercial de l’aéroport rennais qui a accueilli près de 725.000 passagers l’an dernier, contre 453.000 en 2012. Celui de Dinard, également géré par Vinci et la CCI, ne peut pas en dire autant. Avec seulement 111.000 passagers en 2016, loin de l’objectif de 159.000 passagers visé à l’horizon 2024, l’aéroport est à la traîne.

« Son activité commerciale est faible et n’apparaît pas à la hauteur de la qualité des infrastructures », souligne la chambre régionale. Elle conseille notamment aux actionnaires de miser sur la proximité géographique avec Saint-Malo, le Mont-Saint-Michel et Dinan pour faire décoller l’aéroport.