Rennes: Un jeudi soir avec les anges-gardiens de la fête

SANTE Le dispositif Noz’ambule encadre les soirées étudiantes dans la capitale bretonne…

Camille Allain

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Les animateurs du dispositif Noz'ambule encadrent une soirée étudiante sur la place des Lices, à Rennes, le jeudi 4 octobre 2018.
Les animateurs du dispositif Noz'ambule encadrent une soirée étudiante sur la place des Lices, à Rennes, le jeudi 4 octobre 2018. — C. Allain / 20 Minutes
  • Un rapport de l’observatoire des drogues et des toxicomanies révèle que les jeunes Bretons consomment davantage d’alcool, de tabac et de cannabis.
  • 20 Minutes a passé un jeudi soir sur la place des Lices, la plus festive de Rennes.
  • A Rennes, les soirées étudiantes sont encadrées par le dispositif Noz’ambule. Des adultes passent la nuit sur la place.
  • Au-delà des préservatifs et des éthylotests, les animateurs sont aussi un point de repère et de sobriété au milieu de la foule.

Il est 22h30 sur la place des Lices quand une jeune femme se présente au camion Noz’ambule. Elle porte son amie sous le bras. « Elle a trop bu, elle n’est pas bien. » Invitée à s’asseoir, la jeune femme boit de l’eau, reprend des forces. Elle repartira plus sereinement quelques instants plus tard. « Sans doute pour aller au lit », glisse l’infirmière qui l’a prise en charge.

La scène s’est déroulée jeudi soir place des Lices, la plus festive de Rennes. Ici, les étudiants se retrouvent avec une bouteille de mélange d’alcool ou quelques bières. Ils boivent un peu, beaucoup parfois, fument quelques clopes ou pétards. Sans vraiment savoir où la nuit va les mener. « On retrouve des gens de la fac ou des anciens potes de lycée. On discute un peu avec tout le monde, c’est chouette », expliquent Emilien et Romain, jeunes étudiants rennais.

Une soirée étudiante sur la place des Lices, à Rennes, le jeudi 4 octobre 2018.
Une soirée étudiante sur la place des Lices, à Rennes, le jeudi 4 octobre 2018. - C. Allain / 20 Minutes

Dans son dernier rapport Escapad, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies révélait que les jeunes Bretons avaient un penchant pour les conduites addictives. Leurs consommations d’alcool, de drogue et de tabac restent supérieures à la moyenne nationale. « La Bretagne est une terre de fête. Oui il y a des consommations mais elles sont généralement bien gérées. Les jeunes sont responsables. Il ne faut pas dramatiser la situation », estime Lolita Duval-Chiquet, qui coordonne le dispositif Noz’ambule. Avant de rappeler que les consommations « sont en baisse depuis quelques années ».

« On n’est pas là pour faire la morale »

Créé en 2006 et piloté par l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA), le service Noz’ambule intervient les jeudis et vendredis soir pour « encadrer la fête » à Rennes. « On est un repère dans l’espace public. Les gens viennent nous voir parce qu’ici ils se sentent en sécurité. On ne juge personne, on n’est pas là pour faire la morale », explique la coordinatrice.

Toute la soirée, une infirmière et des animateurs de prévention veilleront sur la foule de fêtards. Les jeunes viennent au camion pour parler, chercher des préservatifs ou des éthylotests, ou simplement boire de l’eau. « On en profite pour discuter avec eux, savoir ce qu’ils ont prévu de faire ce soir. »

« Ils ont juste besoin de trouver quelqu’un de sobre »

Ce jeudi-là, la fête sera un peu gâchée par une interpellation mouvementée de la police. Les forces de l’ordre chargent, utilisent du gaz au poivre. Un fait rare qui provoque un début de panique sur cette place bondée. Sans le remarquer, les étudiants se rapprochent du camion Noz’ambule. Il y a là de la lumière, des gens un peu plus âgés. Rassurant. « On devient un point de chute. Les jeunes sont parfois paumés parce qu’ils sont un peu trop bourrés. Ils ont juste besoin de trouver quelqu’un de sobre, de gentil, qui saura les rassurer », témoigne Julien, animateur dans les quartiers populaires et petit nouveau chez Noz’ambule.

Le dispositif permet aussi de tisser des liens avec les pompiers ou la police, autres acteurs de la nuit. En cas de pépin, la personne au bout du fil n’a pas deux grammes et a donc toute la lucidité pour analyser la situation.

Pour être efficace, le dispositif travaille également en amont des soirées en allant dans les établissements scolaires faire de la prévention. « Ce n’est pas lors des soirées qu’on va faire passer des messages », glisse Lolita Duval-Chiquet. Ce jeudi-là, des centaines d’étudiants ont passé la soirée sur la place des Lices, qui résonnera tard au son des bouteilles en verre cassées. Mais sans faire de blessés.

Le jeudi, tout n'est pas permis