Rennes: Huit ans après l’incendie, la place Saint-Michel engluée dans un imbroglio juridique

POLEMIQUE La place emblématique porte toujours les cicatrices de l’incendie survenu le soir de la Fête de la musique...

Camille Allain

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La place Saint-Michel à Rennes, où un projet immobilier tarde à sortir de terre, coincé dans un imbroglio juridique.
La place Saint-Michel à Rennes, où un projet immobilier tarde à sortir de terre, coincé dans un imbroglio juridique. — C. Allain / 20 Minutes
  • Huit ans après l’incendie survenu le soir de la Fête de la musique, la place Saint-Michel n’a toujours pas gommé ses cicatrices.
  • Un projet immobilier porté par Giboire doit permettre la reconstruction d’un nouvel immeuble mais le chantier ne peut pas démarrer.
  • La maire de Rennes Nathalie Appéré évoque « un imbroglio juridique ».
  • Certains propriétaires de bâtiments voisins refusent de financer des travaux de consolidation.

Il ne se passe pas un jour sans que quelqu’un s’arrête devant la place Saint-Michel pour contempler les dégâts. Et s’interroger : quand ce chantier va-t-il démarrer? Touché par un incendie le soir de la Fête de la musique en 2010, ce lieu mythique a longtemps fait la réputation festive de Rennes. Mais huit ans et demi après le sinistre, il porte toujours les cicatrices du drame.

Il y a quatre ans pourtant, la ville avait annoncé avoir acquis l’ensemble des bâtiments et confié le chantier au groupe Giboire pour restaurer « la carte postale de Rennes ». Le permis de démolir puis de construire avaient été validés. Date de livraison estimée? Fin 2016… « C’est un imbroglio juridique très complexe », reconnaît la maire de Rennes Nathalie Appéré. « Tout est prêt. Le chantier pourrait démarrer si on ne se heurtait pas aux réticences de quelques propriétaires à effectuer les travaux ».

Le cœur du problème est là. Avant de lancer le chantier de reconstruction, les copropriétés voisines doivent effectuer des travaux préalables de consolidation du mur pignon. Sans cela « des désordres importants, voire un basculement de l’immeuble, pourraient advenir », prévient Territoires, aménageur public qui pilote ce chantier. C’est désormais connu. Dans le centre historique de Rennes, les immeubles se tiennent les uns contre les autres. Enlevez-en un et tout pourrait s’effondrer.

Des propriétaires refusent d’engager des travaux

Contacté, le promoteur Giboire n’est pas plus avancé sur le dossier et explique « attendre la libération du terrain par Territoires ». Chose que l’aménageur ne pourra pas faire tant que les travaux de confortement n’auront pas été menés. « Nous ne disposons pas, pour l’heure, d’un planning arrêté des travaux à mener par les copropriétés voisines », regrette le porteur du projet.

Le visage de la future place Saint-Michel, à Rennes, ravagée par un incendie en 2010.
Le visage de la future place Saint-Michel, à Rennes, ravagée par un incendie en 2010. - Giboire Immobilier

D’après nos informations, le syndic concerné doit prochainement réunir ses propriétaires pour évoquer ces travaux, évidemment très coûteux. En cas de nouveau refus, Territoires Publics pourrait envisager la préemption des bâtiments. « Pour certains propriétaires, ça serait un soulagement. Car ils n’ont pas les moyens de payer », glisse un agent immobilier du secteur.

Des recours en justice qui se multiplient

Sur place, l’impatience de certains se fait sentir, même si la place a retrouvé des couleurs depuis que les palissades ont été enlevées il y a deux ans. « On nous dit tous les ans que le chantier va commencer. Mais on attend toujours », sourit un commerçant de la rue Saint-Michel.

La place Saint-Michel à Rennes, où un projet immobilier tarde à sortir de terre, coincé dans un imbroglio juridique.
La place Saint-Michel à Rennes, où un projet immobilier tarde à sortir de terre, coincé dans un imbroglio juridique. - C. Allain / 20 Minutes

D’autres ont même poursuivi les assurances en justice, critiquant les délais « extrêmement longs » pour indemniser les propriétaires. Certaines compagnies avaient tenté de se soustraire à leurs obligations, avant d’être condamnées en justice. Autant de procédures qui ont ralenti un chantier déjà bien compliqué.

« Ravi que ça ne démarre pas »

L’affaire semble en revanche arranger les occupants des immeubles situés en arrière-plan, qui profitent depuis des années d’une vue dégagée. « Moi je suis ravi que ça ne démarre pas. Ça va nous boucher la vue, surtout pour un immeuble au style douteux », témoigne un propriétaire installé dans une cour de la rue Saint-Louis, située juste derrière. Un sac de nœuds bien difficile à démêler.

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