Rennes: L'Etat condamné pour déni de justice après les viols répétés d'une fillette

JUSTICE La victime, aujourd’hui âgée de 21 ans, a vécu un calvaire pendant son enfance sans jamais être placée. Plusieurs signalements avaient pourtant été émis…

Camille Allain

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La salle d'audience principale de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes.
La salle d'audience principale de la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • L’Etat français a été condamné pour déni de justice par le tribunal correctionnel de Paris. La justice lui reproche de ne pas être venu en aide à Karine J., une fillette violée pendant des années à Rennes.
  • Aujourd’hui âgée de 21 ans, la victime aurait dû être placée. De 2002 à 2005, elle a été violée à de multiples reprises par un ami que ses parents hébergeaient à leur domicile.
  • Roland Blaudy, son agresseur, a été condamné à trente ans de prison en juillet devant la cour d’assises de Rennes.
  • Les parents de la fillette ont également été condamnés pour avoir fait pression sur leur fille pour qu’elle se taise.

Elle avait attaqué l'Etat pour faute lourde. Le tribunal correctionnel de Paris a finalement retenu le « déni de justice ». Ce lundi, Karine J., une jeune femme violée pendant plusieurs années au domicile de ses parents à Rennes, a partiellement obtenu gain de cause en faisant condamner l’Etat. La victime reproche aux pouvoirs publics de ne pas l’avoir protégée, malgré plusieurs signalements.

De 2002 à 2005, alors qu’elle n’avait pas cinq ans, la fillette a été violée à de multiples reprises par Roland Blaudy, un ami que ses parents hébergeaient dans leur logement de la rue Saint-Melaine. L’homme, déjà condamné à plusieurs reprises pour viols et agressions sexuelles, a reconnu les faits et écopé de trente ans de prison lors du procès devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine en juillet.

Les parents avaient fait pression sur leur fille

Egalement jugés, la mère et le père de la fillette avaient écopé respectivement de deux ans de prison avec sursis et trois ans de prison dont six mois ferme, pour avoir fait pression sur leur fille et qu’elle ne parle pas. La mère avait déjà été condamnée pour avoir tué son nouveau-né, issu d’un viol, de plus d’une centaine de coups de couteau.

Pendant des années, les signalements s'étaient multipliés. Les services sociaux, l’école, les médecins, ont tous alerté les autorités. Mais jamais Karine n’a été placée. La fillette ne sera « sauvée » qu’en 2005, quand son agresseur a été incarcéré dans une autre affaire de viol. Mais la fillette ne sera placée que cinq ans plus tard, adoptée par son oncle et sa tante.

12.000 euros en réparation du préjudice

Dans sa décision rendue lundi, le tribunal de grande instance de Paris a jugé que l’action de Karine pour faute lourde « était prescrite », mais a condamné l’Etat à lui verser 12.000 euros en réparation du préjudice subi au titre du déni de justice, et 3.000 euros pour les frais de justice.

Si l’Etat a été condamné, c’est parce que le parquet de Rennes avait attendu un an avant de confier l'enquête à un juge d'instruction. Un délai « anormalement long », selon le tribunal, qui a constaté l'« inertie du parquet ».

Trop peu de juges pour enfants à Rennes

Dans un courrier adressé au Défenseur des droits, le président du TGI de Rennes Ollivier Joulin a livré ses regrets. Mais souligne que la juridiction de Rennes a un taux de juges des enfants «parmi les plus faibles de France». « Ils travaillent sans relâche, presque toujours dans l’urgence absolue ». Suffisant pour éviter que ce genre de situation se reproduise ? Pas certain, répond le président du tribunal et ce « malgré l’intensité de leur engagement pour éviter que ces situations ne se reproduisent ».