Rennes: Chassées de l’hôtel, plusieurs dizaines de familles se retrouvent à la rue

SOCIAL La préfecture d’Ille-et-Vilaine a décidé de revoir son dispositif d’accueil…

Jérôme Gicquel

— 

Une quinzaine de familles sont actuellement hébergées dans l'hôtel du Val Blanc à Vern-sur-Seiche où avait lieu le rassemblement ce lundi midi.
Une quinzaine de familles sont actuellement hébergées dans l'hôtel du Val Blanc à Vern-sur-Seiche où avait lieu le rassemblement ce lundi midi. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • Face à la hausse du nombre de demandeurs d’asile, la préfecture d’Ille-et-Vilaine a décidé de revoir à la baisse son dispositif d’accueil hôtelier.
  • Conséquence, une soixantaine de familles sont priées de quitter les lieux avant la fin du mois.
  • Les militants de l’association Un toit, c’est un droit essaient de trouver des solutions pour ces familles qui risquent de se retrouver à la rue.

Devant l’entrée de l’hôtel du Val Blanc à Vern-sur-Seiche près de Rennes (Ille-et-Vilaine), l’ambiance se veut chaleureuse ce lundi midi. Autour d’un pique-nique, des familles de migrants échangent quelques paroles et des sourires avec les militants de l’association Un toit, c’est un droit, venus les soutenir. Car depuis quelques jours, le couperet est tombé. D’ici la fin du mois, une cinquantaine de familles de migrants devront quitter les chambres d’hôtel qu’elles occupaient dans la métropole.

En cause, une décision de la préfecture d’Ille-et-Vilaine de diminuer drastiquement les coûts d’un dispositif hôtelier arrivé à saturation. « Nous sommes montés à un pic de 500 nuitées l’hiver dernier, contre 50 avant 2016 en hiver et 10 à 15 hors période hivernale », précise Denis Olagnon, secrétaire général de la préfecture, chiffrant le coût de l’accueil à environ 2,6 millions d’euros en 2018.

Le nombre de demandeurs d’asile explose dans le département

Depuis quelques années, le département d’Ille-et-Vilaine connaît en effet « une augmentation considérable des demandeurs d’asile ». Beaucoup de ces demandes émanent de ressortissants géorgiens ou albanais, des pays considérés comme sûrs par l’Etat français qui rejette donc à 95 % leurs demandes. « La plupart des personnes ne sont pas des nouveaux arrivants, cela fait longtemps qu’elles sont là, elles sont sur la voie de l’insertion », indique Armelle Bounya, présidente de l’association Un toit, c’est un droit.

Comme elle, beaucoup de militants ont été surpris par « cette décision brutale » de la préfecture en plein cœur de l’été. « L’Etat a l’obligation d’héberger les personnes qui sont en situation de détresse. Imaginez qu’il y a là des enfants qui doivent faire leur rentrée dans quelques jours et qui vont se retrouver à la rue », s’insurge une militante. « C’est sûr que l’hôtel n’est pas une solution très adaptée car c’est très onéreux. Mais c’est tout de même mieux que la rue ! » poursuit une autre.

Plus de 250 personnes hébergées par la ville

Un peu abattus, les militants refusent toutefois de baisser les bras et d’abandonner ces dizaines de familles à leur sort. « On va encore bricoler une solution qui ne sera pas la bonne mais on n’a pas d’autre choix », assure Armelle Bounya. En milieu d’après-midi, ils ont ainsi tenté de forcer les portes du complexe sportif du Haut Sancé à Rennes avant d’être repoussés par la police. L’an dernier, environ 80 migrants soutenus par l’association avaient trouvé refuge dans le gymnase d’un collège​ à Rennes, avant d’être hébergés pour certains par la préfecture.

En fin de journée, la ville de Rennes a réagi dans un communiqué en annonçant qu’une solution avait été trouvée pour deux familles avec des enfants en bas âge « qui seront hébergées en urgence ». La ville rappelle au passage qu’elle héberge chaque nuit plus de 250 personnes « à titre humanitaire » et qu’elle a organisé la semaine dernière le relogement d’une dizaine de familles « pour pallier la dégradation du dispositif d’hébergement d’urgence de l’Etat ».