Bretons

L’œil rieur de Guy Le Querrec

BRETAGNE Une grande exposition se tiendra à partir du 19 mai aux Champs Libres, à Rennes. L’occasion de se plonger dans le travail de ce photographe de l’agence Magnum qui a fait de la Bretagne, aux côtés du jazz et du continent africain, un de ses terrains de jeu privilégiés...

Maiwenn Raynaudon-Kerzerho - Bretons

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Pendant une course hippique, baie de Kernic, Plouescat, Finistère nord, 5 août 1973.
Pendant une course hippique, baie de Kernic, Plouescat, Finistère nord, 5 août 1973. — Guy Le Querrec

Il y a du Jacques Tati dans les images de Guy Le Querrec. Ce détail, qui vous tire un sourire. Ce léger décalage, qui crée une douce absurdité. Cette tendresse, qui transpire pour chacun des personnages représentés. La comparaison n’est pas pour déplaire au photographe. Lui qui aime raconter, dérouler le fil de son parcours et de sa construction, s’arrête toujours sur les émois cinématographiques de ses jeunes années pour expliquer comment son œil s’est façonné. Un œil qui, au sein de l’agence Magnum, de l’Afrique au jazz, a donné quelques-unes des plus célèbres photos du 20e siècle.
C’est dans un petit cinéma parisien, devant les films de John Ford, Marcel Carné ou Vittorio De Sica, que le jeune Guy Le Querrec, né en 1941, rêve : “Je voulais pouvoir arrêter les images au moment qui me semblait le bon. J’aurais aimé avoir un bouton pour cela dans mon fauteuil”. Mais s’il y a une autre étape sur laquelle le photographe s’attarde encore plus, c’est la Bretagne. Car la région fut pour lui bien plus qu’un lieu de passage. “J’y suis né à la photographie”, affirme-t-il. L’exposition qui se tiendra aux Champs Libres, à Rennes, à partir du 19 mai, illustre son propos. Car, si quelques-uns de ses reportages les plus emblématiques y sont présentés – les Sioux du Dakota, les musiciens de jazz ou ses voyages en Afrique ou au Portugal –, les photos de la région y sont à l’honneur.

“Photographie de l’improvisation”

Ses parents sont des Bretons émigrés à Paris, Guy Le Querrec passe ainsi ses vacances d’enfance dans la région de Malansac, non loin de Redon. Avec son tout premier appareil, obtenu grâce au Noël d’entreprise de sa mère, employée de banque, il s’amuse à perpétuer l’album photo familial. “Dès l’âge de 7 ou 8 ans, je regardais plus l’album de famille que les journaux pour enfants. Je voulais y ajouter des choses, et j’ai pensé qu’il fallait que je le fasse par moi-même.”
Faire de la photographie son métier ? “Je l’espérais assez tôt, je l’ai pensé assez tard…”, sourit-il. Alors qu’il est salarié d’une compagnie d’assurances, une porte s’ouvre à lui. Il devient professionnel à 26 ans, pour une agence de publicité. En 1969, il est engagé par Jeune Afrique, puis cofonde l’agence Viva en 1972. Quatre ans plus tard, il intègre la prestigieuse équipe de Magnum.
Dans la lignée des photographes qu’il admire et côtoie parfois – Marc Riboud, Henri Cartier-Bresson, Sergio Larrain… –, il parcourt alors le monde, livrant des reportages qui ont fait date. L’Afrique, particulièrement, le marque de son empreinte. Dans la vie et le travail de Guy Le Querrec, la musique figure en bonne place. Il devient le photographe de tous les plus grands noms du jazz. Il pousse même le métissage jusqu’à participer à un spectacle où Michel Portal, Louis Sclavis, Henri Texier et Jean-Pierre Drouet improvisent sur ses photos. “Le jazz, mes oreilles, mon cœur, mes sentiments en ont besoin. Ces cadences, ces rythmes... Et il y a ce mot majeur : l’improvisation. Je vais aussi pratiquer une photographie de l’improvisation.”
Celui qui était destiné à devenir instituteur se dédie également à la transmission de la pratique, animant notamment des stages aux Rencontres de la photographie d’Arles ou en Bretagne. Car il saisit la “moindre occasion” pour revenir dans la région.
Fasciné par les mariages, par les fêtes folkloriques, ses photos expriment un regard malin et souriant sur les gens d’ici. On y devine aussi un souci documentaire, se faisant le témoin de la société rurale et de ses transformations des années 1970.
Aujourd’hui, de méchants vertiges empêchent Guy Le Querrec de continuer à promener son œil de par le monde. Mais c’est vers le souvenir qu’il plonge de plus en plus profondément, s’amusant à créer des ricochets entre les vieux albums de famille de son enfance et ses photos d’adulte, méritant plus que jamais le surnom de “photographe qui fait danser la mémoire”.

 

Cet article est paru dans le magazine Bretons n°142 de mai 2018.

Bretons n°142 - mai 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

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Guy Le Querrec, Conteur d’images - Exposition aux Champs Libres (Rennes), du 19 mai au 26 août 2018

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes..