Artisans contre industriels. La bataille des boulangers face à l’ouverture 7 jours sur 7

POLEMIQUE Le tribunal administratif de Rennes vient de casser un arrêté préfectoral...

Camille Allain

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Illustration d'une boulangerie, ici en Ille-et-Vilaine.
Illustration d'une boulangerie, ici en Ille-et-Vilaine. — C. Allain / 20 Minutes
  • Le tribunal administratif a invalidé un arrêté préfectoral obligeant un jour de repos hebdomadaire dans les boulangeries d'Ille-et-Vilaine.
  • Les industriels se frottent les mains et espèrent ouvrir 7 jours sur 7.
  • Les artisans boulangers craignent cette nouvelle concurrence.

Le texte datait de 1996. Depuis 22 ans, il résistait aux multiples assauts des industriels. Mais vendredi, il a pris un coup. L’arrêté préfectoral imposant aux boulangeries d’Ille-et-Vilaine de respecter un jour de repos hebdomadaire devra être abrogé par le préfet. Saisi par les industriels du secteur, le tribunal administratif a estimé que le texte n’était plus d’actualité aujourd’hui. Le préfet d’Ille-et-Vilaine a un mois pour se mettre à la page.

Sur les terres de Louis Le Duff et de son empire du snacking (Brioche Dorée, Bridor…), les industriels se frottent les mains. La Mie Câline en tête, la profession attaque depuis longtemps tous les arrêtés historiques pour tenter d’ouvrir 7 jours sur 7. Pour le délégué général de la Fédération des entreprises de boulangerie, la décision du tribunal est « une victoire de la liberté d’entreprendre ». Pour lui qui représente des empires comme Paul, Pasquier ou Daunat, « les Français sont usés par ces lois obsolètes ».

« Ils n’auront plus de vie »

La nouvelle n’a pas provoqué le même enthousiasme dans les rangs des artisans boulangers. Depuis des décennies, leur fédération se bat pour maintenir ce jour de repos hebdomadaire​. « C’est moche. Dans le secteur rural, ça risque de les couler. S’ils veulent tenir, les boulangers seront obligés de travailler, ils n’auront plus de vie », estime Jean-Luc Coupel. Installé à Rennes, lui s’estime « privilégié » et ferme deux jours par semaine. Rare. « Mais si tout le monde change ses habitudes, il faudra peut-être que je revois ma copie. »

Pour se défendre, la fédération des artisans boulangers d’Ille-et-Vilaine réfléchit à attaquer la décision du tribunal administratif de Rennes. « Nous avons jusqu’au 29 mai. Nous n’avons pas encore pris de décision », précise Maître Vincent Berthault. L’avocat de la fédération refuse d’être taxé de « passéiste ». « Les choses ont évolué depuis 1996 et il est nécessaire d’avoir une réflexion globale. Mais le repos hebdomadaire préservait une libre concurrence. Demain, tout le monde ne se battra pas avec les mêmes armes », poursuit l’avocat.

Sommé par le tribunal d’agir, le préfet a un mois pour abroger son arrêté, qui sera applicable trois mois plus tard. Une décision qui pourrait faire tache d’huile sur tout le territoire français.