Affaire Seznec: La découverte de deux os soulève de nombreuses questions

ENQUETE L’enquête porte sur le meurtre non élucidé de Pierre Quémeneur il y a 95 ans...

C.A. avec AFP

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Des scellés ont été posés sur l'ancienne maison de la famille Seznec, à Morlaix, où des fouilles ont été menées. Des os ont été retrouvés et sont actuellement analysés.
Des scellés ont été posés sur l'ancienne maison de la famille Seznec, à Morlaix, où des fouilles ont été menées. Des os ont été retrouvés et sont actuellement analysés. — Fred TANNEAU / AFP
  • Deux fragments d'os ont été retrouvés ce week-end à Morlaix. Ils seront analysés pour déterminer à qui ils appartiennent.
  • Il pourrait s'agir de Pierre Quémeneur, tué en 1923.
  • Guillaume Seznec avait été condamné pour ce meurtre en 1924 sans preuve ni aveu.

Une actualité brûlante… pour une affaire vieille de presque 100 ans. Ce week-end, à l’occasion de fouilles privées, deux fragments d’os et une pipe ont été retrouvés sous l’ancienne maison de la famille Seznec, à Morlaix (Finistère). Ils pourraient appartenir à Pierre Quémeneur, ancien conseiller général, tué en 1923 mais dont le corps n’a jamais été retrouvé. Ce qui n’avait pas empêché la justice de rendre Guillaume Seznec coupable de ce meurtre et de le condamner au bagne à perpétuité. Sans aveu et sans preuve.

  • Que peuvent dire les os ?

Retrouvés samedi et dimanche, les fragments d’os sont en cours d’expertise afin de déterminer s’ils sont bien d’origine humaine. « Pour l’instant il ne s’agit pas d’analyses scientifiques mais d’une expertise sur le visuel, peut-être par un anthropologue », a précisé le procureur de Brest, Jean-Philippe Récappé. Si les os sont humains, une expertise ADN devrait alors être menée pour tenter de déterminer à qui ils appartiennent. Suspendues, les fouilles pourraient alors reprendre sous l’œil de la police et de la justice, cette fois.

Rétrospective de l'affaire Seznec en quelques dates.
Rétrospective de l'affaire Seznec en quelques dates. - AFP
  • Comment attribuer l’ADN ?

Même si les os sont restés sous terre pendant plus de 90 ans, les scientifiques n’auront aucun mal à en extraire la chaîne ADN. La difficulté sera plutôt de déterminer à qui appartient cet ADN. Pour affirmer si les ossements appartiennent à Pierre Quémeneur, il faudra retrouver des membres de sa famille. Sauf que l’ancien conseiller général du Finistère n’a pas eu d’enfant. D’après Le Télégramme, qui a interrogé un généalogiste, Pierre Quémeneur avait huit frères et sœurs, ainsi que trois demi-frères et sœurs aînés. Il appartiendra aux enquêteurs de retrouver leur descendance.

  • Et si c’était Pierre Quémeneur ?

Si les analyses ADN confirmaient que les os retrouvés appartiennent bien à Pierre Quémeneur, cela accréditerait la thèse avancée par l’ancien avocat de la famille. En 2015, Denis Langlois avait dévoilé le témoignage de l’un des fils Seznec enregistré en 1974, où le garçon disait avoir entendu sa mère refuser les avances de Pierre Quémeneur, avant de voir ce dernier allongé sur le sol. Jeanne Seznec aurait-elle tué son agresseur ? « Je n’y crois pas du tout. Ce sont des gens qui m’ont toujours nui », s’est défendu son arrière petit-fils Denis Le Her-Seznec sur BFM.

  • Le procès peut-il être révisé ?

Les dernières demandes de révision du procès ont toutes échoué. Portés par Denis Le Her-Seznec, les nouveaux éléments apportés n’avaient pas été jugés recevables par la cour de cassation. Si la science parle, une nouvelle demande de révision du procès pourrait être déposée. Mais sans doute pas par l’arrière-petit-fils du condamné, qui ne croit pas à cette thèse. Denis Le Her-Seznec doute même de la présence de ces os. « Il y a eu trois perquisitions de la maison ». Pourquoi les enquêteurs n’auraient-ils rien trouvé ? Le mystère demeure autour de cette affaire vieille de 95 ans.