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Patrick Eveno: “En 1914, on vendait un journal pour quatre habitants”

MEDIAS Professeur à l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne et président de l’Observatoire de la déontologie de l’information, le Morbihannais Patrick Eveno est un spécialiste des médias. Il vient de publier chez Larousse 100 ans à travers les Unes de la presse...

Maiwenn Raynaudon-Kerzerho - Bretons

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Patrick Eveno, professeur à l'université Paris-1-Panthéon-Sorbonne et président de l'Observatoire de la déontologie de l'information.
Patrick Eveno, professeur à l'université Paris-1-Panthéon-Sorbonne et président de l'Observatoire de la déontologie de l'information. — Emmanuel Pain - Bretons

Bretons : À travers l’histoire de ces Unes, vous racontez l’histoire de la presse. Dans la préface, vous rappelez que la presse a d’abord été créée au sein des élites, pour les élites, puis est devenue un média populaire. Aujourd’hui, la presse reste-t-elle un média populaire ?

Patrick eveno : La presse n’est plus vraiment un média populaire. La presse papier, tout au moins. Mais elle trouve une seconde jeunesse sur Internet, les réseaux sociaux, les mobiles, etc. Sur Twitter et Facebook, on met les Unes de la presse pour annoncer le journal du lendemain. C’est un phénomène assez récent mais qui se développe de plus en plus. Le problème, c’est que ce n’est pas la presse papier mais la presse Internet qui en profite. Si ce sont les mêmes rédactions, les mêmes journaux, finalement, c’est une façon de redonner de la vigueur à l’ancienne presse.

Reste le problème du modèle économique…

Voilà. Mais on voit bien que ça marche pour un certain nombre de journaux. En France, Le Monde ou Les Échos ont maintenant plus d’abonnés numériques que d’abonnés papier. Et dans d’autres pays du monde, c’est la même chose. On cite toujours le New York Times et le Washington Post, qui ne cessent d’embaucher de nouveaux journalistes alors qu’ils sont de plus en plus numériques.

Construire une Une est un exercice particulier et assez récent. Vous citez ainsi le Times de Londres qui ne met des informations à la Une que depuis 1966…

Jusqu’à la fin du 19e siècle, les journaux sont très austères, pour différentes raisons. À cause du prix du papier notamment, on n’a pas beaucoup de place, donc on ne fait pas de gros titres. Le Times, pendant très longtemps, mettait des petites annonces en Une. Et puis, arrive la possibilité d’insérer des photographies sur le papier, sur les rotatives. À ce moment-là, on s’aperçoit qu’on peut attirer des lecteurs par des titres et des images. C’est vraiment aux alentours des années 1910 que se développe ce système de créer une Une qui soit la vitrine du journal.

En 1914, la presse française est la première au monde, en nombre de titres et de tirages par habitant ?

Oui. 250 exemplaires vendus pour 1 000 habitants, c’est-à-dire un exemplaire pour quatre habitants. On est à égalité avec les États-Unis à l’époque, et devant l’Angleterre et l’Allemagne. Plus de 300 titres de quotidiens, plus de 7 000 titres tout confondu. Il y a une diversité extraordinaire. Ça commence à stagner dans les années 1920 et 1930, ça se maintient très haut jusqu’aux années 1970, puis cela chute.

Aujourd’hui, quels sont les tirages ?

On est tombé à moins de 4 millions pour les quotidiens régionaux et locaux, et à moins d’un million pour les quotidiens nationaux. On est donc à moins de
5 millions tout compris.

 

Retrouvez la suite de cet entretien dans le magazine Bretons n°137 de décembre 2017.

MAGAZINE BRETONS n°137 - Décembre 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

100 ans à travers les Unes de la presse, Patrick Eveno,
Larousse, 272, p., 29,95 €

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.