Rennes: Et si l’ancienne prison Jacques-Cartier se transformait en grand musée?

JUSTICE Les bâtiments sont vides depuis le départ des détenus en 2010…

Camille Allain
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La prison Jacques Cartier, vide depuis le départ des détenus en 2010, est située en coeur de ville à Rennes.
La prison Jacques Cartier, vide depuis le départ des détenus en 2010, est située en coeur de ville à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • Une association aimerait créer dans la prison Jacques-Cartier un grand musée à l’image du Mémorial pour la Paix à Caen.
  • La prison a été mise en vente par l’Etat, qui a fixé une date limite à 2019 pour s’en séparer.
  • Une réunion publique est organisée mardi soir pour évoquer l'avenir des bâtiments.

Cela fait plus de sept ans que les détenus ont quitté leur cellule. Sept ans que l’ancienne prison Jacques-Cartier ne voit plus passer personne, ou presque. Seule l’équipe d’intervention des services pénitentiaires vient parfois s’entraîner ici et briser le silence qui règne depuis le transfert vers la maison d’arrêt de Vezin-le-Coquet. Inébranlables, les murs de schiste pourpres tiennent debout. Mais les toitures sont fragiles et les bâtiments inaugurés en 1903 subissent le poids des années.

Toujours à vendre…

Abandonné, le site a été mis en vente il y a plusieurs années mais sans jamais trouver preneur. A quel prix ? Impossible à savoir. Le service des Domaines en charge de la vente ne peut divulguer le montant « afin que les intéressés fassent la meilleure offre possible ». Si le bien n’est pas parti, c’est que personne n’a proposé le bon prix. Très encadrée, la vente publique ne peut se faire à perte.


Face à cette impasse, la solution viendra peut-être d’une poignée d’habitants. Réunis au sein de l’association Champs de justice, des Rennais souhaitent voir l’ancienne prison se transformer en grand musée national de la justice. « Avant d’être une ville rock, Rennes est une ville d’administration de robe. Elle a un vrai lien avec la justice. On le voit dans l’attachement des habitants au parlement », explique Christian Gentilleau, président de l’association qui organise une réunion publique ce mardi.

Affaire Dreyfus, procès d’Outreau…

Théâtre de la révision du procès du capitaine Dreyfus, Rennes accueille une cour d’appel et deux prisons en activité dont l’une des rares dédiées aux femmes, et a vu se dérouler d’importants procès ces dernières années comme l’acte 3 d’Outreau. Suffisant pour devenir LE musée français de la justice. « Une étude a été menée suite au déménagement du 36, quai des Orfèvres à Paris (ancien siège de la police judiciaire). Elle montre qu’il n’y a pas en France, pays des Droits de l’homme, de musée consacré à la justice. C’est une vraie lacune », poursuit le président.


Ambitieuse, son association aimerait récupérer 5.000 des 19.000 m² de la prison pour y installer son musée, calqué sur le Mémorial de la Paix à Caen. « Nous pourrions parler de la peine de mort en évoquant la plaidoirie de l’affaire Jégado, des grands procès de pollution maritime ou du droit à l’environnement », détaille Christian Gentilleau.

Pour cela, il faudra convaincre les collectivités de mettre la main à la poche. Sollicitée, la ville n’a pas fermé la porte mais aimerait également récupérer une partie des terrains à des fins immobilières. Plusieurs promoteurs s’étaient également renseignés sur le foncier. Classée trois étoiles à l’inventaire du patrimoine, la prison Jacques-Cartier sera protégée par le nouveau plan local d’urbanisme. Un document qui devrait entrer en vigueur en 2019, date butoir fixé par le ministère pour vendre son bien. Affaire à suivre.