Sorcellerie, guérisseurs et magie... Pourquoi la Bretagne continue d’y croire

CROYANCES Une grande exposition s’ouvre à Rennes autour des pratiques mystiques…

Camille Allain

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Une projection du corps d'une femme au musée de Bretagne dans le cadre de l'exposition J'y crois j'y crois pas.
Une projection du corps d'une femme au musée de Bretagne dans le cadre de l'exposition J'y crois j'y crois pas. — C. Allain / 20 Minutes

Des druides aux korrigans en passant par les pouvoirs mystiques de la forêt de Brocéliande. Depuis toujours, la Bretagne se passionne pour la magie et la sorcellerie. Ces pratiques ancestrales ont longtemps trouvé écho dans cette région rurale et très croyante mais continuent de faire de nombreux adeptes au XXIe siècle. Le musée de Bretagne a décidé de s’y intéresser dans le cadre d’une grande exposition intitulée « J’y crois, j’y crois pas ».

« Le poids de la religion a peut-être joué un rôle »

« Il y a beaucoup de sorciers en Bretagne. Qui est ce qui croit maintenant à ces choses-là ? » Dans son recueil Mémoires d’un touriste publié en 1838, Stendhal est catégorique. La magie a gardé une place importante dans la culture bretonne. « Le poids de la religion a peut-être joué un rôle. La culture celtique, sans doute aussi, avec les druides ou les peuples des forêts », estime Céline Chanas, directrice du musée de Bretagne.

Magnétiseurs, désenvoûteurs ou encore tireuse de carte. Dans son exposition, l’établissement essaie de dresser un inventaire des différentes pratiques mystiques qui ont traversé les siècles à travers 300 objets. « On observe chaque pratique sans émettre de jugement. Chacun est libre d’y croire, ou pas », poursuit la directrice.

« Il faut se protéger »

On entend par exemple le guérisseur Fanch Vaucelle témoigner de son « don ». Cet ancien architecte a tout plaqué quand il a découvert ses « capacités ». « Le plus dur, c’est que je prends tout en moi. Il faut se protéger mais aussi se décharger », explique-t-il. On pense alors au John Coffey du film La Ligne Verte. « Il y a des pleins, des vides, j’essaie d’équilibrer les énergies », poursuit ce médecin alternatif.

Vétérinaire dans le Morbihan, Christophe Auray est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Lui-même concède « côtoyer le milieu magique ». « Il y a des pratiques qui ont disparu mais la sorcellerie est toujours présente. Quand je visite des fermes, beaucoup de paysans parlent encore d’envoûtement quand les soucis s’accumulent. Et pas que des anciens », témoigne-t-il.

Des affiches sur la sorcellerie et la peur au musée de Bretagne dans le cadre de l'exposition J'y crois j'y crois pas.
Des affiches sur la sorcellerie et la peur au musée de Bretagne dans le cadre de l'exposition J'y crois j'y crois pas. - C. Allain / 20 Minutes

Si les désenvoûteurs sont moins nombreux aujourd’hui, les guérisseurs, magnétiseurs ou géobiologues (qui étudient les énergies de la Terre) sont même de plus en plus sollicités. « Pour les brûlures par exemple, les patients ressentent généralement un soulagement, moins de douleur. Mais comment expliquer qu’il n’y ait parfois plus de trace après ? Pour les scientifiques, c’est difficile à prouver », poursuit le vétérinaire.

A-t-il été témoin de miracle ? « C’est une notion difficile. J’ai vu des vaches que l’on disait condamnées se relever deux jours après l’intervention d’un désenvoûteur. Mais il y a des miracles qui se produisent sans rien faire. » Alors, t’y crois ou t’y crois pas ?