Stade Rennais: Les supporters ont-ils raison de demander la démission de Christian Gourcuff?

FOOTBALL «Il semble évident qu'il est dépassé par ses principes et sa philosophie», a écrit le kop rouge et noir...

Jeremy Goujon

— 

Les temps sont durs pour Christian Gourcuff.
Les temps sont durs pour Christian Gourcuff. — L. Venance / AFP
  • Aucune victoire à domicile, une 15e place au classement, une dernière sortie désastreuse à la maison : on en connaît qui sont partis pour moins que ça.
  • Mais les problèmes du SRFC serait-ils vraiment réglés si l'entraîneur breton rendait son tablier ?

Quatre jours après les premiers chants contestataires entendus au Roazhon Park, le Roazhon Celtic Kop, principal groupe de supporters du Stade Rennais, s’est fendu d’un communiqué, mercredi soir, dans lequel il « invite Christian Gourcuff à déposer sa démission d’entraîneur […] et ce, avant le déplacement à Guingamp [14 octobre] ». Une demande légitime, ou pas ?

OUI

Des résultats catastrophiques. Cinq. Tel est le nombre (famélique) de succès du Stade Rennais en Ligue 1, sur l’année civile 2017. Même le voisin lorientais, pourtant relégué à l’échelon inférieur, a fait mieux (six)… et en moins de matchs, forcément (19 contre 27). En termes de pourcentage de victoires, tous les prédécesseurs de Gourcuff possèdent un ratio supérieur au technicien breton (hormis Philippe Bergeroo), depuis le retour de ce dernier à Rennes (28 %) : Vahid Halilhodžić (32), László Bölöni (41), Pierre Dréossi (38), Guy Lacombe (41), Frédéric Antonetti (39), Philippe Montanier (32), Rolland Courbis (35). Rude.

>> A lire aussi: Pour son ancien joueur Julien Escudé, «Gourcuff est un bon entraîneur, mais si l’équipe continue à ne pas gagner...»

Le message ne passe décidément pas. Face à Caen (0-1), les Rouge et Noir ont semblé perdus sur le terrain, comme décontenancés par l’absence de directives de la part de leur coach. Qui plus est engoncés dans un schéma tactique immuable (4-4-2), ils ont dès lors répondu par un « manque d’envie ». Un dialogue de sourds qui ne date pas d’hier en Ille-et-Vilaine. « En 2001, Christian Gourcuff était en avance sur son temps, souffle ainsi à 20 Minutes un ancien salarié du SRFC, mais il y avait déjà un gros problème de communication avec l’effectif, y compris les joueurs initialement favorables car choisis par lui. »

Trop old school pour l’époque. « La vie d’un entraîneur de Ligue 1, c’est 80 % de médias », nous disait jeudi le « Brestois » Jean-Marc Furlan. Outre une presse désormais omniprésente, tout coach de ce niveau doit également composer avec les réseaux sociaux, pour lesquels Gourcuff a récemment exprimé son dédain. Mais à trop rester dans sa bulle et ignorer de facto les critiques (positives ou négatives) de monsieur ou madame Tout-le-Monde - quand il ne s’énerve pas au moindre reproche, le Finistérien s’enfonce dans sa vision romantique du football. Sauf que l’important, c’est aussi les trois points, pas que le beau jeu.

NON

Pour le remplacer par qui ? Claude Puel ? Rennes a déjà donné dans le style « entraîneur à poigne ». Un retour de Lacombe ? Trop tard, l’Aveyronnais vient de prendre sa retraite. Carlo Ancelotti ? LOL. Reste la solution interne avec Julien Stéphan, auréolé de son doublé CFA 2-CFA lors des deux dernières saisons, et dont le nom avait été évoqué par France Football en cas de défaite rouge et noire à Marseille. Or, le Stade Rennais s’est non seulement imposé au Vélodrome, avec la manière (preuve que les joueurs savent passer de la théorie à la pratique… quand ils veulent), mais en plus, l’équipe réserve ne sait plus gagner. Donc…

>> A lire aussi: «Christian Gourcuff a mon soutien indéfectible», affirme l'entraîneur du Stade Brestois Jean-Marc Furlan

Il n’y a pas à parler de crise. La dernière fois que le SRFC n’avait pris que six points au bout de huit journées, c’était en 2006-2007. L’entraîneur-manager général Pierre Dréossi ne s’était pas pour autant retiré du banc de touche (il le fera un an et quelques mois plus tard, mais seulement en raison de six défaites consécutives en championnat), et avait, à l’arrivée, mené sa formation jusqu’à la 4e place - meilleur classement ever du club en D1/L1 (à égalité avec 1949, 1965 et 2005). Alors, comme dirait une nouvelle fois Furlan, ardent défenseur de Christian Gourcuff : « Il faut être patient, c’est tout ». Même si c’est relou.

Parce que le groupe l’apprécie. Au-delà de sa motivation intacte, révélée jeudi auprès de L’Équipe (« Évidemment que j’ai toujours la foi, je crois à ce qu’on fait »), Gourcuff a assuré que « ça se [passait] bien avec les joueurs », contrairement à « la saison dernière, [où] le vestiaire était plus compliqué ». En dépit d’un contexte extérieur pesant, le coach se sait également serein grâce au soutien du président René Ruello et de l’actionnaire François Pinault. « Le jour où ils me diront d’arrêter, il n’y aura pas de souci. Mais de ce point de vue-là, rien n’a changé. » Normal, puisque l'objectif est de s’inscrire dans la durée.