Mondiaux de cyclisme: «Laurent Brochard, ça fait longtemps… À nous de jouer!», lance Warren Barguil

INTERVIEW La nouvelle star bretonne compte bien ramener le maillot arc-en-ciel en France, vingt ans après…

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Warren Barguil tout sourire avec son maillot à pois, le 22 juillet 2017 à Marseille.
Warren Barguil tout sourire avec son maillot à pois, le 22 juillet 2017 à Marseille. — P. Dejong / AP / Sipa
  • Héros du dernier Tour de France, « Wawa » Barguil sera au service de Julien Alaphilippe dimanche, sur les routes de Bergen (Norvège).
  • Le Morbihannais revient également pour 20 Minutes sur son exclusion de la Vuelta, et son arrivée prochaine chez les Bretons de Fortuneo-Oscaro.

Dimanche, à Bergen (Norvège), Warren Barguil tentera de succéder à Laurent Brochard, dernier Français champion du monde sur route (1997). Même si le cycliste breton (25 ans), meilleur grimpeur du Tour de France 2017, sera au départ un équipier de luxe pour Julian Alaphilippe…

Que s’est-il passé pour vous depuis l’annonce de votre sélection en équipe de France (6 septembre) ?

Dans mon programme de fin de saison, il n’y avait pas forcément les championnats du monde. Il était déjà question de finir le Tour d’Espagne, mais vu que je n’ai pas terminé la Vuelta, j’ai discuté avec Cyrille [Guimard, le sélectionneur des Bleus] pour pouvoir faire le Mondial. J’étais super motivé, du coup, je me suis bien entraîné. J’ai effectué de longues sorties, et j’ai aussi fait des simulations de course, parce que je n’en avais pas forcément dans les jambes après la Vuelta.

Quels souvenirs gardez-vous de vos deux précédentes participations aux championnats du monde, en 2013 et 2014 ?

Un pas très bon de Florence [2013], puisque j’étais tombé et j’avais dû abandonner. Par contre, à Ponferrada, c’était vraiment super bien [Barguil se classa 19e]. On n’avait pas d’oreillette, et avec Romain Bardet, on avait pris la décision de rouler pour ne pas perdre la course, car il n’y avait pas trop d’équipiers à nos côtés. J’avais fait une belle course pleine, je sais que les courses sur circuit, ça me correspond bien. Et puis, faire honneur au maillot tricolore, c’est toujours une chance, il ne faut pas l’oublier.

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Pour l’instant, vous n’avez reconnu le parcours de 2017 qu’en vidéo (les neuf coureurs français arrivent en Norvège ce vendredi). On le dit très difficile…

Oui, c’est sélectif, mais pas comme l’an prochain par exemple, où ils annoncent 5.000 mètres de dénivelé [à Innsbruck]. C’est parfois sur des parcours comme ça qu’il y a plus « la course ». Personne n’attend vraiment la fin, tout le monde tente un peu, et c’est un peu plus ouvert, contrairement à des Mondiaux pour purs grimpeurs. C’est vraiment bien, et je pense que ça va être une belle course.

Cyrille Guimard a déclaré qu’il y aura un « fil conducteur », Julian Alaphilippe, et huit « soldats » derrière lui (dont les autres Bretons Cyril Gautier, Olivier Le Gac et Julien Simon). Ce rôle vous convient-il réellement ?

Oui, sinon je n’aurais pas été pris. J’ai accepté les conditions de sélection, et on a une belle carte à jouer avec Julian. On sera là pour l’appuyer dans le final, même s’il faudra peut-être commencer la course un peu plus tôt, pour lui rendre la tâche plus facile. Les circonstances de course peuvent changer la donne, mais quand il y a un leader, on roule pour lui, il n’y a pas de souci à se faire là-dessus. J’ai déjà couru en équipe de France en étant équipier, et quand la consigne est claire au départ, on sait ce qu’on a à faire.

En vous posant la question précédente, on pensait évidemment à ce qui s’est passé sur la Vuelta. Avez-vous digéré votre exclusion ?

Pas totalement à l’heure actuelle… Pour moi, la décision était trop dure [Barguil fut mis hors course par sa propre équipe, Sunweb, pour ne pas avoir attendu son leader au cours de la 7e étape]. Quand on est sportif de haut niveau, on fait beaucoup de sacrifices, et quand ça se passe comme ça, c’est difficile à digérer.

Il y eut plus de plaisir sur le Tour de France, qui vous a révélé aux yeux du monde entier (10e à l’arrivée, deux victoires d’étape en sus du maillot à pois). Est-ce que cela a véritablement changé votre vie ?

Oui, maintenant à l’entraînement, les gens demandent que je m’arrête pour signer des autographes. Ce n’est pas facile, parce que je dois justement m’entraîner. Je ne m’arrête donc pas forcément, mais ça, c’est aussi la rançon de la gloire, comme on dit… Autrement, je n’ai pas changé mes habitudes. Je m’entraîne toujours autant, en me disant que tout est possible.

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Mais ça vous gêne, cette notoriété nouvelle ?

Non, je suis plutôt content ! C’est agréable, on fait de bonnes rencontres. Il y a eu ma rando le week-end passé [la 3e « Warren Barguil », à Inzinzac-Lochrist], où j’ai signé des autographes à toutes les personnes qui le désiraient. Les gens étaient vraiment super contents. Je trouve ça normal de faire preuve d’ouverture, car c’est comme ça que je vois la vie.

Pour citer une nouvelle fois Cyrille Guimard, « c’est toujours bien quand un enfant revient à la maison ». C’est aussi comme ça que vous voyez votre signature en faveur du team breton Fortuneo-Oscaro ?

Je « viens » plutôt à la maison, puisque si j’étais en Bretagne durant ma période amateurs [à l’AC Lanester 56], je ne suis jamais passé pro dans la région. Rejoindre l’équipe a été un choc pour beaucoup de monde au départ, mais quand je leur ai expliqué le pourquoi du comment, ils ont tout de suite compris. Je devrai aussi faire mes preuves la saison prochaine. Je serai leader désigné quasiment tout le temps, donc à moi de gérer tout ça et d’assurer.

Gagner le Tour de France, et ainsi succéder à Bernard Hinault, ça fait partie de vos objectifs pour les saisons à venir ?

J’ai encore besoin de « prendre de la caisse ». Cette année, j’ai retrouvé le feeling que j’avais perdu durant pas mal de temps, à force de me focaliser sur le classement général. J’ai retrouvé un plaisir indescriptible en montagne, et je n’ai pas envie de changer d’approche pour le moment.

Un mot sur l’élection de David Lappartient à la tête de l’Union cycliste internationale. C’est un Morbihannais, comme vous…

C’est cool, je suis très content ! Les Bretons en force, on va dire (sourire)… Quand j’ai vu ça, j’ai cru au début à une blague sur Twitter ou quelque chose comme ça… Je pensais que les élections avaient lieu dimanche ! Maintenant, il a du pain sur la planche, mais je ne m’en fais pas pour lui.

Son succès est peut-être un signe avant la course de dimanche… Êtes-vous superstitieux ?

Si on peut ramener le maillot arc-en-ciel à la maison, que ce soit moi ou un autre membre de l’équipe de France, ce sera très bien. Laurent Brochard, ça fait longtemps (sic)… À nous de jouer !