Ligue 1: «Le Stade Rennais, c'est quand même pas mal», se dit Didier Roustan

INTERVIEW Le célèbre journaliste a apprécié la prestation des Rouge et Noir à Marseille...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Didier Roustan (à d.), en compagnie de Jean-Claude « le grand argentier du foot français » Darmon.
Didier Roustan (à d.), en compagnie de Jean-Claude « le grand argentier du foot français » Darmon. — E. Lichtfeld / Sipa
  • Ayant grandi à Cannes, Didier Roustan a une certaine tendresse pour l'OGC Nice, adversaire du SRFC dimanche après-midi.
  • L'ancien présentateur de « Téléfoot » a aussi « un peu de Rennes dans [son] cœur, car ce qui berce votre jeunesse reste à jamais ».
  • L'occasion, donc, de parler de Marcel Aubour, Jean Prouff, et surtout de Christian Gourcuff (et son fils)... mais pas que.

Alors que « Téléfoot » fêtera samedi son 40e anniversaire, l’un de ses présentateurs vedettes, le Cannois Didier Roustan (59 ans), évoque pour 20 Minutes le passé et le présent du Stade Rennais, hôte de l’OGC Nice dimanche après-midi (17 h).

En tant qu’Azuréen, le rouge et noir niçois doit plus vous inspirer que le rouge et noir rennais, non ?

J’allais bien sûr voir l’AS Cannes, qui évoluait en deuxième division, mais c’est vrai que Nice avait une super équipe dans la fin des années 1960 et au début des années 1970, avec les Roger Jouve, Jean-Noël Huck, Jean-Marc Guillou, etc. Souvent, ils étaient en tête [du championnat], et puis après, quand le soleil arrivait au printemps, ils perdaient des points, et c’était Saint-Étienne qui gagnait… Ce club est donc vraiment dans mon cœur.

Et Rennes dans tout ça ?

J’ai de très bons souvenirs à la télé, j’avais vu par exemple la finale de la Coupe de France 1971, avec le but d’André Guy [victoire bretonne 1-0 aux dépens de Lyon]. J’ai toujours aimé ce maillot noir et rouge (sic) sans les rayures [contrairement à celui de Nice], je trouvais qu’il avait de la gueule. Je me souviens des vieux Football magazine [ancien mensuel édité par L’Équipe] avec Daniel Rodighiero et tout… J’ai donc beaucoup aimé l’équipe de 1971, où il y avait Marcel Aubour dans les buts, l’arrière gauche et capitaine Louis Cardiet, le latéral droit Alain Cosnard, René Cédolin… Et puis, j’adorais Raymond Kéruzoré. Je les ai maudits, malgré tout, cette année-là…

Pour quelle raison ?

J’étais très OM, que Rennes avait battu en demi-finale de la Coupe aux tirs au but. Édouard Kula et Josip Skoblar avaient raté leur tentative. J’étais gosse, j’avais 13 ans, et j’écoutais ce match à la radio dans mon lit, parce qu’il y avait sans doute école le lendemain. Je n’en avais pas pleuré, mais c’était crispant… Quand on me dit « Rennes », je pense à ça, à Aubour qui joue aux artichauts avec les supporters [toujours lors de cette fameuse finale 1971 à Colombes]…

Sans oublier Jean Prouff…

Je l’avais reçu à L’Équipe TV pour l’émission « Un siècle de football français », en décembre 1999. Il était super, et je sais que c’était une légende à Rennes.

Parlons maintenant de l’époque actuelle. Le SRFC vous a-t-il enthousiasmé dimanche dernier à Marseille (1-3) ?

Oui, je me suis dit : « C’est pas mal, quand même ! » Alors, est-ce aussi parce que l’OM a laissé des boulevards ? J’ai été étonné de la performance de Sanjin Prcić - dont je n’arrive jamais à prononcer correctement le nom. Et le gardien [Tomáš Koubek], il m’a fait bonne impression également, on sent une sûreté chez lui. J’avais commenté Rennes-Lyon pour TV5 Monde [1-2, le 11 août], et j’avais remarqué que le gardien rennais [Abdoulaye Diallo] n’était pas en confiance, il avait pris un but bizarre sur un coup franc de Memphis Depay… Du coup, ce Rennes-Nice va être intéressant. Les Aiglons se sont un peu refaits avec leur 4-0 contre Monaco, ils commencent à retrouver leurs bases de jeu [entretien réalisé avant le 1-5 infligé par le Gym au SV Zulte Waregem, jeudi en Ligue Europa].

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D’autres Rennais vous ont tapé dans l’œil en ce début de saison…

J’aime bien Benjamin Bourigeaud, je le trouve vachement élégant, il est bon sur les coups de pied arrêtés, il est intelligent… Et avec par exemple un Ismaïla Sarr qui n’est pas mal non plus, je me dis que ce Rennes, qui nous déçoit depuis tant d’années, va peut-être… S’ils prennent confiance, si Christian Gourcuff a un peu de temps, je ne sais pas… Mais ce serait bien !

Vous connaissez bien Christian Gourcuff, pour l’avoir souvent reçu dans l’émission « Enfin du foot »…

C’était un très bon consultant. Il venait le lundi, il était relax, l’ambiance était bonne sur le plateau… C’était son petit moment de détente ! Il savait qu’il n’y avait pas de piège, il n’était pas sur la défensive, on parlait foot. Parfois, il est un peu fermé, Christian, mais il peut aussi être très cool. J’en garde un très bon souvenir.

Idem de l’interview croisée réalisée avec son fils pour Foot citoyen, en décembre 2008 ?

Oui, c’était très sympa ! Il y avait de belles photos, on voyait Yoann plus jeune, etc. Mon regard sur ce qu’il est devenu ? Compte tenu des espoirs qu’on pouvait placer en lui, et de ce qu’il a réalisé à Bordeaux, c’est un immense gâchis. Il aura fait une carrière sympathique, mais on pouvait supposer beaucoup mieux. Maintenant, c’est sa vie. Il y a des gens qui vont plus haut, mais qui sont malheureux. Si lui est heureux, c’est le principal. Mais on a le sentiment qu’il n’aura pas été au bout de son potentiel. Ce passage à Lyon [2010-2015] n’aura peut-être pas été le bon choix, mais s’il était allé ailleurs, peut-être que ça aurait été pire. On ne le saura jamais…

À l’ère des réseaux sociaux, le Stade Rennais est un club dont on se moque « facilement ». Était-ce déjà le cas il y a 40 ans ?

Les rires narquois - enfin, on va dire que ça taquine - c’est depuis que Monsieur Pinault est arrivé. Avant, Rennes n’avait pas beaucoup de moyens, c’était un autre football. Là, on a le sentiment qu’il s’est fait plumer les premières années, parce qu’il a dépensé une fortune pour des joueurs qui ne la valaient sans doute pas… d’où le risque de moqueries. Après, le fait que ce soit l’une des plus grandes fortunes de France, et que son club soit toujours dans le ventre mou, ça n’a pas dû arranger les choses au niveau crédibilité. La troisième raison, ce sont ces finales de Coupes [de France et de la Ligue, en 2009, 2013 et 2014] et la demi-finale perdue contre une équipe de National, dans les conditions qu’on connaît [élimination à la dernière minute par Quevilly, en 2012].

Avec le King, durant la Coupe du monde 1994 aux États-Unis.
Avec le King, durant la Coupe du monde 1994 aux États-Unis. - M. Fiala / AFP

Quid des supporters ?

On ne ressent pas une grande passion au niveau des fans. Bon, Rennes est une ville sympa, on y aime le foot, mais c’est peut-être moins passionné qu’un public comme Brest, et ça ne pousse peut-être pas au dépassement de soi… J’ai connu le Stade de la route de Lorient où, derrière les buts, il y avait quatre escaliers. Je veux dire par là que les tribunes populaires étaient « très basses ». Maintenant, c’est un super stade, c’est bien, mais on a le sentiment qu'ils peuvent jouer entre la 8e et la 15e place pendant un siècle (sic), ce qui est un peu étrange… Si on est neutre, ce n’est pas un club qui, désormais, compte. Alors que dans ma prime jeunesse, Rennes semblait plus attractif, même s’il n’était pas champion.

Emmanuel Petit a récemment parlé d’un « climat chloroformé » au SRFC, et sous-entendu que Christian Gourcuff était un entraîneur has-been. Êtes-vous d’accord sur ce point ?

Non, quand on a ce niveau-là, je ne crois pas qu’on devienne un coach has-been comme ça. De toute manière, les journalistes ou les experts sont maintenant dans une forme de surenchère. Ils vont dire ce qu’ils pensent sur le moment, mais le lendemain, ils peuvent dire autre chose. Il y a tellement d’émissions, et les gens font tellement d’heures d’antenne, qu’ils font parfois dans l’à-peu-près. C’est pour ça qu’Emmanuel Petit ne peut parler que de « vu de l’extérieur ». Christian est quelqu’un d’assez pragmatique, dont la certaine idée du football demande du temps. C’est un bâtisseur, donc je ne vois pas en quoi il peut être has-been.

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Rennes-Nice, c’est aussi le duel entre Christian Gourcuff et Lucien Favre. Deux des meilleurs techniciens de la Ligue 1, sans discussion possible ?

Oui, ce sont deux références. Mais on va dire que Favre, après ce qu’il a réussi à Mönchengladbach, paraît au-dessus, d’autant plus avec ce qu’il a réussi à Nice la saison dernière. Car avec les départs de Valère Germain, Hatem Ben Arfa, Nampalys Mendy et tout le tralala, on pensait que ça allait être une catastrophe. En tout cas, ce sont des techniciens qui, de manière différente peut-être, sont portés sur le jeu. Ils font honneur au football, donc ça devrait être bien dimanche.