#20MINUIT. A Rennes, la rue de la Soif a la gueule de bois

VIE NOCTURNE Les violences et les incivilités se multiplient dans la rue Saint-Michel, haut lieu de la fête de la capitale bretonne…

Jérôme Gicquel

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La rue Saint-Michel à Rennes, surnommée la rue de la Soif, ici lors des Trans Musicales en 2014.
La rue Saint-Michel à Rennes, surnommée la rue de la Soif, ici lors des Trans Musicales en 2014. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • La rue Saint-Michel affiche la densité de bars la plus importante de France.
  • Depuis quelques années, la rue a vu son image se ternir.
  • Les violences et les incivilités se multiplient lors des soirées alcoolisées.

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation, etc. liés à la nuit.

Avec un bistrot tous les sept mètres, la rue Saint-Michel, plus communément appelée rue de la Soif, peut se vanter d’être la plus dense de France en termes de débits de boissons. Haut lieu de la vie nocturne rennaise, la rue a pourtant vu son image se ternir depuis quelques années. Entre les bagarres, les agressions, parfois même mortelles, et les vols à l’arraché, la rue Saint-Michel fait souvent les gros titres de la rubrique faits divers dans la capitale bretonne.

Mi-août, un jeune rugbyman avait été poignardé dans la rue à la suite d’une altercation entre deux bandes d’amis. « C’est malheureusement devenu courant. On craint même pour notre sécurité quand on vient travailler », s’inquiète le gérant d’un bar, qui souhaite garder l’anonymat. « Entre les dealers, les pickpockets et les SDF éméchés, c’est devenu infernal. Si je n’étais pas obligé d’y travailler, je ne viendrai pas dans cette rue boire un verre », abonde un serveur.

Le phénomène d’alcoolisation massive

Comme souvent, c’est l’alcoolisation massive de certains clients qui engendre son lot de débordements. Un « binge-drinking » qui serait même encouragé par certains gérants d’établissements. « En proposant des pintes à 3 euros, certains ont cassé les prix et tout le monde a été obligé de s’aligner. Certains offrent aussi des verres à gogo à leurs clients, il ne faut pas s’étonner après de l’état de certains », dénonce un autre patron de bar.

Pour de nombreux Rennais, la rue de la Soif a d’ailleurs perdu son côté festif. « C’est devenu glauque, il y a toujours des embrouilles. J’y passe encore en journée mais plus jamais le soir », témoigne un internaute sur la page Facebook de 20 Minutes Rennes. Malgré les débordements, certains continuent tout de même de fréquenter les bistrots de la rue. « C’est et cela restera un endroit incontournable pour faire des soirées à Rennes. J’y vais surtout pour des soirées-concerts où il règne toujours une super ambiance », indique Lilou, un autre internaute.

Les effectifs de la police municipale renforcés

Accusée par certains gérants de bars de ne rien faire pour améliorer la situation dans la rue, la mairie de Rennes se défend de tout laxisme. « Ces violences sur fond d’alcoolisation ne sont pas spécifiques à la rue Saint-Michel ni à Rennes. Pour y remédier, nous avons d’ailleurs élargi les horaires de la police municipale qui patrouille désormais jusqu’à minuit dans le centre-ville », réagit Hubert Chardonnet, élu en charge de la sécurité. Douze policiers municipaux ainsi qu’une brigade canine doivent être affectés sur le terrain d’ici la fin de l’année.

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La municipalité compte également sur l’ouverture début 2018 du Centre des congrès, situé juste en face de la rue de la Soif, pour faire évoluer le visage du quartier. « Cela devrait apporter une nouvelle clientèle et inciter de nouveaux commerces à s’implanter », espère l’élu. A l’inverse, certains s’inquiètent déjà de la gentrification croissante qui risque de faire perdre son âme au quartier.