Rennes: Le procureur estime que le patron de la BAC doit être condamné

JUSTICE Le policier avait procédé à une interpellation musclée en mai…

Camille Allain

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Illustration d'une intervention de la BAC de Rennes, ici en marge d'une manifestation contre la loi Travail.
Illustration d'une intervention de la BAC de Rennes, ici en marge d'une manifestation contre la loi Travail. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

« Les faits qui vous sont reprochés sont graves. » Devant le tribunal correctionnel de Rennes jeudi, le procureur de la République Nicolas Jacquet ne s’est pas montré tendre envers le policier qui comparaissait à la barre. Ce patron de la brigade anticriminalité était jugé pour violences, dénonciation calomnieuse et faux en écriture. Le 5 mai, lors de l’interpellation d’un petit trafiquant, il avait asséné un coup de genou au visage de sa victime à terre. Il avait ensuite rédigé un faux PV d’interpellation, avant de porter plainte contre sa victime pour violences.

Dans la salle d’audience, où de nombreux policiers étaient venus soutenir leur collègue, les débats ont longtemps tourné autour du contexte de l’interpellation, réalisée dans un bar du secteur de Sarah Bernhardt, à Rennes.

« Je n’avais aucune intention de lui faire mal »

Filmé par les caméras de vidéosurveillance, le policier a dû s’en expliquer. « Le coup de genou, c’est pour le désorienter. Je n’avais aucune intention de lui faire mal, je voulais juste le sortir du bar pour l’interpeller. Je voulais juste l’empêcher de vendre cette saloperie de drogue », explique le policier qui évoque « un climat tendu » dans le bistrot. Une tension qui ne transparaît pas sur les vidéos diffusées au tribunal. « Il n’y a pas de violence de la part de la personne que vous interpellez », rappelle Nicolas Jacquet.

Le procureur de la République a requis une peine de dix mois de prison avec sursis à l’encontre de ce policier expérimenté, ancien du Raid et du GIPN. « Cette condamnation aura des conséquences, je les mesure », a poursuivi le procureur.

« J’étais fatigué »

Pendant trois heures, le policier a tenté de se défendre. « Je le reconnais, j’ai failli, j’ai fait une faute », a-t-il plusieurs fois déclaré en évoquant son PV d’interpellation « bâclé ». « J’étais fatigué. Nous avions eu une rotation de 15 heures la veille pour une manifestation. Je voulais rentrer. Ce n’est pas l’image que j’ai représentée pendant 30 ans. »

Jamais condamné, le policier dispose d’une solide expérience. A la tête des BAC de jour et de nuit depuis 2014, il a souvent été « en première ligne » au cours de sa carrière. « Dans ce dossier, il n’y a aucune intention de travestir la réalité. Le droit à l’erreur existe », a défendu son avocat Me Frédéric Birrien.

Chahuté par la présidente du tribunal puis malmené par l’avocate de la victime Me Gwendoline Tenier, le policier pourrait voir sa carrière s’arrêter à cause de cette interpellation qui a mal tourné. « Finir comme ça, ça me fait un peu bizarre. Je reconnais que j’ai fait une erreur. Je laisse la justice décider », a lancé le patron de la BAC. La décision a été mise en délibéré et sera rendue le 27 juillet.