«Aujourd'hui, l'équipe de France se débrouille très bien sans moi», estime Paul-Georges Ntep

INTERVIEW L’ancien ailier du Stade Rennais revient pour «20 Minutes» sur ses six derniers mois…

Propos recueillis par Jeremy Goujon
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Paul-Georges Ntep lors de son premier match avec Wolfsburg, le 21 janvier 2017 contre Hambourg.
Paul-Georges Ntep lors de son premier match avec Wolfsburg, le 21 janvier 2017 contre Hambourg. — Pixathlon / Sipa
  • Transféré au mois de janvier à Wolfsburg, « PG » entend bien s’imposer la saison prochaine en Bundesliga.
  • L’international français réagit par ailleurs positivement aux petites piques de son ex-président à Rennes…

Au lendemain des déclarations fracassantes de René Ruello à son égard, Paul-Georges Ntep s’est longuement confié à 20 Minutes. Ses premiers mois en Bundesliga, ses blessures à répétition, sa relation avec Christian Gourcuff, l’équipe de France… L’ancien ailier gauche du Stade Rennais (24 ans), désormais à Wolfsburg, n’a rien éludé.

Comment va Paul-Georges Ntep ?

Ça va très bien ! J’ai passé de bonnes vacances, j’ai pris du temps avec la famille pour récupérer, me ressourcer, etc... afin d’essayer de bien préparer la saison à venir. Je suis assez confiant à ce sujet. Je me suis entretenu individuellement pendant les vacances avec un préparateur physique, et là, on est dans la dernière semaine [la reprise de l’entraînement à Wolfsburg est programmée le 3 juillet].

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Vous avez donc découvert le championnat allemand…

C’est un monde complètement différent de la Ligue 1. C’est une autre manière de travailler, une autre intensité… C’est aussi un championnat dans lequel il est difficile d’arriver en cours de saison. Ce sera plus simple pour moi après une préparation complète, avec un entraîneur qui, je pense, est là pour s’inscrire dans la durée [le Néerlandais Andries Jonker]. Mais si je devais tirer un premier bilan, je dirais que c’est insuffisant. Je n’ai pas effectué les prestations que j’escomptais, si ce n’est sur quelques matchs parce que j’ai été titulaire au début… puis plus du tout. Dans ces conditions, c’est difficile d’être en confiance et de gagner en régularité.

Vos débuts furent en tout cas prometteurs, avec une passe décisive dès votre premier match contre Hambourg (1-0, le 21 janvier 2017)…

Oui, des automatismes commençaient à se créer avec les partenaires. Le deuxième match, on perd contre Augsbourg (1-2), alors qu’une victoire aurait pu nous propulser dans la première partie de tableau. Finalement, on est restés à portée des équipes concernées par le maintien. Le coach [le Français Valérien Ismaël] a alors changé de système pour donner de la stabilité à l’équipe, passant ainsi en 3-5-2. Il voulait essayer de donner de la confiance au groupe et ne pas perdre, parce qu’il aurait pu être évincé [Ismaël fut démis de ses fonctions le 26 février]. Je ne pouvais pas lui en vouloir, car ça faisait tache d’être dans cette position-là. L’année d’avant, Wolfsburg disputait un quart de finale de Ligue des champions contre le Real Madrid ! J’ai donc dû prendre mon mal en patience. Après, peut-être n’ai-je également pas fourni aux entraînements ce qu’il attendait de moi…

Pas de rancœur, par conséquent, envers Valérien Ismaël ?

Non, pas du tout. C’est un entraîneur qui a essayé de me mettre dans les meilleures conditions, qui me parlait beaucoup avec son adjoint Patrick Guillou. Forcément, ils voulaient que je donne le meilleur de moi-même. Mais comme je le disais, l’Allemagne, c’est une autre mentalité, une vision du foot totalement différente. Il me fallait aussi du temps pour m’y adapter, mais du temps, il [Ismaël] n’en avait pas forcément, et ça, je le comprends.

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Si vous avez peu joué avec les Loups, c’est aussi en raison de blessures. Vous qui n’avez pas été épargné ces dernières années, ça doit être un peu usant, non ?

C’est vrai que moralement, ça fait chier (sic)… J’ai un profil physique particulier, plus sujet à certaines blessures musculaires que d’autres. Je suis un joueur qui a besoin d’enchaîner les matchs pour pouvoir me sentir bien, surtout après la double opération subie l’année dernière. Là, j’ai fait une bonne prépa pendant les vacances, et j’espère en faire une sans blessure avec l’équipe pour ne pas perdre de temps.

Le courant passe bien avec Andries Jonker ?

Oui, c’est quelqu’un de très exigeant, mais dans le bon sens du terme. Il n’est pas « faux », il dit ce qu’il pense. Dans un club, c’est important de pouvoir se dire les choses en face pour progresser tous ensemble.

Il vous a clairement annoncé qu’il comptait sur vous pour 2017-2018 ?

Il m’a dit que j’étais un joueur avec lequel il voulait travailler, et que je pouvais encore faire beaucoup mieux. Il va m’emmener vers ça si je lui montre que j’en ai envie. Sachant qu’il a déjà côtoyé des joueurs dans mon profil, il a su comment me parler. J’ai hâte de reprendre avec lui et pouvoir enfin m’exprimer sur cette belle scène qu’est la Bundesliga.

Certains propos récents du président rennais René Ruello (« Paul-Georges, il ne court pas. Quand vous regardez ses statistiques, il met des accélérations fulgurantes, mais dans le jeu, il est absent ») vous ont-ils vexé ?

Non, parce qu’il me l’avait déjà dit en face. Il voulait que je coure plus… Après, la manière dont il s’est exprimé peut être interprétée de différentes façons. Personnellement, je le prends comme une critique positive de la part d’un président qui attendait davantage d’un joueur qu’il apprécie. D’ailleurs, c’est réciproque : Monsieur Ruello a pris beaucoup de temps pour me parler, il m’a invité chez lui, il m’a conseillé…

Et il a souligné que vous aviez fait des efforts pour vous adapter au système de jeu de Christian Gourcuff…

Je n’étais pas tout le temps dans le cœur du jeu, et peut-être que le coach aurait aimé que je ne sois pas seulement un joueur de un contre un, mais un joueur qui peut aussi venir combiner, avec un volume de jeu plus important. Ce que je retiens, c’est que j’ai eu des discussions avec les deux [Ruello et Gourcuff], et ce sont des hommes courtois. S’ils avaient eu des choses à me dire de manière négative, ils l’auraient fait. Rennes, c’est une très belle expérience, un très beau club et des gens géniaux avec lesquels je suis encore en contact. Ce n’est pas de la langue de bois ! Je leur souhaite le meilleur pour la saison à venir, et je sais très bien qu’en cas de besoin quelconque, le président sera disposé à m’aider si je l’appelle.

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Sincèrement, quelle était la nature de votre relation avec Christian Gourcuff ? Ce ne sont pas les « clashs » qui ont manqué entre vous, la saison dernière…

Ce n’était pas électrique, on n’a jamais été en conflit. C’est juste quelqu’un qui est d’une autre génération, et on n’a pas le même tempérament non plus. Moi, je suis parfois un peu trop sanguin sur le terrain, alors que lui est posé, calme, réfléchi. Après, il a sa vision du foot, j’ai la mienne, et forcément, comme c’est lui l’entraîneur, il choisit ses joueurs. Il se voit dans la durée avec Rennes, alors que je voulais découvrir autre chose. L’offre de Wolfsburg est arrivée au bon moment pour nous deux.

Votre départ du Stade Rennais, début janvier, était ainsi inéluctable ?

Il l’était d’un point de vue contractuel [Ntep arrivait en fin de bail en juin] et footballistique. Le coach aspirait à autre chose pour moi, il aurait voulu m’avoir en tant qu’attaquant axial. Ce n’est pas que ça ne me plaisait pas, c’est que les habitudes sont difficiles à modifier. Si j’avais été performant à ce poste-là et si j’y avais pris du plaisir, ça aurait été complètement différent. Or, je n’ai pas pris de plaisir en jouant n°9 lors du match à Monaco [3-0, le 17 septembre 2016]. Je ne dis pas que c’est un poste où je ne pourrai évoluer, ni finir. Peut-être que Christian Gourcuff et tous les autres entraîneurs m’ayant dit que je pouvais évoluer à ce poste-là, ont raison. On verra bien…

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Vous suivez un peu le mercato estival du SRFC ?

Ils ont pris des jeunes à fort potentiel, de très bons joueurs de ballon avec une marge de progression intéressante. Surtout, ils ont recruté « français ». Même si les éléments en question n’ont pas forcément beaucoup de saisons de Ligue 1 au compteur, ils n’auront pas de période d’adaptation. À eux maintenant de montrer du caractère sur le terrain et de ne pas s’endormir. Je pense que le Stade Rennais ambitionne de jouer l’Europe et d’être un top club français. Il leur manque juste un attaquant de pointe de classe européenne, capable de marquer 20 buts sur une saison. Même si j’affectionne beaucoup Giovanni Sio, un attaquant qui, pour moi, a accompli un très grand travail, souvent sous-estimé…

Vous avez parlé d’André-Pierre Gignac avec Jean-Christophe Cano (agent des deux joueurs) ?

(Sourire) Non, et comme le président Ruello l’a dit, cette piste est intouchable pour le Stade Rennais.

Selon une rumeur du jour, vous seriez dans le viseur des Girondins de Bordeaux. Info ou intox ?

Je ne suis pas du tout les rumeurs du mercato. Une fois que la saison 2017-2018 sera terminée, je m’assiérai pour voir ce qui se présente à moi, mais pour l’instant, j’ai envie d’évoluer en Bundesliga avec le VfL Wolfsburg d’Andries Jonker. Notre équipe peut faire de belles choses : il faut juste qu’on prenne un très bon départ, contrairement à l’an passé, et ça le fera.

Dans un an, il y aura la Coupe du monde en Russie. Gardez-vous les Bleus dans un coin de votre tête ?

Aujourd’hui, l’équipe de France se débrouille très bien sans moi, donc je ne pense pas être indispensable. Si le sélectionneur m’appelle de nouveau, je viendrai avec grand plaisir. Ça dépendra des performances au quotidien, il me faudra faire des matchs de classe internationale… ce qui me manque sur les deux dernières années. L’équipe de France, j’en suis très loin, et elle n’a pas besoin du Paul-Georges Ntep actuel.