Incendie à Supélec: «Mon fils aurait pu être sauvé», clame le père de l’étudiant décédé

FAITS DIVERS La famille de Youssef Rabah dénonce des dysfonctionnements…

Camille Allain

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La police technique et scientifique sur le campus de Supelec Rennes, après un incendie.
La police technique et scientifique sur le campus de Supelec Rennes, après un incendie. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • L'étudiant de 21 ans est décédé dans l'incendie à Supélec le 23 mai
  • Sa famille dénonce des dysfonctionnements dans le bâtiment
  • Une information judiciaire a été ouverte pour déterminer les responsabilités de chacun

« On m’a téléphoné pour me dire que mon fils était en arrêt cardiaque à cause d’un incendie. J’ai conduit cinq heures sans en savoir plus. Cinq heures ! Vous imaginez ? » Maaoui Rabah est le père de Youssef. Ce jeune homme de 21 ans originaire de la région bordelaise était étudiant à Supélec Rennes.

« Comment un simple mégot mal éteint a-t-il pu faire tant de dégâts ? »

Le 23 mai, il venait de s’endormir dans sa chambre, au troisième étage d’une résidence étudiante, quand un grave incendie s’est déclaré. Il est mort neuf jours plus tard à l’hôpital. « Youssef n’avait aucune trace de stress. Il dormait, il ne s’est aperçu de rien », témoigne son père.

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Le lendemain du drame, Maaoui Rabah est venu sur les lieux pour récupérer les effets personnels de son fils. Professionnel du bâtiment, il en a profité pour inspecter les lieux, ravagés par les flammes et la fumée. Ce qu’il a vu ne lui a pas plu. « Comment un simple mégot mal éteint a-t-il pu faire tant de dégâts ? Avec une meilleure détection et sans tous les dysfonctionnements, mon fils aurait pu être sauvé », assure le père, dévasté par la perte de son fils.

Les « dysfonctionnements » dont parle Maaoui Rabah concernent le bâtiment, qui abritait 53 étudiants. « L’alarme incendie n’a pas fonctionné. C’est un voisin de l’immeuble d’en face qui a réveillé tout le monde. Et le dôme de désenfumage ? Pourquoi est-ce qu’il ne s’est pas ouvert ? Ce sont les pompiers qui l’ont activé à leur arrivée », accuse le père de la victime. Ce dernier regrette également que les secours n’aient pas déployé leur échelle sur la façade de la chambre de son fils. « Il leur a fallu plusieurs minutes pour passer par les escaliers ».

Tous ces éléments sont actuellement étudiés dans le cadre d’une information judiciaire. « Un juge d’instruction a été saisi. Il pourra examiner toutes les demandes des familles. Un expert rendra également son rapport », assure le procureur de la République Nicolas Jacquet.

Les extincteurs vidés pour un bizutage

Cette nuit-là, de nombreux étudiants avaient dû sauter par la fenêtre de leur logement pour échapper aux épaisses fumées qui avaient envahi le bâtiment. Au pied des fenêtres, des casseroles et récipients témoignaient des vaines tentatives des étudiants d’atténuer le feu. Et pour cause. « Les extincteurs étaient à moitié vides et sans pression. Ils avaient été utilisés par les étudiants pour un bizutage en janvier », affirme le père de Youssef, qui a interrogé les rescapés.

Des récipients au pied de l'immeuble sinistré, sur le campus de Supelec Rennes, après un incendie.
Des récipients au pied de l'immeuble sinistré, sur le campus de Supelec Rennes, après un incendie. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

La direction de la société HLM Les Foyers qui gère le bâtiment affirme, de son côté, avoir « transmis tous les documents à la justice ». « On ne connaît pas les conclusions. C’est un dossier grave, il faut laisser le temps à la justice de faire son travail », tempère Philippe Yvon, directeur de la société. Abattu par le décès de son fils, Maaoui Rabah assure « respecter la justice » mais « attend qu’elle fasse son travail ». « Je ne laisserai rien passer. »