Rennes: Club de sport, coworking… Quand l’Eglise vend ses biens immobiliers

PATRIMOINE Des chapelles trouvent une seconde vie après avoir été désacralisées…

Camille Allain

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L'espace de coworking Cwyk vient d'ouvrir dans une ancienne chapelle de la rue Lavoisier, à Rennes.
L'espace de coworking Cwyk vient d'ouvrir dans une ancienne chapelle de la rue Lavoisier, à Rennes. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Plusieurs édifices religieux ont été vendus à des privés à Rennes
  • Le diocèse garde un œil attentif sur les bâtiments qui sont désacralisés

« Il y a des clients qui n’osent pas rentrer, qui n’osent pas pousser la porte. » Patron de l’agence de communication Autrement, Guillaume Monseil a transféré ses locaux en début d’année pour s’établir dans une chapelle. Situé rue Lavoisier, dans le quartier Jeanne d’Arc, l’édifice construit en 1618 a perdu tout usage religieux depuis plus d’un siècle, accueillant des bureaux, un cabinet de kinésithérapie et même un studio d’enregistrement.

« On a tout de suite vu le potentiel »

Accompagné par Eric Mercier, patron de l’agence d’événementielle Zeste, Guillaume Monseil se souvient du « coup de cœur », ressenti quand il a visité le lieu. « On avait repéré cette chapelle sur des annonces mais les photos ne donnaient pas très envie. C’est quand on est entrés, qu’on a tout de suite vu le potentiel. »

L'espace de coworking Cwyk vient d'ouvrir dans une ancienne chapelle de la rue Lavoisier, à Rennes.
L'espace de coworking Cwyk vient d'ouvrir dans une ancienne chapelle de la rue Lavoisier, à Rennes. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

Les deux hommes y ont établi leurs bureaux très contemporains, qui prennent un joli cachet grâce aux vieux murs de pierres. Ils ont également aménagé un espace de coworking, qui vient d’ouvrir. « On cherchait un lieu atypique, avec une histoire, un patrimoine », justifient les deux entrepreneurs. Pour s’offrir la chapelle, ils ont déboursé 220.000 euros, auxquels s’ajoutent 100.000 euros de travaux. « Elle était en vente depuis deux ans. On a fait une opération intéressante », concède Guillaume Monseil.

Une salle de sport dans la chapelle

Ils ne sont pas les seuls à avoir flairé le potentiel des édifices religieux. Thierry Marquer, patron de l’enseigne rennaise L’Orange Bleue, a également acheté une chapelle rue de Brizeux, rescapée d’un vaste programme immobilier mené dans le couvent des Clarisses. Il y ouvrira son nouveau concept de club de sport début juin. « Je ne cherchais pas de lieu atypique absolument mais l’opportunité s’est présentée. Quand on a vu le lieu, ça nous a inspirés. Commercialement, ça peut être un bon moyen de se démarquer », reconnaît le patron de l’Orange Bleue, qui assure « ne pas vouloir dénaturer le lieu ».

L'intérieur du théâtre du Vieux Saint-Etienne, à Rennes. Cette ancienne chapelle a été transformée en salle de spectacle.
L'intérieur du théâtre du Vieux Saint-Etienne, à Rennes. Cette ancienne chapelle a été transformée en salle de spectacle. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

L’Eglise aurait-elle décidé de vendre ses biens pour remplir les caisses ? Pas encore, à en croire Patrice Besse. Spécialiste de l’immobilier religieux, l’agent parisien relativise. « La vente d’édifices religieux a toujours existé, mais elle est aujourd’hui plus médiatisée. Avec la baisse du nombre de fidèles, on risque d’assister à une accélération du phénomène. L’Eglise a besoin d’argent. »

« Il y a trop d’églises »

A Rennes, la plupart des ventes d’édifices concernaient des congrégations, dont les membres vieillissent et se regroupent. Le diocèse n’a pas encore l’intention de vendre ses églises paroissiales, mais garde un œil sur le patrimoine remarquable. « Objectivement, il y a trop d’églises pour les besoins actuels des chrétiens. Donc je ne vais pas m’insurger de voir un club de sport se monter dans une chapelle qui était vide. Bien sûr, j’aurai un pincement au cœur, mais c’est le sens de l’histoire », estime le père Roger Blot, fin connaisseur du patrimoine immobilier rennais.

Avant de vendre, les congrégations doivent impérativement désacraliser le lieu. « Seul l’évêque peut le faire. Il est prudent sur cet acte », prévient le père Blot. A Rennes, de nombreux bâtiments religieux ont déjà abandonné leurs fonctions, à l’image du couvent des Jacobins, qui deviendra un centre des congrès, de la chapelle Saint-Yves, qui abrite l’office du tourisme, ou de l’église Saint-Etienne, transformée en salle de spectacle.