Bretons

Des mots intraduisibles

Brezhoneg Le breton possède des mots dont il n’existe pas d’exacte traduction. Ils sont donc bien souvent utilisés même en français…

Maiwenn Raynaudon-Kerzerho - Bretons

— 

Intraduisible
Intraduisible — Bretons

“Il y a eu du reuz !” Non, vous ne trouverez pas ce mot dans Le Robert. Pourtant, la plupart des Bretons comprendront ce que vous voulez dire : il y a eu du bruit, de l’agitation, du scandale. Le mot reuz est en effet un mot breton, qui signifie un peu tout cela à la fois. Un terme qu’on ne peut donc pas traduire simplement en français.
Et il n’est pas le seul ! Comme toutes les langues, le breton a inventé des mots qui n’ont pas d’exact équivalent. On peut évoquer glas, qui signifie à la fois bleu et vert, dans le sens de la couleur de la nature. Mais on pourrait aussi citer startijenn : avoir de la pêche, du dynamisme. Ou encore tratchellat ou straniñ : deux verbes qui désignent le fait… de ne rien faire !
Certains mots intraduisibles sont liés à l’histoire de la région. Ainsi, on appelle “Emsav” le mouvement breton, qu’il soit politique ou lié à la défense de la langue. C’est un mot composé de “em” et “sav”, soit quelque chose comme “se lever soi-même”. La Bretagne agricole possède un mot pour désigner ce moment où les vaches paniquent et se mettent à courir sans raison : on dit alors qu’elles sont en breskenn.
On pourrait encore parler du pachtell, ce bout de chemise qui dépasse du pantalon et qu’il faut ranger si on veut être propre sur soi. Ou des verbes qui désignent l’action de faire la fête : riboulat ou sistraiat. Ce dernier terme étant directement construit à partir de sistr, le cidre. Faire la fête ? C’est boire du cidre. Normal.
Restent les façons particulières que le breton a de composer des mots, qui peuvent créer des jeux de mots intraduisibles. Ainsi, on ajoute le préfixe “di” aux verbes ou aux mots pour aboutir à leur contraire. On comprend assez bien que le contraire de priediñ, se marier, est dibriediñ, divorcer. Que si anv désigne un nom, dianv évoque un inconnu. Et quand lonkañ signifie avaler, on vous laisse imaginer son contraire, dislonkañ, qui peut vous arriver lorsque vous êtes malade. Mais quand lenn veut dire lire, comment traduire le nom d’une librairie vannetaise, Lenn ha dilenn ?

 

Magazine Bretons n°128

 

 

 

 

 

 

Retrouvez cet article dans le magazine Bretons de février.

 

 

Cet article est réalisé par le magazine Bretons et hébergé par 20 Minutes.