Rennes: Le loyer unique peut-il favoriser la mixité dans les quartiers?

LOGEMENT La métropole veut uniformiser les prix dans les logements sociaux…

Camille Allain
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Illustration d'une barre HLM abritant des logements sociaux, ici dans le quartier de Villejean, à Rennes.
Illustration d'une barre HLM abritant des logements sociaux, ici dans le quartier de Villejean, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes

La dalle du Gros Chêne. C’est ici, à quelques minutes en bus du centre-ville de Rennes que se concentre une grande partie des ménages les plus pauvres de la ville. Comme au Blosne ou à Villejean, de nombreuses familles vivent un peu par dépit dans ces barres HLM construites dans les années 60, faute de pouvoir se loger ailleurs. « Notre rôle en tant que bailleur social, c’est de fournir un logement aux familles, mais aussi d’assurer la mixité sociale. Nous ne répondons qu’à la moitié de notre mission », reconnaît Cécile Belard du Plantys, la directrice d’Archipel Habitat.

« Les familles n’ont pas le choix »

Pour tenter de diversifier ces quartiers, Rennes Métropole a décidé d’imposer un loyer unique dans tous les logements sociaux. En clair, un logement ne coûtera pas plus cher qu’il soit situé en haut d’une tour du Blosne ou en plein centre-ville de Rennes. « Aujourd’hui, les familles les plus modestes vont là où les loyers sont les plus bas. Elles n’ont pas le choix, elles ne peuvent pas se permettre d’attendre », enchaîne la directrice.


Pour tenter de freiner cette paupérisation croissante, les élus de la métropole ont déposé jeudi soir une candidature à l’expérimentation du loyer unique auprès de la conférence intercommunale du logement. « Si on laisse le mécanisme empirer, on va rajouter de la pauvreté à la pauvreté. Il faut permettre aux gens de choisir leur lieu de logement, peu importent leurs revenus », explique Honoré Puil, vice-président de Rennes Métropole en charge du logement.

220 euros au Gros Chêne, 500 à Sainte-Anne

Plusieurs raisons expliquent ces écarts de prix, qui sont aujourd’hui fixés en fonction du nombre de mètres carrés. La différence de taille des logements d’abord, mais aussi leur année de construction. Avant 1977 et la refonte des aides à la construction, les loyers étaient beaucoup plus faibles que ceux d’aujourd’hui. Et devinez où ont été construits les logements sociaux avant 1977… « Pour un T3, c’est 220 euros au Gros Chêne et 500 euros à Sainte-Anne. Il y a une logique de marché, même dans les logements sociaux. Ce qui est plus demandé est plus cher. Ce n’est pas normal, ce n’est pas le service public », estime la directrice d’Archipel Habitat, qui gère 16.000 logements dans la métropole.

Le dispositif, qui pourrait être opérationnel en 2018, ne fonctionnera dans un premier temps qu’à la relocation. Déjà, il fait craindre une désertification des quartiers populaires, qui voient, à l’image du Blosne, leurs habitants partir depuis des années. « Il faudra travailler sur leur attractivité », répond Honoré Puil.



D’importants plans de rénovation ont d’ailleurs été actés par la ville et l’Etat pour remettre les logements en état et revoir l’animation de ces quartiers. La mise en place du loyer unique pourrait aussi inciter les ménages à changer de logement plus souvent, s’ils le souhaitent. « Aujourd’hui, les plus pauvres n’ont pas d’autre choix que de rester là où ils sont ».