«Le cyclisme d'aujourd'hui est peut-être le sport le plus propre», affirme Bernard Hinault

INTERVIEW Le Blaireau aimerait bien que le « ménage » se fasse aussi dans les autres disciplines…

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Haie d'honneur pour Bernard Hinault, à l'issue du Tour de France 2016.
Haie d'honneur pour Bernard Hinault, à l'issue du Tour de France 2016. — J. Pachoud / AFP

En marge de la présentation du 51e Tour de Bretagne, dont il sera l’ambassadeur du 25 avril au 1er mai, Bernard Hinault a dressé pour 20 Minutes un état des lieux du cyclisme breton. Le Blaireau a également répondu à la question qu’on lui pose maintenant depuis 32 ans…

« La Bretagne, terre de vélo ». Ce constat plus que millénaire est-il toujours aussi prégnant en 2017, ou doit-on nuancer le tableau ? Il nous vient à l’esprit l’annulation du Tour de Bretagne féminin (initialement prévu en juillet), par exemple…

Il disparaît peut-être momentanément [faute de président-organisateur]… Concernant le Tour de Bretagne masculin, il n’appartient pas à une association, mais aux Bretons. Quand on a transformé l’appellation de l’épreuve en passant du « Ruban Granitier Breton » [créé en 1967] au « Tour de Bretagne » [à partir de 2006], les gens se la sont encore plus appropriée. Pour eux, ça a autant d’importance que le Tour de France. L’enthousiasme ne diminue pas : quand on voit les départs, tous les spectateurs massés au bord de la route… Pour certains, c’est le seul spectacle qu’ils auront dans l’année, il ne faut pas l’oublier !

Certains estiment que le team Fortuneo-Vital Concept, émanation de la formation Bretagne-Séché Environnement (précédemment nommée Bretagne-Jean Floc’h, Bretagne Armor-lux puis Bretagne-Schuller), n’a plus grand-chose à voir avec la région. Êtes-vous d’accord avec ça ?

Fortuneo est quand même une boîte bretonne [sa société mère, le Crédit Mutuel Arkéa, est basée au Relecq-Kerhuon, dans le Finistère]. Pas mal de coureurs au sein de l’équipe sont originaires de Bretagne [sept sur 21], donc Fortuneo EST une équipe bretonne. Il faut garder cette identité.

On fête cette année le 20e anniversaire de la victoire de Frédéric Guesdon sur Paris-Roubaix, ce même Guesdon étant le dernier Breton à avoir remporté une grande classique (Paris-Tours en 2006). Mais où sont passés les grands coureurs made in Breizh ?

(Sourire) Je ne sais pas… On a de bons jeunes, pourtant ! On a eu un creux au niveau des professionnels, mais là, avec la nouvelle génération qui arrive, on a de beaux espoirs. Actuellement, on a des Madouas [Valentin, fils de Laurent Madouas, 12e du Giro et du Tour de France en 1995], des Gesbert [Élie]… Il y en a une bonne dizaine ! Dans un an ou deux, ils seront prêts, du moins je l’espère. Il n’y a pas de raison qu’on soit plus mauvais que les autres. Ou alors, les coureurs en question ne sont pas à la hauteur de nos attentes…

Vous croyez toujours en Johan Le Bon, sacré champion du monde juniors en 2008 ?

Johan a peut-être fait une petite bêtise en restant dans une équipe française [en l’occurrence la FDJ]. On n’exploite pas assez son potentiel : on l’utilise comme un équipier, alors qu’il a les moyens d’être un peu plus que ça.

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Quid de Warren Barguil, parfois présenté comme votre héritier ?

Warren, lui, a fait le choix d’aller dans une équipe étrangère [aujourd’hui appelée Sunweb], où on lui fait confiance. Dans une équipe française, il faut vraiment être le meilleur pour qu’on mette tout le monde à votre disposition…

Vingt ans, pratiquement, après le « séisme » Festina, quel regard portez-vous sur le cyclisme d’aujourd’hui ?

C’est peut-être le sport le plus propre. Il ne faudrait pas oublier ce qu’il se passe dans les autres disciplines, notamment l’athlétisme. Ce qu’ont fait les Russes, c’est quand même pas mal, non (sic) ? Nous, on a lutté, et depuis une dizaine d’années, il n’y a pour ainsi dire plus trop de soucis. Tous les sports ou presque étaient dans le même cas. Le cyclisme, lui, a commencé à faire le ménage, mais pour que ce soit vraiment clair, il faudrait que les instances de contrôle antidopage soient indépendantes de tout pays et de toute fédération. Et là, on aurait peut-être des surprises…

À quand un successeur français - on ne va pas dire breton - à Bernard Hinault sur le Tour de France (le Costarmoricain en est encore le dernier lauréat bleu-blanc-rouge, en 1985) ?

Il n’est peut-être pas né (sourire). On est passés tout près l’an dernier avec Romain Bardet [2e]. Malheureusement, l’autre (sic) s’est relevé [allusion à la chute de Christopher Froome durant la 19e étape]. Il n’y a qu’en attaquant là où personne ne veut bouger, c’est-à-dire dans les descentes, qu’il pourra gagner le Tour. On sait que Froome n’est pas à l’aise dans les descentes, il faut donc l’attaquer là.

Vous êtes confiant pour cet été ?

Il faudrait qu’il pleuve (rires). Au départ d’un Tour, tu ne peux pas dire que tu n’as pas de chances de gagner. Mais la chance, il faut aussi la provoquer. C’est ce qu’a fait Bardet l’année dernière, alors que son directeur sportif lui avait dit de ne pas attaquer afin d’assurer sa place au général. Si Bardet ne bouge pas, il reste 5e. Là, il a osé, il a pris des risques. Il aurait pu chuter, mais le résultat, c’est qu’il est 2e. Et si Froome ne se relève pas, c’est lui qui gagne…