Équipe de France: «Le niveau des gardiens français était plus élevé à mon époque», juge Pierrick Hiard

INTERVIEW L’icône du Stade Rennais ne tient pas spécialement à être « méchante », mais...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Le Rennais Pierrick Hiard (en vert) avant le match Belgique-France, le 9 septembre 1981.
Le Rennais Pierrick Hiard (en vert) avant le match Belgique-France, le 9 septembre 1981. — www.rougememoire.com

« Je suis pointeur. Tireur, il faut s’entraîner, et je suis encore loin du compte (sourire). » S’il est désormais sociétaire du boulodrome de Cesson-Sévigné, le jeune retraité Pierrick Hiard n’en reste pas moins connecté au monde du football. L’ancien gardien du Stade Rennais (61 ans) évoque ainsi pour 20 Minutes le rappel en équipe de France de son « successeur », Benoît Costil.

Une question personnelle pour commencer : que devenez-vous ?

Depuis juillet [2016], on ne voit pas le temps passer [membre de la cellule recrutement du SRFC depuis juin 2003, Hiard s’est retiré en fin de saison dernière]. Je profite de mes petits-enfants, je fais un peu de sport (footing, vélo), je me suis mis à la pétanque, etc. Les journées sont bien remplies, même s’il est vrai qu’on se lève un peu plus tard (sourire). J’ai eu un beau métier, mais qui était aussi stressant. Donc là, on profite de la vie, tranquillement.

La pétanque, c’est venu comment ?

J’y avais goûté un peu durant mon passage en Corse [le Rennais fut le portier du SC Bastia de décembre 1977 à juin 1983], et j’avais aimé ! Aujourd’hui, il faut bien s’occuper quand même, et à Cesson, il y a un club sympa de boulistes. Un ou deux amis y étaient déjà et ils m’ont dit de venir jouer avec eux. J’ai pris une licence, et du coup, je fais quelques parties.

Pierrick Hiard, à l'horizontale.
Pierrick Hiard, à l'horizontale. - www.rougememoire.com

Et le foot dans tout ça ?

Avant, je ne voyais jamais le Stade Rennais jouer, puisque j’étais toujours parti superviser à gauche et à droite. Cette année, j’ai pratiquement vu tous les matchs. Il me reste ainsi un pied dans le football (sic).

Vous avez donc pu « analyser » les prestations de Benoît Costil. Que pensez-vous de son exercice 2016-2017, jusqu’à présent ?

Il accomplit une bonne saison, en faisant preuve de constance dans ses performances. Il n’a parfois pas beaucoup de travail à effectuer, mais c’est justement ce qui est le plus dur à son poste : tu as un ou deux arrêts à réaliser, et ça, il le fait très bien. C’est la marque des très bons gardiens. Je suis content qu’il soit rappelé à chaque fois en équipe de France.

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Cela fait effectivement deux ans et demi que Costil est régulièrement convoqué chez les Bleus, pour une seule sélection néanmoins…

Il s’est assis sur le banc de touche à 23 reprises, mais ce qu’il dit est très juste. Personne ne lui enlèvera son étiquette d’international, il le sera à vie. Je ne compte également qu’une sélection [le 9 septembre 1981, contre la Belgique], mais au fond de moi, je suis très fier d’être international français. Et personne ne me l’enlèvera non plus !

Vous aviez regardé son match contre la Côte d’Ivoire ?

Non, mais j’avais vu le résumé. Il n’a pas eu trop de boulot, mais par contre, il a deux ou trois arrêts déterminants à son actif, surtout sur la fin. Il arrive maintenant à un âge où on sent de la maturité [Benoît Costil aura 30 ans en juillet 2017]. C’est bien pour lui, je suis content.

Cette semaine, il est passé numéro 2 dans la hiérarchie des gardiens tricolores, profitant des méformes de Steve Mandanda et Alphonse Areola. Du coup, est-ce réellement significatif ?

Déjà, il a très bien pris son rôle de n°3. Dans un groupe, c’est très important d’avoir un gars comme Benoît, qui est travailleur et qui a le mot juste. Il n’a rien lâché, et du fait que Mandanda ne joue pas [à Crystal Palace] et qu’Areola a eu un passage difficile [au PSG], il se retrouve n°2. C’est le fruit de sa progression depuis deux ans. Et quand je vois les autres gardiens français, je pense que « Ben » est vraiment à sa place aujourd’hui.

On considère souvent la France comme un « pays de gardiens ». Y a-t-il toujours autant de bons joueurs à ce poste actuellement, selon vous ?

(Gêné) C’est peut-être un peu méchant, mais je pense qu’à mon époque, le niveau des gardiens français était plus élevé. Il y avait une douzaine de gardiens de haut niveau. Aujourd’hui, il y a moins de talent. Il y a de bons gardiens en Ligue 1, mais il y a moins de TRÈS bons gardiens…

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L’avenir de Benoît Costil est un sujet « brûlant » en ce moment à Rennes. Si vous deviez le conseiller, vous lui diriez quoi ?

Je lui conseillerais sûrement de rester au Stade Rennais (sourire). La situation est compliquée, car il arrive en fin de contrat. Tous les horizons s’ouvrent à lui, et ce ne sont pas les propositions qui vont manquer. À partir de là, Rennes va-t-il pouvoir s’aligner sur des clubs européens, alors que le joueur est libre ?

Le SRFC devrait formuler dans les prochains jours - si ce n’est déjà fait - une offre de prolongation digne de ce nom pour son gardien international. Doit-on s’étonner de cette proposition relativement tardive ?

Il faut tout savoir avant de parler. Même moi qui étais à l’intérieur du club, je ne sais pas s’il y a eu des propositions pour Benoît… et s’il les a éventuellement refusées. Peut-être que Benoît a dit non, se sachant libre en fin de saison. Soyons honnêtes : l’avenir ne peut être que meilleur pour lui, financièrement parlant. Quand vous êtes libre, c’est beaucoup plus facile de choisir. Et les montants ne sont plus pareils…

Vous qui êtes le gardien le plus capé de l’histoire du Stade Rennais (323 matchs), vous souciez-vous de votre record… ou pas du tout ?

Si si ! Vous savez, le Stade Rennais, c’est tout pour moi. Je suis fier de ce que j’ai fait et du nombre de matchs disputés, donc je regarde si un joueur peut s’en approcher, voire le battre [Costil n’est « qu’à » 247]… Et si c’est le cas, ça veut dire qu’il s’est impliqué dans le club, qu’il a adoré y rester. Quand je vois Romain Danzé, je suis content pour lui. C’est un peu comme moi, Rennes est son club de toujours.