Elevage de porcs dans le Finistère: Ce que la vidéo de L214 dit de la profession

MALTRAITANCE L'éleveur travaillait seul avec 130 truies...

Camille Allain

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Extrait du reportage de L214 dans un élevage de porcs du Finsitère.
Extrait du reportage de L214 dans un élevage de porcs du Finsitère. — L214

Mise en ligne jeudi matin, la nouvelle vidéo de l’association L214 a, comme à chaque fois, connu un joli succès sur la Toile. On y voit des cochons évoluer dans un environnement sale, au milieu des cadavres de leurs congénères, parfois à l’état de putréfaction. Le reportage montre de réelles carences dans l’entretien de cette exploitation du Finistère et un vrai manque de soins des animaux.

S’il a pour but de populariser la démarche vegan, ce témoignage vidéo illustre aussi la situation catastrophique de l’élevage porcin français.

Dans cette exploitation rachetée en 2013 suite à un départ à la retraite, le jeune éleveur était seul. Agé de 29 ans, il devait gérer 130 truies et 80 hectares de terre. Beaucoup trop. « Compte tenu de la conjoncture difficile, l’éleveur a fait le choix de travailler seul, sans embaucher, afin de limiter ses charges », explique Triskalia, la coopérative bretonne qui rachetait ses bêtes pour leur viande. « La surcharge de travail a amené l’éleveur à se concentrer sur les soins et l’alimentation des animaux au détriment de l’entretien général des porcheries », assure la coopérative, qui a réalisé deux milliards de chiffre d’affaires en 2015.

Un marché mondial 

Etranglés par les dettes, plombés par le prix d’achat de leurs animaux, de nombreux éleveurs de porcs travaillent à perte depuis plusieurs années, ballottés dans un marché mondial qui les dépasse. Qui peut comprendre que l’embargo russe vienne menacer les fermes rurales de la pointe du Finistère ? Au-delà du porc, c’est toute la filière d’élevage qui est concernée. « Aujourd’hui, le désespoir est supérieur à l’espoir… les vaches m’ont tué », a écrit Jean-Pierre, agriculteur du Morbihan qui s’est suicidé en décembre.

La vidéo de L214 illustre également la grande méconnaissance des élevages de porcs. En Bretagne, de loin la première région française d’élevage, qui voit les huit millions de cochons qui vivent dans les fermes ? Peu de gens.

En dehors des élevages bio, les animaux, fragiles, passent toute leur vie à l’intérieur, sur des caillebotis. Un constat qu’avait fait le réalisateur Mathurin Peschet dans son documentaire L’enfer vert des Bretons, consacré aux algues vertes. « La grande partie des agriculteurs respecte les normes. Reste à savoir si ces normes sont bonnes », expliquait-il à l’époque.

L’exploitation pointée du doigt par L214 devait être inspectée ce jeudi. Elle l’avait déjà été l’an dernier, sans que les autorités ne relèvent de problème.