Bretagne: Et si on faisait rouler les camions au gaz?

TRANSPORTS Les collectivités tentent d’impulser la dynamique en finançant des stations…

Camille Allain

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Illustration poids-lourd
Illustration poids-lourd — CHRISTOPHE CHEVALIN/TF1/SIPA

La France compte plus de 600.000 poids lourds qui circulent chaque jour sur ses routes. Equipés de moteurs dépassant parfois les 500 chevaux, tous ces camions roulent au diesel. Pour tenter de limiter leur impact sur la qualité de l’air, certaines collectivités aimeraient les voir carburer au gaz naturel pour véhicules (GNV). Problème : il n’existe quasiment pas de stations permettant aux transporteurs de faire le plein.

Savoir où installer les stations

Avec sa situation de péninsule et le poids de son industrie agroalimentaire, la Bretagne est l’une des premières régions concernées par la présence des poids lourds. Pas étonnant donc de la voir s’intéresser au dossier. « Nous cherchons surtout à connaître les besoins des transporteurs afin de savoir où il serait intéressant d’installer des stations à gaz », explique Didier Nouyou, président du syndicat départemental d’énergie (SDE35).

La semaine dernière, le SDE35 a organisé une journée d’information sur le transport au gaz à destination des professionnels du secteur et des collectivités à Noyal-sur-Vilaine. « Aujourd’hui, la technologie est mature et le carburant coûte moins cher que le diesel. Le marché du gaz est stable et très compétitif », assure Michel Kersach. L’homme qui est en charge du projet chez GRDF avance également « une autonomie de 400 à 600 kilomètres » pour les camions, mais reconnaît « un surcoût à l’achat d’environ 30 % ».

« Nos chauffeurs prennent ça comme une punition »

Le plus grand défi à relever reste de convaincre les transporteurs d’investir dans des camions plus chers, à l’heure où le marché est chamboulé par les entreprises étrangères. Certains ont déjà osé. Installé à Vern-sur-Seiche, le transporteur Lahaie (1.200 salariés, 600 camions) a acheté cinq camions qui lui seront livrés en avril. Basés à Rennes et Lyon, ces poids lourds intégreront la solution rail-route déjà proposée par Lahaye. « Au-delà du coût, il nous faut convaincre nos chauffeurs. Conduire un camion de 400 chevaux qui roule au gaz, ils prennent ça comme une punition. Les chauffeurs aiment les beaux camions bien puissants », témoigne Jean-Baptiste Lahaye, directeur des achats du transporteur.

En plus du prix, et des réticences des chauffeurs, le problème majeur est le manque de stations. « Nous avons prouvé que nous étions volontaires. Mais il faut que l’on puisse faire le plein », poursuit Jean-Baptiste Lahaye. Estimées à un million d’euros, ces stations pourraient être en partie financées par des fonds publics. « Tout le monde se regarde mais personne n’y va. Les collectivités sont là pour amorcer cette transition », résume Didier Nouyou. Plaque tournante du transport routier, la périphérie rennaise et ses gros transporteurs pourraient accueillir trois à quatre stations de gaz dans les années à venir. En Bretagne, une petite quinzaine de projets est en réflexion.

Bientôt du gaz breton dans le réseau ?

Si le gaz est loin d’avoir détrôné le pétrole, il présente l’avantage de pouvoir être produit localement. Importé de Russie ou d’Europe du Nord, le gaz pourrait à terme être grâce aux méthaniseurs installés chez les agriculteurs. « Il y a de réelles opportunités pour se fournir localement. A Liffré, l’usine de méthanisation produit parfois trop de gaz et nous sommes obligés de le brûler, alors qu’il pourrait faire rouler des camions », rapporte Dominique Ramard, conseiller régional en charge de l’écologie. Le chantier est vaste.