Stade Rennais: «Les critiques? De la gaminerie et de la jalousie» aux yeux de Giovanni Sio

INTERVIEW Le meilleur buteur des Rouge et Noir est parfois (souvent) montré du doigt en Ille-et-Vilaine...

Propos recueillis par Jeremy Goujon
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Giovanni Sio a terrassé le FC Lorient, le 25 février 2017.
Giovanni Sio a terrassé le FC Lorient, le 25 février 2017. — C. Triballeau / AFP

Meilleur buteur du Stade Rennais, Giovanni Sio est l’homme en forme du moment chez les Rouge et Noir. Avant le déplacement du SRFC à Metz, samedi (20 h), l’attaquant international ivoirien a accordé un entretien exclusif à 20 Minutes.

Vous faites partie des trois nommés par France Football au titre de meilleur joueur africain (évoluant en Europe) du mois de février. Quelle importance accordez-vous à ce genre de reconnaissance ?

Déjà, ça signifie que je n’ai pas lâché après la Coupe d’Afrique des nations. J’ai bossé, marqué des buts et fait aussi des passes décisives. Je suis flatté et content de savoir que j’ai été nommé.



Face à Lorient, vous avez inscrit votre 7e but de la saison, soit autant que l’exercice précédent alors qu’il reste onze journées. Même si vous avez déjà fait mieux en Suisse (avec Sion et Bâle), considérez-vous accomplir la meilleure année de votre carrière ?

Je dirais oui, parce que je n’ai pas toujours eu l’opportunité de faire des saisons pleines. Je me suis stabilisé au Stade Rennais, où j’ai effectué une bonne première année [2015-2016], même si j’aurais pu faire mieux au niveau des buts. Cette saison, je me suis beaucoup investi, et j’ai dans l’espoir de dépasser mon compteur de l’an passé.

Vous vous êtes fixé un objectif précis ?

Bien sûr ! J’avais déjà dit que j’espérais atteindre les dix buts. Aujourd’hui, j'en ai la possibilité, et même celle de faire mieux.

Sur les sept buts en question, il y a eu celui contre Angers dédié à Laurent Pokou, décédé six jours auparavant (13 novembre 2016). On vous avait senti très ému sur le coup, que représentait Pokou pour vous ?

C’est une icône en Côte d’Ivoire. C’était un joueur adoré et souvent comparé aux plus grands de son époque. Je n’ai pas eu la chance de le connaître, mais j’ai eu beaucoup d’échos le concernant. C’est quelqu’un qui a également marqué les esprits au SRFC, et je suis content d’avoir pu honorer sa mémoire en scorant ce jour-là.

Avec les départs successifs d’Ousmane Dembélé, Paul-Georges Ntep et Kamil Grosicki, et sans aller jusqu’à dire qu’il n’y a plus que vous, désormais, pour marquer des buts à Rennes, avez-vous ressenti une pression supplémentaire à votre retour de la CAN ?

Non, pas plus que ça… J’ai toujours cru en mes qualités, malgré de nombreuses critiques à mon égard. Je suis un joueur qui a toujours « souffert », dans le sens où je n’ai pas eu des choix faciles à faire durant ma carrière. Mais ces passages auxquels j’ai été habitué, me forgent et me poussent à faire plus. J’aide l’équipe offensivement et je suis récompensé de mes efforts en inscrivant des buts.

Qu’est-ce que vous vous êtes dit quand le club a vendu en janvier Ntep et Grosicki ?

J’étais à la fois content et surpris. Content pour eux, car ils ont eu l’opportunité d’aller dans les championnats dont ils rêvaient [Bundesliga d’un côté, Premier League de l’autre]. Pour eux, ce n’est que du bonus ! Après, je ne suis pas le seul à avoir pensé qu’on se mettait en difficulté pour la fin de saison. Quand on regarde bien, c’était quand même deux grands cadres du club…

Vous sentez-vous maintenant investi d’un rôle de leader au Stade Rennais ?

Tout à fait, mais c’est le cas depuis le début de saison. J’ai de l’expérience, je suis également passé par de grands clubs. En venant ici, j’étais déjà un leader offensif. Je parle seulement sur le terrain, pas beaucoup dans le vestiaire ou à l’entraînement. Aujourd’hui, c’est vrai que j’ai un grand rôle à jouer, et ça me convient. Je vais tout faire pour aider mon équipe à aller le plus loin possible en championnat.

Comment jugez-vous la progression de votre duo avec Firmin Mubele ?

Pour le moment, ça se passe plutôt bien. On est complémentaires, en fait. C’est quelqu’un qui est aussi capable de faire des appels vers l’avant, de garder le ballon, de décrocher. Ça me permet de faire d’autres appels, qui pourront me permettre d’être dans la surface adverse et marquer. Ça me permet également de récupérer, j’en avais besoin, parce que sur le front de l’attaque, ce n’était pas tout le temps évident tout seul. Yoann Gourcuff décroche plus, est plus n°10. Ça me fait du bien qu’un joueur comme Mubele soit parmi nous.

Vous aviez l’impression auparavant d’être livré à vous-même, devant ?

Même mes coéquipiers me le disaient : « Il faudrait qu’on soit plus avec toi offensivement ». Donc oui, je l’ai ressenti à un moment donné, mais c’est aussi le schéma tactique qui voulait ça. Je ne peux pas en vouloir à qui que ce soit.

Vous parliez des critiques dont vous avez fait (ou faites) l’objet. Cela ne s’est pas toujours bien passé avec les supporters rennais, encore aujourd’hui malgré votre statut de meilleur buteur. Vous retenez-vous pour ne pas « dégoupiller » quand le public vous siffle ?

Ce genre de critiques, c’est plus de la gaminerie et de la jalousie qu’autre chose. Moi, je suis conscient de ce que j’apporte à l’équipe, et je sais que je suis un joueur sur lequel il faut compter.





Ça se passe donc mieux avec les fans, notamment sur les réseaux sociaux ?

Je ne suis pas très réseaux sociaux, ce n’est pas moi qui gère mes comptes. Ce qui a été dit ou ce qui a été fait n’est en aucun cas de mon ressort. Je n’ai rien à me reprocher à ce niveau-là. Après, les critiques font aussi partie du football. Il y a des joueurs qu’on aime, d’autres qu’on n’aime pas. Personnellement, je ne demande pas à être aimé de tout le monde, mais juste à ce qu’on apprécie ce que je fais sur le terrain, tout simplement.





Quid de votre relation avec Christian Gourcuff ? En début de saison, on a pu lire ou entendre que vous n’entriez (peut-être) pas dans ses plans. Vous estimez l’avoir convaincu ?

Si je joue encore, c’est qu’il a confiance en moi. Vous savez, quand il met un schéma en place, il ne fait de cadeau à personne. Si je n’étais pas bon, il m’aurait remplacé par un autre. Aujourd’hui, il y a un respect mutuel entre nous, on essaye de bien s’entendre. J’essaye d’exécuter sur le terrain ce qu’il me demande. Je suis très à l’écoute et je respecte les décisions du coach. S’il me fait jouer, c’est que je le mérite.

Cela a-t-il été compliqué de se plier à ses consignes tactiques ?

Non, non… J’ai été formé au FC Nantes, donc son style ressemble un peu au jeu à la nantaise de l’époque : jeu réduit, jeu de passes, etc. Comparé à certaines personnes, je m’y suis vite adapté, j’ai vite compris ce qu’il voulait mettre en place.

En juin, vous arriverez à un an de la fin de votre contrat au SRFC. Y a-t-il des discussions en cours pour une éventuelle prolongation ?

Pour le moment, non, ce n’est pas pressé. Aujourd’hui, je suis bien à Rennes, ma famille aussi, et j’ai l’intention d’aller au bout de mon contrat. Si on est amenés à discuter, je serai à l’écoute de ce que me proposera le club. Je déterminerais alors ce qui est le mieux pour moi.

Au fait, pourquoi portez-vous le n°13 ?

Parce qu’il m’avait réussi à l’époque où je jouais à Sochaux [lors de la deuxième partie de saison 2012-2013]. J’avais le choix entre les numéros 9 et 13, et ça s’est fait naturellement. J’ai tout de suite pensé à ma période sochalienne, en me disant : « Pourquoi ne pas le porter ici également ? »

Ça veut dire que vous êtes superstitieux ?

Pas autant que certains, mais un peu, oui. J’ai des croyances dues à mes origines. Quand je me sens bien dans un maillot ou dans une façon de préparer mes matchs, j’essaye de reproduire ça régulièrement, pour que ça continue à aller dans le bon sens.