Ligue 2: «Je le sens bien pour la remontée du Stade Brestois en L1», éprouve Corentin Martins

INTERVIEW L’ancien milieu offensif des Bleus affiche son optimisme à propos du club finistérien…

Propos recueillis par Jeremy Goujon
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Corentin Martins lors du dernier match en Ligue 1 disputé à ce jour par le Stade Brestois, le 26 mai 2013.
Corentin Martins lors du dernier match en Ligue 1 disputé à ce jour par le Stade Brestois, le 26 mai 2013. — F. Tanneau / AFP

Ancien joueur de Brest et de l’AJ Auxerre, qui s’affrontent vendredi à l’Abbé-Deschamps (20 h), Corentin Martins « regarde avec attention » les performances des deux clubs, aux situations diamétralement opposées en Ligue 2. Pour l’ex-international français (47 ans), actuel sélectionneur de la Mauritanie, la remontée du Stade Brestois en L1 ne fait en tout cas (presque) aucun doute…

Débutons par l’AJA. Voir un tel club classé 19e en L2, surtout quand on a marqué son histoire, ça doit faire mal, non ?

C’est vrai que c’est triste, j’y étais en plus la semaine dernière lors de la défaite contre Orléans [0-2, le 4 février]. Par le passé, il est déjà arrivé à beaucoup de clubs de connaître une descente après avoir vécu de grandes choses sportivement. Et puis, c’est difficile aussi de remonter par la suite. J’espère qu’ils vont réussir à se maintenir cette saison.

Comment expliquer selon vous cette « descente aux enfers » ?

Je n’ai pas assez d’éléments en main pour pouvoir dire : « Il y a eu des erreurs commises ici ou là ». Le constat, c’est que l’AJ Auxerre s’appuyait à un moment donné sur la formation. Elle faisait partie des premiers clubs en France dans ce domaine. Aujourd’hui, c’est loin d’être le cas [l’AJA a tout de même fini 6e au classement annuel des meilleurs centres de formation français, en juillet 2016], et la relégation en Ligue 2 [en 2012] n’a rien arrangé non plus.

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Ces dernières semaines ont été ponctuées, notamment, par la passe d’armes entre Guy Roux et Jean-Pierre Papin. Que vous inspire ce genre de bisbille ?

Jean-Pierre Papin, c’est quand même un nom dans le football en tant que joueur. Guy Roux, lui, a largement démontré dans le passé - en tout cas à Auxerre, les qualités qu’il pouvait également avoir. D’après ce que j’ai vu et entendu, il est écouté de l’actionnaire.

Parlons justement d’ORG Packaging, la société chinoise qui a racheté l’AJ Auxerre en octobre 2016. À vos yeux, l’arrivée de plus en plus fréquente d’investisseurs étrangers est-elle une dérive ou un bienfait ?

Quand il y a une nécessité, il faut aussi saisir les opportunités. On le voit avec le PSG, qui est aujourd’hui l’une des meilleures équipes d’Europe. Par conséquent, je ne vois pas ça de façon négative. Tout en profitant de moyens venus de l’extérieur pour s’améliorer, il faut cependant garder une certaine identité. L’historique d’un club, c’est important.

Dans l’optique du maintien, est-ce réellement une bonne chose pour l’AJA d’être toujours qualifiée en Coupe de France ?

J’ai deux positions contradictoires sur le sujet. Le fait d’aller loin dans la compétition pompe beaucoup d’énergie, tant physique que psychique, ce qui n’est pas l’idéal pour préparer un maintien. A contrario, enchaîner les matchs permet d’avoir un rythme intéressant en vue de la lutte contre la relégation.

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Le Stade Brestois, lui, n’a plus que le championnat à disputer. Le voir tout en haut actuellement, ça vous surprend… malgré la venue d’un expert en accessions comme Jean-Marc Furlan ?

Ce qui est surprenant, c’est que l’équipe a beaucoup changé, que ce soit en début de saison ou même pendant le dernier mercato d’hiver. Maintenant, comme vous l’avez dit, Jean-Marc Furlan est un spécialiste. Il a prouvé que c’était un très bon entraîneur, et il continue de faire du bon travail à Brest. J’ai des échos sur son coaching. Les joueurs prennent du plaisir, les spectateurs au stade également. Pour l’image du club, c’est important. À Brest, il y a la ferveur du public, mais aussi une certaine connaissance du jeu. Là, les gens sont donc, dans l’ensemble, contents.

Au bout de 24 journées, l’équipe compte six points d’avance sur Troyes (2e) et Reims (3e). Vous le sentez bien pour la remontée en Ligue 1 ?

Oui, franchement, il faudrait une sacrée baisse de régime pour ne pas monter. Bien sûr, tout peut arriver, mais il y a de l’expérience dans l’effectif, et des joueurs de bon niveau l’ont encore rejoint durant le mercato. C’est bien, ça maintient une concurrence au sein du groupe, d’autant qu’ils vont être amenés à jouer des matchs de haut niveau d’ici la fin de saison.

Après en avoir été joueur, directeur sportif et entraîneur, votre histoire avec le SB29 s’est terminée au tribunal (Corentin Martins remporta un procès en février 2015, son licenciement de juillet 2013 étant « dépourvu de cause réelle et sérieuse »). Si vous acceptez d’en parler, c’est qu’il n’y a pas de rancune de votre côté ?

Je suis Brestois, j’y suis né et j’y vis encore. Vis-à-vis du club, il y a de nouveaux dirigeants, un nouveau président, donc je n’ai aucune rancune par rapport à ces gens-là.

Y a-t-il du coup un lien qui vous unit encore au club ?

Juste d’ordre financier, puisque je suis actionnaire de la SCI Centre de formation. J’avais apporté un peu de sous avec d’autres personnes pour la construction dudit centre. Lequel existe aujourd’hui [inauguré en octobre 2016].

En cas de remontée, le Stade Brestois possède désormais les structures pour perdurer en L1 ?

Cette année, en tout cas, les pros s’entraînent dans de meilleures conditions. Ils disposent de plusieurs terrains, ce qui n’était pas le cas auparavant. Arrivé en hiver, il leur était très difficile de trouver un endroit du terrain sans plaque gelée.

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Un mot pour conclure sur la disparition récente d’une légende brestoise, Roberto Cabañas…

J’ai ressenti beaucoup de tristesse, bien évidemment. Je l’avais aidé et accueilli à son arrivée au club. Partir à 55 ans, c’est très jeune. On s’était revus à Brest il y a cinq-six ans. C’est vrai que c’est triste, oui…