Clocheman, porte-voix des sans-voix, repart au combat contre l’exclusion

SOCIETE Ancien SDF, Jean-Paul Fantou raconte dans un second livre son parcours chaotique et livre quelques pistes pour lutter contre la misère…

Jérôme Gicquel

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Jean-Paul Fantou s'est installé à Rennes en 2014 pour renouer avec les racines d'un père qu'il n'a jamais connu.
Jean-Paul Fantou s'est installé à Rennes en 2014 pour renouer avec les racines d'un père qu'il n'a jamais connu. — J. Gicquel / APEI / 20 Minutes

Dix ans quasiment jour pour jour après le décès de l’Abbé Pierre, les questions de pauvreté et d’exclusion restent toujours tristement d’actualité. Certains de ses disciples ne baissent pas pour autant les bras et poursuivent le combat engagé par le prêtre catholique. C’est le cas de Jean-Paul Fantou, alias Clocheman, « son nom de guerre », qui publie ces jours-ci son deuxième livre La Bible de la rue (Editions de l’Onde). Un ouvrage choc dans lequel il revient sur son parcours chaotique qui l’a conduit à vivre pendant plus de trente ans dans la rue.

« J’ai vécu plusieurs vies, mais plusieurs vies d’enfer », raconte-t-il. Placé très jeune à la Ddass, Jean-Paul Fantou connaît une enfance de martyr, « comme Cosette », avec son lot quotidien de violences et de sévices. Déjà cabossé par la vie, Jean-Paul poursuit une fois adulte sa descente aux enfers. Délinquance, divorce, toxicomanie, prison jusqu’à se retrouver à la rue sans rien, « accro au crack et dans un état de loque humaine ».

Deux grèves de la faim pour alerter les pouvoirs publics

C’est finalement sa rencontre avec l’Abbé Pierre dans les années 90 qui va le remettre un peu sur le droit chemin. Marqué par ses paroles et ses valeurs humanistes, Jean-Paul Fantou se glisse alors dans son personnage de Clocheman avec pour mission de lutter contre l’exclusion. Pour alerter les pouvoirs publics, il se lance dans une grève de la faim en 2002 à Paris. Suivront un premier livre sorti en 2005 et une seconde grève de la faim de 48 jours en 2006.

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« J’ai été reçu en grande pompe à ce moment-là. On m’a promis beaucoup de choses mais je n’ai rien vu au final », indique-t-il. C’est alors la rechute et le retour à une vie d’errance dans la rue. Après dix nouvelles années de galère, Jean-Paul met finalement le cap sur Rennes et la Bretagne en 2014. « Mon père, que je n’ai jamais connu, est originaire de Saint-Servan à Saint-Malo. J’avais envie de renouer avec mes racines paternelles et je me suis donc installé à Rennes, étape finale de ma reconstruction », raconte Jean-Paul.

« Un système qui n’a abouti qu’à de l’assistanat »

Désormais installé dans un logement social où il touche une retraite au titre de travailleur handicapé, Clocheman n’a rien perdu de son énergie. Son nouveau livre en est la preuve. « J’essaie à ma façon d’apporter des solutions à mes frères et sœurs de misère en dénonçant un système qui n’a abouti qu’à de l’assistanat », assure Clocheman, qui apporte à la fin de son ouvrage quelques pistes pour tenter de résorber la misère.

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« On doit repenser entièrement les structures d’accueil afin de les humaniser. Il faut aussi faire participer les exclus aux tâches quotidiennes afin de participer à leur réadaptation. Il y a enfin urgence à mettre en place une vraie politique de formation afin de remettre ces exclus sur le chemin de l’emploi et de la réinsertion », détaille Clocheman, qui espère que les questions d’exclusion et de pauvreté ne seront pas les grandes oubliées du débat présidentiel.