Bretagne: Benoît Hamon triomphe, nouvelle gifle pour Manuel Valls

PRIMAIRE A GAUCHE Malgré l’appui de nombreuses personnalités locales, l’ancien Premier ministre arrive très loin derrière le natif du Finistère…

Jérôme Gicquel

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Benoît Hamon, le soir du 1er tour de la primaire à gauche, dimanche 22 janvier.
Benoît Hamon, le soir du 1er tour de la primaire à gauche, dimanche 22 janvier. — Bertrand GUAY / AFP

Grand vainqueur du premier tour de la primaire à gauche, Benoît Hamon n’a pas dû bouder son plaisir dimanche soir en découvrant les résultats en Bretagne. Natif de Saint-Renan dans le Finistère, « petit Benoît » devance très largement Manuel Valls dans la région, avec un score de 42,8 % contre seulement 31,4 % pour l’ancien Premier ministre. Dans les deux plus grandes villes bretonnes, l’ancien ministre de l’Education Nationale, frôle même les 50 % ( 48,24 % à Rennes et 49,60 % à Brest).

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Un vrai triomphe pour Benoît Hamon qui n’avait pourtant pas beaucoup de soutiens déclarés dans la région. A l’inverse, Manuel Valls avait derrière lui plusieurs personnalités politiques locales comme Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et président de région, Nathalie Appéré, députée-maire de Rennes, ou François Cuillandre, maire de Brest et président de Brest Métropole. « L’époque où les gens attendaient que les notables ou le curé leur disent pour qui voter est révolue, les gens sont beaucoup plus pragmatiques », se félicite la députée européenne Isabelle Thomas, porte-parole de Benoît Hamon.

« Manuel Valls est brutal et clivant »

Pour la conseillère municipale de Saint-Malo, le triomphe de son poulain vient confirmer le caractère modéré de la Bretagne dans ses choix politiques. « Manuel Valls est brutal et clivant et les Bretons n’aiment pas trop ça. Le fait qu’il ait été obligé d’annuler son meeting à Rennes témoigne d’ailleurs d’une certaine ambiance, à savoir qu’il n’est pas quelqu’un de rassembleur ni de fédérateur », souligne-t-elle. Le Premier ministre s’en est d’ailleurs rendu compte lors de son déplacement à Lamballe, où il a été giflé par un jeune homme.

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Pour Jean-Luc Richard, maître de conférences en sociologie politique à Rennes 1, Manuel Valls paye aussi le bilan du quinquennat Hollande, si l’on en juge notamment par son score dans la capitale bretonne. « Rennes a été l’une des villes où l’opposition à la loi Travail a été la plus forte. Le monde universitaire a également vu d’un très mauvais œil les coupes budgétaires », explique le chercheur.

Les soutiens de Valls y croient encore

Le style Valls a également eu beaucoup de peine à s’imposer dans la région. « Il est trop républicain, trop martial pour les Bretons. Son programme, très marqué sur la question de la sécurité, est aussi assez loin des problématiques quotidiennes de la région », poursuit-il. A l’inverse, Benoît Hamon et sa proposition phare de revenu universel a pu trouver un certain écho en Bretagne, « une région accueillante, ouverte sur le monde et où il y a beaucoup de solidarité », souligne Jean-Luc Richard.

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Malgré un second tour mal embarqué, les soutiens de Manuel Valls ne baissent pas pour autant les bras et croient toujours la victoire possible dimanche prochain. « Manuel Valls est le seul à pouvoir qualifier la gauche au second tour de l’élection présidentielle et éviter à notre pays d’avoir à choisir entre une droite brutale et une extrême droite dangereuse », a estimé dimanche soir Nathalie Appéré, maire de Rennes.