Mondial de handball: «Je préférerais le vivre de l'intérieur plutôt que sur mon canapé», regrette Igor Anic

INTERVIEW Pour l'ancien pivot des Experts et de Cesson, suivre l'événement comme spectateur est un vrai crève-cœur...

Propos recueillis par Jeremy Goujon
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Le pivot français Igor Anic, ici face à la Suède lors de l'Euro 2014.
Le pivot français Igor Anic, ici face à la Suède lors de l'Euro 2014. — J. Nackstrand / AFP

Déjà assurée de la première place du groupe A avant même d’affronter la Pologne, ce jeudi à Nantes (17 h 45), l’équipe de France accomplit un sans-faute dans « son » Mondial. Une compétition que suit avec assiduité l’ancien pivot des Bleus et de Cesson-Rennes Métropole (et du « H »), Igor Anic…

Les observateurs se disent bluffés par les performances des Experts. C’est également votre cas ?

Depuis que Didier Dinart a repris ce groupe-là avec Guillaume Gille, je trouve que le fonctionnement a légèrement changé par rapport à ce que faisait Claude Onesta. Les jeunes sont énormément utilisés, la rotation dans son ensemble est immense. Cela permet à des joueurs comme Niko [Karabatic] ou Daniel [Narcisse] d’être préservés, et pour l’instant, ça leur réussit.

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Contre la Russie, Adrien Dipanda a été monstrueux en première mi-temps. Dans la seconde, Nedim Remili fut tout aussi fort. À la fin, on a donné l’occasion à Dika Mem [le suppléant de Luka Karabatic] d’entrer en jeu, et il a saisi sa chance. C’est en cela qu’on peut dire que l’équipe de France est impressionnante : on fait apparaître des joueurs au compte-gouttes, et à chaque fois, ils sont bons.

Vous estimez que cette profondeur de banc peut faire la différence à l’arrivée…

Les bons joueurs ne manquent pas dans les autres équipes, mais celles-ci n’ont pas forcément la rotation nécessaire pour tenir un championnat entier. La France, elle, possède des joueurs sur le banc qui sont capables de jouer aussi bien que ceux étant sur le terrain.

Parmi les jeunes, le pivot Ludovic Fabregas (20 ans) est en train d’exploser. Est-il la révélation du tournoi ?

Je ne sais pas, car on voit depuis plus d’un an, maintenant, qu’il a de la qualité. À Montpellier [le club de Fabregas], c’est le patron de la défense. Il progresse et prend de plus en plus de place au sein de cette équipe de France, où un nouveau cycle s’ouvre avec l’arrivée de joueurs comme Ludo, Remili (21 ans) ou Mem (19 ans).

Est-ce un crève-cœur pour vous de vivre ce Mondial à domicile en tant que simple spectateur ?

Carrément ! Pour y avoir goûté, c’est sûr que je préférerais le vivre à l’intérieur du groupe France plutôt que sur mon canapé. Une carrière sportive est faite de hauts et de bas, et j’ai eu la chance de connaître deux « très hauts » avec un titre de champion d’Europe (2014), puis du monde (2015). Donc là, je ne vais pas dire que je suis super content de vivre ce Mondial de l’extérieur… mais je ne me morfonds pas non plus. Il faut l’accepter et savoir rebondir.

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Cela veut dire que vous gardez l’équipe de France dans un coin de votre tête ?

Je vais bientôt avoir 30 ans [le 12 juin], et ma priorité, aujourd’hui, est de bien jouer en club [à mi-saison avec Saran, Anic est le meilleur buteur de la Lidl Starligue au niveau des pivots] et d’avoir un salaire. C’est de ça dont je vis et c’est ce qui fait vivre mes enfants. Après, j’estime avoir quitté un peu brusquement l’équipe de France. Je ne suis pas sûr qu’on compte beaucoup sur moi. Si on me prouve le contraire, je dirai : « Pardon, c’est ma faute, j’avais tort », mais je pense qu’on compte beaucoup plus sur la jeune garde qui pousse que sur moi.