Aveugle, Marie-Hélène apprend à faire des crêpes et des galettes comme une vraie pro

INITIATIVE Maman de quatre enfants, elle suit actuellement une formation à l’école des maîtres crêpiers à Rennes…

Jérôme Gicquel

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Marie-Hélène apprend à bien étaler la pâte sur le bilig, sous l’œil bienveillant de son formateur.
Marie-Hélène apprend à bien étaler la pâte sur le bilig, sous l’œil bienveillant de son formateur. — J. Gicquel / APEI / 20 Minutes

Le geste est soigné et précis. Le tablier parfaitement ajusté, Marie-Hélène s’applique à étaler la pâte sur son bilig. Quoi de plus normal quand la scène se déroule à l’école des maîtres crêpiers de Rennes. Sauf que la stagiaire aux fourneaux est aveugle, atteinte d’une maladie génétique qui lui a fait perdre entièrement la vue il y a 18 ans. Pas de quoi décourager cette chercheuse originaire de Noirmoutier qui s’est lancée le défi d’apprendre à faire des crêpes et des galettes comme une vraie professionnelle.

« Je fais déjà la cuisine pour mes quatre enfants. Pour la Chandeleur, je prépare à chaque fois quelques crêpes. Mais cette fois, j’avais vraiment envie d’apprendre à faire ma pâte et à travailler sur du vrai matériel », indique-t-elle.

Ouvrir la formation à des personnes handicapées

Quand sa future stagiaire le contacte début novembre, Bertrand Denis, fondateur de l’école, hésite quelques instants. « J’ai toujours eu ce projet d’ouvrir la formation à des personnes en situation de handicap. Mais je ne me sentais pas prêt avec une personne aveugle », assure-t-il.

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La détermination de Marie-Hélène achèvera finalement de le convaincre, sans compter l’aide précieuse de sa fille qui exerce comme ergothérapeute. « Elle a conçu un plan adapté afin que Marie-Hélène puisse se repérer dans la cuisine », explique le chef.

« Elle a des yeux au bout des doigts »

Depuis lundi, cette mère courage a donc pris possession des lieux comme une dizaine d’autres stagiaires venus se former à l’art de la crêpe et de la galette. « J’ai besoin d’apprendre le geste précis pour étaler correctement la pâte », explique Marie-Hélène, sous l’œil bienveillant et vigilant de son formateur. « Je fais très attention afin d’éviter tout accident mais la formation est la même que pour tous les autres. C’est très impressionnant de la voir à l’œuvre. Elle a des yeux au bout des doigts et ressent des choses que nous, valides, ne pouvons détecter ».

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A l’issue de sa formation qui durera quatre jours, contre deux semaines pour les autres élèves, Marie-Hélène promet de régaler sa progéniture « avec au moins des galettes trois fois par semaine ». Pour Bertrand Denis, cette première expérience avec une personne aveugle aura quant à elle valeur de test afin d’envisager à l’avenir d’ouvrir sa formation à d’autres personnes porteuses de handicap. « Cela doit servir à démystifier le handicap », conclut-il.