Ligue 1: Avant Guingamp-Nantes, Antoine «peinard» Kombouaré raconté par Raynald Denoueix

INTERVIEW L’ancien entraîneur du FCN a beaucoup d’estime pour l’actuel coach de l’EAG…

Propos recueillis par Jeremy Goujon
— 
L'entraîneur guingampais Antoine Kombouaré lors d'un match de préparation contre le FC Lorient, en juillet 2016.
L'entraîneur guingampais Antoine Kombouaré lors d'un match de préparation contre le FC Lorient, en juillet 2016. — J.-S. Evrard / AFP

Avant le Guingamp-Nantes de samedi soir (20 h), l’ex-entraîneur du FCN Raynald Denoueix évoque pour 20 Minutes la personnalité d’Antoine Kombouaré, son ancien élève à la Jonelière, devenu coach de l’En Avant.

La défaite face à Nice (0-1) n’altère en rien l’excellent début de saison de l’EAG. De ce fait, Antoine Kombouaré est-il l’entraîneur le plus sous-estimé de la Ligue 1 ?

Déjà, je n’ai pas vu un seul match de Guingamp cette année. Et puis, je n’ai pas vu non plus énormément de matchs d’Antoine comme entraîneur. Antoine, je le connais en tant que joueur au FC Nantes [de 1984 à 1990], et j’en garde de très bons souvenirs, sur tous les plans. Je n’ai jamais eu l’occasion, depuis, de discuter avec lui du métier d’entraîneur, un job bien difficile. Malheureusement, un coach est aujourd’hui jugé sur ses résultats. Je ne sais pas si Antoine est le plus ou le moins estimé, je n’ai aucune idée là-dessus. Et quelque part, ce n’est pas le problème.

Pourquoi n’êtes-vous plus en contact ?

C’est le temps qui fait son œuvre, tout simplement. Si je dois le revoir, ce sera avec plaisir, parce que c’est quelqu’un que j’ai bien apprécié. C’est un super mec, qui je l’espère, si ce n’est pas le cas, sera plus estimé à l’avenir. Au niveau médiatique, on va plutôt parler de Paris, Monaco et Lyon, car ils sont en haut, et puis de ceux qui sont tout en bas. Comme l’avait dit un journaliste nantais, on s’empresse plutôt de parler des trains qui arrivent en retard qu’au reste. Antoine ne fait pas partir un train qui arrive en retard en ce moment, donc on ne s’intéresse pas à lui. On finira éventuellement par en parler un peu plus s’il est 2e. Je l’espère pour lui.

Kombouaré considère Jean-Claude Suaudeau « comme [son] père », et Christian Karembeu comme « [son] petit frère ». Vous dans l’histoire, vous êtes comme son oncle ?

Je ne sais pas ce que je suis… J’ai été un entraîneur qui a vu Antoine arriver [Raynald Denoueix dirigeait le centre de formation nantais] et évoluer, voilà, point final.



Néanmoins, quand vous regardez le classement actuel de Guingamp (7e, à deux points de la 4e place), vous vous dites quoi par rapport à votre ancien joueur ?

Je me dis que je suis très heureux pour lui. Quand on a été entraîneur, on a beaucoup de respect pour ceux qui sont dans ce métier. On sait que c’est tellement difficile. De temps en temps, ça fait du bien d’avoir de bons résultats, parce que c’est ce qui fait que c’est plus facile de continuer. Donc tant mieux pour lui, même si ce n’est pas la première fois qu’il est dans une phase de bons résultats.

Coco Suaudeau dit avoir « beaucoup appris » auprès d’Antoine Kombouaré. Vous également ?

Avec tous les joueurs qu’on a, on apprend forcément. Antoine, c’est une autre culture [kanak, en l’occurrence], mais ce sont toujours des histoires différentes. C’est ce qui nous permet d’évoluer et de comprendre beaucoup de choses. Derrière le joueur, il y a l’homme. Antoine possède une grosse capacité d’adaptation. Ses mots, c’était : « Tranquille ! À l’aise ! » Il était « peinard ». Cette manière décontractée d’aborder la vie et le job, ça m’a marqué. Ça aide certainement, mais comment peut-on l’avoir ? Antoine l’a grâce à lui-même, car c’est sa vie. Il y a ce mot, « former », mais on ne forme pas les joueurs. Nous, notre boulot, c’est essayer d’en faire des équipes.

Le joueur, lui, nous apporte sa personnalité, ses qualités de footballeur, à la fois techniquement et tactiquement. Il a une manière de voir le jeu, et ceux qui sont riches là-dedans sont ceux qui réussissent. Si le mec n’a rien à l’intérieur, on ne peut rien faire. Antoine avait déjà beaucoup quand il est arrivé, surtout qu’il avait presque une vingtaine d’années [20 ans, précisément]. Il a passé un peu de temps avec moi uniquement parce qu’il avait signé après janvier [1984]. Il ne pouvait donc pas jouer avec les pros. À son âge, soit ça passait, soit ça cassait, mais il n’allait pas faire cinq ans avec moi.

Vous le pensez imprégné de ce qu’il a appris à vos côtés (et d’autres), à Nantes ?

Quand on est entraîneur, on pique de partout. Comme je le disais, le joueur a quelque chose à l’intérieur de lui que personne ne lui a apporté. L’entraîneur, c’est pareil, et en fonction de tout ce qu’il a vécu, il se construit quelque chose. La décontraction qu’avait Antoine, je suppose que ça doit être l’une de ses qualités en tant que coach, qu’il doit consciemment, ou pas, transmettre.

Son équipe a l’occasion de rebondir dès samedi face au FCN. Vu les circonstances, Guingamp part favori, non ?

C’est une expression que je n’utilise jamais, car ça ne veut rien dire ! Contre Lyon (0-6), le FC Nantes a souffert, mais paradoxalement, je l’ai trouvé meilleur que face à Lille (0-0). Hier [mercredi], ils ont quand même réussi à inquiéter pas mal de fois les Lyonnais.

Vous regarderez le match ce week-end ?

Ce n’est pas impossible. Je sais que samedi, il y a un match avec des Rouge et Bleu contre des Blancs, en milieu d’après-midi [Denoueix fait allusion au Clásico Barça-Real, prévu à 16 h 15]. Celui-là, je vais le regarder (sourire). La soirée étant libre, je vais certainement regarder Guingamp-Nantes. C’est une bonne raison de voir une rencontre d’Antoine, une bonne raison aussi de voir le FCN.