Stade Rennais: «Je trouve que je ne touche pas assez de ballons», estime Ludovic Baal

INTERVIEW Le latéral gauche guyanais est pourtant le joueur de Ligue 1 le plus sollicité, devant Thiago Motta...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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Le latéral gauche rennais Ludovic Baal, en haute altitude face à Bordeaux, le 16 octobre 2016.
Le latéral gauche rennais Ludovic Baal, en haute altitude face à Bordeaux, le 16 octobre 2016. — D. Meyer / AFP

Revenu de sélection auréolé d’une qualification pour la Gold Cup (une première dans l’histoire de la Guyane), Ludovic Baal a évoqué pour 20 Minutes son statut d’homme de base au Stade Rennais. Le latéral gauche a, en effet, disputé toutes les minutes de tous les matchs depuis le début de la saison, Coupe de la Ligue incluse…

Avez-vous eu droit à quelques remarques « chambreuses » de la part de vos coéquipiers, après les compliments que Christian Gourcuff vous a adressés publiquement ?

Un peu… On m’a fait : « Tu as entendu ce que le coach a dit ? », alors que je n’avais pas du tout vu ça. Il y a eu des petits regards, des petits sourires. Tu comprends tout de suite, et ça fait plaisir.

D’autant que votre entraîneur n’est habituellement pas du genre à mettre en avant telle ou telle individualité de son collectif…

C’est clair que le coach a ses groupes, il ne nous parle pas trop individuellement. Donc quand tu apprends ce genre de chose, tu es à la fois surpris et content. Ça te permet de travailler plus et d’apprendre davantage à son contact.

Maintenant que vous êtes l’un de ses « chouchous », vous ne pouvez plus le décevoir. Ça vous met une pression supplémentaire ?

Au contraire, c’est une source de motivation. Le travail que je fournis est bon, et il me faut continuer à progresser et à écouter ce qu’il dit, pour avancer avec lui.

C’est la première fois qu’un entraîneur vous encense de la sorte ?

Je ne vais pas dire que ça a été le cas partout où je suis passé, mais les coachs sont assez contents de moi. Au Mans, j’en avais un [le Portugais Paulo Duarte] qui m’encensait souvent.

Est-ce une revanche par rapport aux critiques émises à votre arrivée, quand les mauvaises langues disaient : « Rennes recrute les deux latéraux [avec Dimitri Cavaré] de la lanterne rouge du championnat (Lens) » ?

J’avais entendu parler de ça, mais ça ne m’a pas touché. Contrairement aux gens qui ne sont pas supporters de ce club, et qui, par conséquent, ne m’ont pas vu évoluer là-bas, je sais ce que j’ai fait à Lens. J’ai toujours fait des matchs corrects, j’ai toujours mouillé le maillot. Peut-être que les supporters rennais ne me connaissaient pas. Maintenant, ils ont vu quel joueur j’étais. Je suis un mec qui ne lâche rien, qui répond toujours présent.

Avec 1.090 ballons joués, vous êtes le joueur de Ligue 1 qui touche le plus souvent la balle, devant Thiago Motta (PSG) et votre partenaire Benjamin André. Vous vous rendez compte d’être à ce point sollicité pendant les matchs ?

Non, je ne m’en aperçois pas. Au contraire, je suis énervé sur le terrain, car je trouve que je ne touche pas assez de ballons ! Quand je vois les stats après, je me dis : « Ah ouais, tu as quand même touché 90 ballons ». Mais parfois, ça m’énerve : « Putain, je ne touche pas la balle, là… » Ou quand on ne me fait pas la passe : « Mais j’étais là, donne-la moi ! »

C’est votre côté « milieu-attaquant » [postes où Ludovic Baal a été formé] qui ressort ainsi ?

Oui, c’est prendre du plaisir, être demandeur, jouer, partager… En résumé, tout ce qui me permet de m’épanouir sur le terrain. J’aime le ballon, j’aime jouer au ballon. Je ne suis pas sur le terrain pour ne pas toucher la balle, sinon ça ne sert à rien. Bien sûr, j’aime bien défendre puisque c’est mon poste, mais j’aime participer, combiner, me déplacer pour être libre afin que le mec puisse me trouver à chaque fois… C’est ce que j’aime dans le foot : toucher le ballon.

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Devant vous, sur le côté gauche, il y a Paul-Georges Ntep [forfait pour la venue d’Angers, samedi], dont on connaît le talent, mais aussi le caractère. Est-ce si facile que ça de l’avoir dans son propre couloir ?

Je n’ai pas trop de problèmes avec lui. Après la saison dernière, on n’avait pas encore beaucoup d’automatismes, puisqu’on n’a pas souvent joué ensemble [en raison de diverses blessures]. Maintenant, on arrive mieux à se comprendre. On n’a pas besoin de se parler, un regard suffit.

Hormis Sylvain Armand, vous êtes l’élément le plus âgé de l’effectif (30 ans et bientôt sept mois). Est-ce que ça vous incite à prendre davantage de responsabilités au sein du groupe ?

Ça m’arrive de parler aux jeunes, mais certains « anciens » se sentent plus à l’aise pour le faire. Je ne parle pas trop, mais quand j’ai quelque chose à dire, je le dis. Contre Lorient [en Coupe de la Ligue], j’ai pris la parole parce que j’étais le plus vieux sur le terrain [Baal oublie Armand, titulaire ce soir-là].

Le 4-4-2 cher à Christian Gourcuff demande-t-il plus d’énergie que d’autres systèmes de jeu ?

Ça demande surtout plus de concentration et de discipline. Si tu es assez intelligent, tu perds moins d’énergie. Tu en perdras si tu n’es pas concentré et discipliné, puisqu’il te faudra compenser ton mauvais placement.

C’est l’entraîneur le plus « tacticien » que vous ayez jamais connu ?

Oui, c’est vrai qu’on fait beaucoup de mises en place. C’est assez strict, assez précis. L’aspect tactique, c’est ce qu’on aime le moins en tant que joueur, mais c’est important pour l’équipe. Si on le fait correctement, l’adversaire a du mal à nous bouger ou à se créer des occasions. En respectant tout ce que nous demande le coach, on est moins mis en difficulté.

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Le début de saison du Stade Rennais est bon sur le plan comptable (20 points pris en douze journées). L’est-il également sur le plan du jeu, selon vous ?

Je dirai « par moments ». On est bons dans le jeu à domicile, alors qu’à l’extérieur, on était moins bien au début. On a perdu pas mal de matchs, mais ça commence à venir. On a gagné à Nantes, donc je pense qu’on a passé cette période de moins bien. On va montrer que le Stade Rennais, que ce soit chez lui ou en déplacement, peut faire le jeu et être costaud.

Jusqu’où peut aller le SRFC ?

Le plus haut possible. Je ne sais pas comment se déroulera le championnat, mais on a une équipe pour être là-haut (sic).

Vous avez récemment prolongé votre contrat, jusqu’en juin 2019. Vous vous voyez finir à Rennes ?

Dans trois ans, je ne sais pas qui sera le coach. En tout cas, j’ai envie de continuer au-delà de mes 33 ans, on verra alors si c’est au Stade Rennais ou ailleurs. C’est vrai qu’en France, on dit qu’on commence à devenir trop vieux dans ces âges-là, mais je dirai que je suis comme le bon vin (sourire)…