Masters: «Monfils avait envoyé du lourd, comme son smash d’anthologie contre Raonic»

TENNIS Pour le côtoyer depuis des années sur le circuit ATP, le speaker breton Thierry Éon connaît bien le meilleur joueur français de la saison 2016...

Jeremy Goujon

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Gaël Monfils au dunk face à Milos Raonic, le 13 novembre 2016 à Londres.
Gaël Monfils au dunk face à Milos Raonic, le 13 novembre 2016 à Londres. — BPI / Shutterstock / Sipa

Quand Thierry Éon raconte Gaël Monfils. Speaker à Roland-Garros depuis 2002, l’animateur breton a vu grandir le Parisien, en lice cette semaine aux Masters de Londres. De quoi évoquer « La Monf' » avec « un brin de subjectivité », comme l’admet le Merdrignacien…

Les Trois Mousquetaires, avec Tsonga et Ouanna. « Après l’Open Super 12 d’Auray [le rendez-vous morbihannais des futures stars de la balle jaune, où Monfils a atteint les demi-finales en 1998], j’avais communiqué sur son titre de champion de France [des 15-16 ans en 2002, son premier sacre officiel]. Il a ensuite été champion du monde juniors en 2004, année où il bat Josselin Ouanna en finale de l’Open d’Australie.

D’ailleurs, si on veut faire le lien avec la Bretagne, on notera que Ouanna avait remporté l’Open de Rennes en 2008, deux ans après Jo-Wilfried Tsonga. Or, Josselin, Jo et Gaël, ce sont trois potes. Quand Ouanna met fin à la carrière de Marat Safin à Roland-Garros [en 2009], j’étais à un mètre de Monfils. Il sautait dans tous les sens à chaque fois que Ouanna mettait un scud à Safin. »

Un homme de spectacle. « Je me rappelle d’un moment incroyable vécu lors du « Tennis4Pau » (en 2013), un tournoi exhibition qui regroupait quatre joueurs de haut niveau : Gaël Monfils, Benoît Paire, Julien Benneteau et Nicolas Mahut. Chacun avait un surnom : "Marathon Man" pour Mahut, "Showman" pour Monfils, "Gentleman" pour Benneteau, "Magic Man" pour Paire… Gaël avait envoyé du lourd, à l’instar de son smash d’anthologie contre Raonic, hier [dimanche]. J’aimerais bien calculer la hauteur atteinte sur ce coup…

Le terme "showman" est vraiment bien choisi, parce qu’il crée du spectacle, du plaisir. Gaël est un exubérant, mais bizarrement, en dehors des courts, il est plutôt calme. Alors que sur un terrain, il déchaîne les foules, il est impressionnant. Quand tu le regardes, normalement, tu n’es pas déçu. »

Un bon client. « J’adore le faire en interview. Comme Benoît [Paire], c’est un joueur que j’apprécie beaucoup, il est hyper agréable. Il y a un naturel qui se dégage : les questions que tu vas lui poser sur un terrain, il y répondra de la même manière hors micro. Son discours n’est pas lisse, car il a un caractère atypique. Il peut être imprévisible dans ses réponses, mais c’est à l’image des coups incroyables qu’il peut te sortir sur le court. »

Thierry Éon aux côtés de Gaël Monfils, lors d'une séance dédicaces.
Thierry Éon aux côtés de Gaël Monfils, lors d'une séance dédicaces. - Agence 3Neo

Et le palmarès dans tout ça ? « Les purs spécialistes, du moins ceux qui s’autoproclament ainsi, aimeraient le voir faire plus de résultats, au lieu de privilégier le show. Moi, j’ai une autre vision des choses : il s’éclate quand il joue ! Pourquoi on va le voir ? OK, on aimerait bien qu'un Français gagne un Grand Chelem, mais on va le voir parce qu’on aime le spectacle et se dire : "J’y étais". On aime ou on n’aime pas le personnage, mais il va te sortir un coup que personne n’osera réaliser. C’est un kangourou (sic), il est super souple, il saute… Et j’adore quand il fait des glissades !

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Alors oui, il aurait peut-être plus d’énergie pour aller plus loin dans les tournois s’il se calmait un peu… Certains diront qu’il a gâché sa carrière à cause de ça. Personnellement, je n’aurai pas de regrets. »