Philippe Croizon, lors de sa traversée de la mer Rouge entre la station balnéaire égyptienne de Taba et le port jordanien d'Aqaba.
Philippe Croizon, lors de sa traversée de la mer Rouge entre la station balnéaire égyptienne de Taba et le port jordanien d'Aqaba. — Khalil Mazraawi afp.com

HANDICAP

Comment Philippe Croizon, amputé des quatre membres, redonne espoir aux personnes handicapées

Il intervenait à Rennes à l'occasion de la semaine pour l'emploi des personnes handicapées...

« J’ai une chance inouïe, je suis en bonne santé ». Des larmes, des rires, et un grand message d’espoir. Lundi, Philippe Croizon a marqué les esprits des agents du conseil régional de Bretagne.

Invité pour lancer la semaine de l’emploi des personnes handicapées à Rennes, l’homme amputé des quatre membres a évoqué son accident, son parcours et tous les exploits réalisés depuis, comme sa traversée la Manche à la nage en 2010.

« J’ai été en mode gros con »

Le 5 mars 1994, celui qui avait alors 26 ans a vu sa vie basculer lors d’un accident. Perché sur le toit de sa maison pour y décrocher l’antenne télé, il s’est accroché dans la ligne électrique et a été électrocuté. Les médecins n’ont d’autre choix que de l’amputer des quatre membres. « Je suis passé par toutes les phases : le déni, la dépression, la colère. Pendant des années, j’ai été en mode gros con. Je ne quittais pas mon canapé », explique Philippe Croizon à une assemblée toute ouïe.

Philippe Croizon, amputé des quatre membres, ici aux côtés de la conseillère régionale de Bretagne Claudia Rouaux, le 14 novembre 2016 à Rennes.
Philippe Croizon, amputé des quatre membres, ici aux côtés de la conseillère régionale de Bretagne Claudia Rouaux, le 14 novembre 2016 à Rennes. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

Soigné à Kerpape, dans le Morhihan, « la Rolls Royce de la rééducation », l’homme rencontre un médecin qui va changer sa vie. « J’avais peur de mon handicap, j’en avais même honte ». Après le départ de sa femme, sept ans après l’accident, Philippe Croizon tente par deux fois de mettre fin à ses jours. « On se demande à quoi on sert ».

La lumière viendra d’une femme, Suzanna, qui lui redonnera goût à la vie, et le portera vers de nombreux exploits. En plus de traverser la Manche à la nage, Philippe Croizon a depuis relié les cinq continents à la nage. « Quand j’étais paumé au milieu de l’eau en pleine nuit, j’ai parfois hésité à abandonner. Mais je ne voulais pas retourner dans mon canapé à regarder la télé. »

« Rien n’est impossible »

Le 2 janvier, il prendra le départ du Paris-Dakar comme pilote dans un véhicule adapté, afin de prouver au monde que « rien n’est impossible ». « Je n’ai pas changé depuis mon accident, je suis le même Philippe. Les employeurs, les salariés, les managers doivent le comprendre. Aujourd’hui, une personne en situation de handicap doit pouvoir vivre normalement. Ça passe par un accès à l’école, mais aussi par le travail », résume-t-il.

En France, le taux de chômage des handicapés est de 21 %, contre 9 % pour l’ensemble de la population.