Stade Rennais: «Tu aurais dû naître Brésilien», quand Pelé rendait hommage à Laurent Pokou

FOOTBALL Le célèbre attaquant ivoirien, légende du club rouge et noir, est décédé dimanche à 69 ans...

Jeremy Goujon
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Laurent Pokou, en février 2008.
Laurent Pokou, en février 2008. — I. Sanogo / AFP

La nouvelle a sonné tous les supporters du Stade Rennais, dimanche soir. Légendaire attaquant du club breton, .


MVP de tous les temps

Co-auteur en 2011 , Alain Prioul, joint par 20 Minutes, fut le premier stupéfait : « Ce qui est surprenant, c’est qu’il était hospitalisé pour une hernie discale, donc je me demande comment on peut en mourir… » Pour résumer l’œuvre de Pokou au SRFC, équipe pour laquelle le showman a inscrit   (entre janvier 1974 et juin 1977, puis de septembre à décembre 1978), le journaliste n’y va pas par quatre chemins.

« Rennes vient de perdre le meilleur joueur de son histoire, sans aucun souci. D’autres diront que c’est  [meilleur buteur ever des Rouge et Noir],   ou  , mais pour moi, Laurent Pokou est le meilleur joueur de tous les temps au Stade Rennais… et il n’a pas eu la carrière qu’il aurait dû avoir, parce qu’il est peut-être arrivé trop tard en France [en décembre 1973]. »

Une Waris avant l’heure

En cause à l’époque, le refus du « père » de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, , de voir le trésor national s’envoler pour l’étranger. « À chaque fois que Laurent a eu la possibilité de quitter le pays, le président envoyait ses troupes à l’aéroport pour l’empêcher de partir [le patron de l’ASEC Abidjan, le club de Pokou, était un des ministres d’Houphouët-Boigny] », retrace Prioul.

Laurent Pokou atterrit finalement au Stade Rennais (grâce à un certain François Pinault), où il n’aurait pourtant « jamais dû venir ». Convoité par de nombreuses écuries françaises, désiré au Brésil  disputée avec la sélection d’Afrique (1972), l’avant-centre est surtout sur le point de s’engager en faveur du FC Nantes. « C’était presque signé, et ça a fait comme Waris, plaisante Alain Prioul. Nantes l’attendait à Orly, et il est arrivé au Bourget. »

Le plus Breton des Ivoiriens

Les aficionados rennais ne s’en seront jamais plaints, eux qui étaient « 10.000 de plus à se déplacer à chaque match » de Pokou. « Hyper bien accueilli » dans la région, l’homme y vouait un amour réciproque. « La Bretagne, c’est une partie de moi-même, et je ne cesserai jamais de le dire. Je suis fier d’y retourner, tant que j’aurai la santé. Rennes, c’est le club de ma vie. Cela veut tout dire », .

Ironie du sort, Laurent Pokou aura rendu l’âme à deux jours d’un match amical , avec qui il a marqué l’histoire via ses 14 buts en deux CAN (1968 et 1970). Un total record seulement battu par Samuel Eto’o en 2008… sur cinq éditions. « Je suppose qu’il y aura une minute de silence mardi soir, pense Alain Prioul. Les Ivoiriens auront tous un brassard, et ce qui serait étonnant, c’est qu’il n’y ait pas de funérailles nationales en Côte d’Ivoire. Il était plus connu que tous les hommes d’État africains. »


Plus fort que Neymar

Si après cela, il est encore difficile pour les jeunes générations de mesurer  (un quartier d’Abidjan), quadruple champion de Côte d’Ivoire et sextuple vainqueur de la coupe entre 1967 et 1980, la comparaison effectuée par notre confrère devrait les y aider. « Neymar est doté du même coup de reins. Mais Pokou était certainement plus grand dribbleur que lui. »

Une sentence qui situe le niveau de « L’empereur baoulé » ou du « Duc de Bretagne », pour ne reprendre que deux surnoms récoltés au cours de sa vie. Mais peut-être pas autant que les hommages suivants :

 « Tu aurais dû naître Brésilien. » Pelé à son « successeur » Laurent Pokou, en novembre 1971
 
 « C’est un des tout meilleurs joueurs du monde. » Roger Piantoni, ancien international français, 3e du Mondial 1958
 
 « Les joueurs qui m’ont le plus impressionné ? Je ne vais pas faire preuve d’originalité : les Platini, Beckenbauer, Pelé, Giresse… bien sûr. Mais je n’ai jamais rien vu de tel que Pokou lors d’un Rennes-Saint-Étienne [le 16 mars 1974]. » Michel Vautrot, ancien arbitre international
 
 « Laurent avait toutes mes qualités, mais moi, je n’avais pas toutes les siennes. » Salif Keïta (ex-ASSE et OM), Ballon d’or africain 1970 devant Pokou
 

>> BONUS : Actions et interview de Laurent Pokou, le 28 octobre 1974