Bretagne: Des familles s’unissent pour construire elles-mêmes leur maison

LOGEMENT Le projet d’autoconstruction est porté par le bailleur social Néotoa et les Compagnons Bâtisseurs…

Camille Allain

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Les maisons en autoconstruction de Saint-Médard-sur-Ille sont livrées nues à l'intérieur.
Les maisons en autoconstruction de Saint-Médard-sur-Ille sont livrées nues à l'intérieur. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Il est presque 12h30 et la pause déjeuner approche. Marteau à la main, Elodie continue de fixer dans les poutres de bois les gaines qui abriteront bientôt les fils électriques. La jeune femme ne travaille pas ce jour-là et en profite pour venir aider au chantier de construction de la maison de ses futurs voisins, à Saint-Médard-sur-Ille, au nord de Rennes. « La mienne n’a pas encore de murs. Il n’y a que les fondations », glisse-t-elle en souriant.

« Tisser du lien social »

Si Elodie passe son temps libre à bosser dans une maison qui n’est pas la sienne, c’est parce qu’elle a choisi un projet d’autoconstruction pour s’offrir un logement. Chapeauté par les Compagnons Bâtisseurs, le chantier est porté par Néotoa. Une première pour le bailleur social. « Il y a bien sûr la volonté de proposer un logement à moindre coût. Mais notre objectif premier c’était de trouver un moyen de tisser du lien social », explique Bruno Caccia, directeur de Néotoa.

Les maisons en autoconstruction de Saint-Médard-sur-Ille sont portées par le bailleur social Néotoa et les Compagnons Bâtisseurs.
Les maisons en autoconstruction de Saint-Médard-sur-Ille sont portées par le bailleur social Néotoa et les Compagnons Bâtisseurs. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

A Saint-Médard, huit familles ont souhaité relever le défi de l’autoconstruction. Financièrement, le gain est estimé à 30 %. Là où une maison en bois et son terrain auraient été vendus 200.000 euros, les futurs propriétaires n’auront à en débourser que 140.000. Mais il leur faudra donner de leur temps. « Nous nous sommes mis d’accord sur un planning d’un an. Cela comprend une partie des vacances et trois week-ends sur quatre », résume Stéphane.

« Ils apprennent beaucoup »

Actuellement en recherche d’emploi, lui passe beaucoup de temps sur le chantier ces derniers temps. Locataire dans un quartier écolo de Langouët, non loin de là, il a voulu acquérir sa propre maison. « Financièrement, on ne pouvait pas. Et puis j’avais envie de mettre la main à la pâte, de mesurer ce que c’est de construire une maison », explique-t-il, perché sur son escabeau.

A ses côtés, Pierre est attentif. En service civique chez les Compagnons Bâtisseurs, le jeune homme est chargé d’aider les familles dans les travaux au quotidien. « Le gros œuvre est fait par des entreprises spécialisées. Ils nous livrent les maisons hors d’eau et hors d’œuvre. Après, c’est à nous de tout faire », explique Pierre. Un travail colossal pour les particuliers. « Ils apprennent beaucoup ». C’est son association qui est à l’origine du petit lotissement et qui a contacté le bailleur Néotoa afin d’en assurer le financement.

S’il paraît séduisant sur le papier, le projet des Poiriers a mis du temps à se dessiner, faute de famille candidate. « Il fallait au moins six maisons pour que le projet soit viable. On était quatre, peut-être cinq », se souvient Stéphane. C’est en écoutant la radio qu’Elodie a eu vent du projet. « On cherchait à acheter une maison sur Rennes mais on ne trouvait rien dans nos prix. On cherchait quelque chose à rénover. Le participatif ça nous plaisait bien. »

Entamé en juillet, le chantier d’autoconstruction doit durer un an, le temps de boucler les huit maisons. Pour le bailleur Néotoa, ce lotissement c’est avant tout un test. « Nous avons pas mal défriché pour gérer les contrats, les assurances, donc nous sommes calés pour en faire d’autres. Nous voulons voir si ce modèle humain peut être élargi », conclut Bruno Caccia. Les derniers aménagements auront lieu l’été prochain.