Bugaled Breizh: Douze ans après le naufrage, une BD « pour ne pas oublier »

BANDE DESSINEE L’auteur Pascal Bresson publie l’album «37 secondes»…

Camille Allain

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L'auteur de bande dessinée Pascal Bresson, ici avec son album
L'auteur de bande dessinée Pascal Bresson, ici avec son album — C. Allain / APEI / 20 Minutes

Un chalutier navigue sur une mer rouge sang, suivi de près par l’ombre d’un sous-marin. Dès la couverture de sa bande dessinée 37 secondes à paraître ce vendredi, Pascal Bresson affiche ses convictions. Le 15 janvier 2004, c’est bien un sous-marin qui a entraîné le chalutier breton Bugaled Breizh au fond de l’eau. Ce jour-là, il aura fallu 37 secondes à l’imposant bateau de pêche pour couler. Un jour où la mer a emporté cinq marins et broyé autant de familles. Un jour où l’un des plus grands mystères maritimes français a commencé.

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« Un bateau ne peut pas disparaître aussi vite », affirme d’emblée l’auteur de BD. Après avoir travaillé sur l’affaire Seznec, Pascal Bresson s’est trouvé un nouveau combat en se penchant sur la complexe affaire du Bugaled Breizh. « Je ne supporte pas l’injustice. Ce sont toujours les petites gens qui sont touchées ». Depuis des années, le Malouin a mis de côté tous les articles de presse, les documentaires ou les livres sortis à ce sujet afin de concevoir ce qu’il appelle un « roman graphique ».

« Personne ne veut parler »

En 140 pages, l’auteur démonte l’enquête, les fausses pistes, l’attitude de l’Etat et les mensonges adressés aux familles. « Je suis allé plusieurs fois à Loctudy [village du Finistère d’où étaient originaires les marins]. Là-bas, personne ne veut en parler, on sent qu’il y a une grosse souffrance. De la colère aussi », raconte l’auteur. Pascal Bresson se souvient du jour où il s’est pointé au café du Port, demandant pourquoi aucune photo du Bugaled n’était accrochée aux murs. « On m’a répondu qu’on n’accrochait pas les morts ».

Ces derniers mois, l’auteur a pu voir, comme les familles des marins, la justice française clore le dossier. Bloquée par le secret-défense, l’enquête n’a jamais permis de démontrer la culpabilité d’un sous-marin.

Pour tous ceux qui attendent de connaître la vérité, les regards sont désormais braqués vers l’Angleterre, et l’enquête portée par une magistrate britannique. « On méprise les familles, on les broie, alors qu’elles vont vivre avec ça toute leur vie. Ce livre, c’est avant tout un moyen de dire : "N’oubliez pas ce qui s’est passé". J’avais envie de laisser une trace, de participer à ce combat », lance l’auteur.

A quelques jours de la sortie du livre, Pascal Bresson l’avoue : il est soulagé. « Jamais je n’ai travaillé avec autant de pression. Mais peut-être qu’un jour, quelqu’un va parler. Parce qu’il y a des gens qui savent ».