Stade Rennais-Guingamp: «Quand j'ai appris que ça s'appellerait Celtico, ça m'a fait rire»

FOOTBALL Plusieurs observateurs bretons donnent leur avis sur la nouvelle dénomination du derby...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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L'attaquant rennais Giovanni Sio pris dans la tenaille guingampaise, lors du derby de la saison dernière au Roazhon Park.
L'attaquant rennais Giovanni Sio pris dans la tenaille guingampaise, lors du derby de la saison dernière au Roazhon Park. — D. Meyer / AFP

Avant leur duel de vendredi soir au Roazhon Park (20 h 45), le Stade Rennais et l’En Avant de Guingamp ont déposé à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle) le nom « Celtico », soit la nouvelle appellation du derby en question.

Qu'en pensent les observateurs bretons (ou pouvant être considérés comme tels), qu’ils soient toujours en poste, sans club ou retirés du foot professionnel ? 20 Minutes a interrogé cinq d’entre eux…

  • Quelle a été votre réaction quand vous avez appris qu’un Rennes-Guingamp (ou l’inverse) s’appellerait désormais « Celtico » ?


Stéphane Guivarc’h (né à Concarneau, ancien buteur de Brest, Guingamp et Rennes) : Ça m’a fait rire ! S’ils veulent que ça s’appelle comme ça… Le Stade Rennais est le club phare en Bretagne, Guingamp est également installé en Ligue 1 depuis pas mal d’années, donc il y a certainement une rivalité entre les deux. Mais au niveau du match en lui-même, qu’il s’appelle maintenant Celtico ou autre, ça ne va rien changer.


Stéphane Pédron (originaire de La Gacilly, ex-milieu offensif du FC Lorient, pour lequel il est actuellement superviseur) : Je l’ai appris aujourd’hui [mercredi]. Honnêtement, ça me fait ni chaud, ni froid. Ça aurait pu être la même chose pour Rennes-Brest ou Rennes-Lorient, mais pas pour Lorient-Nantes. Pour moi, Nantes n’est pas en Bretagne (sourire). En tout cas, ça ne me gêne pas. Au contraire, ça change d’avoir des matchs comme ça avec un nom sympa, qui fait penser à la Bretagne.
Johann Ramaré (né à Rennes, ancien capitaine du Stade Brestois, actuel milieu de terrain à Sochaux) : Plus je voyage, et plus je me rends compte que la Bretagne est une région à forte identité. Ça s’accentue d’année en année, et on a du coup de plus en plus envie de s’approprier ce genre de derby. Je trouve ça plutôt plaisant qu’ils insistent sur ce phénomène régional.
Loïc Amisse (né à Nantes, figure du FC Nantes, dont il a été ailier puis entraîneur) : Je n’avais pas entendu parler de ça, d’abord (sourire). Ensuite, pourquoi pas ? Il y a de plus en plus de musique celtique en Bretagne, d’où ce rapprochement. Mais sportivement parlant, je ne vois pas trop l’intérêt.
Éric Besnard (originaire de Janzé, journaliste à Canal+) : Ça m’a amusé, c’est dans la lignée de l’Olympico. Je crois que Grégoire Margotton fut le premier à trouver cette dénomination pour l’opposition Lyon-Marseille. Tout ceci est évidemment une déclinaison du grand Clásico en Espagne [entre le Barça et le Real Madrid]. À tort ou à raison, je n’en sais rien, mais c’est plutôt amusant.

  • Auriez-vous préféré un autre surnom ?

S. G. : « Celtico », c’est par rapport aux Celtes, la musique, tout ça… Après, que ce soit le Classico ou le Celtico, ça ne va pas changer grand-chose.
S. P. : En y réfléchissant, non. Ce nom-là me plaît !
J. R. : De toute façon, le nom devait rappeler la Bretagne. Je l’aime bien, d’autant que ça met cette affiche en avant (sic).
L. A. : Je n’ai rien en tête. Ça ne va rien ajouter à la notion de derby.
É. B. : Je n’avais jamais pensé à « Celtico », mais ça me paraît bien. C’est quand même un match à part, surtout depuis les deux finales de Coupe de France [en 2009 et 2014].

  • Après les « Classico » (OM-PSG) et « Olympico » (OL-OM), n’en fait-on pas trop avec ce type d’appellation ?

S. G. : Si, car ça reste seulement des matchs de foot. Certes, il y a toujours une rivalité entre clubs voisins ou lorsque Paris et Marseille, par exemple, s’affrontent. Ça engendre beaucoup de discussions, mais ce sont surtout les médias qui en parlent. Quand les joueurs de l’OM reçoivent Paris, ils n’évoquent pas ça en termes de Classico. Ils pensent simplement à jouer contre le PSG.
S. P. : Ce n’est pas parce que tel match s’appelle « Olympico » que je vais le regarder plus que les autres. C’est plus un jeu de la presse, mais encore une fois, s’ils veulent inventer un nom, ça ne me dérange pas.

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J. R. : C’est une façon de mettre un peu de piment, d’entretenir l’animosité. Hormis pour les Saint-Étienne-Lyon, je trouve que les matchs jugés très importants par les clubs concernés perdent en saveur par rapport aux dernières années. Ça s’explique par le fait que les joueurs étaient beaucoup plus attachés à leur équipe qu’ils ne le sont maintenant.
L. A. : Disons que ça fait partie du business… Si ça fait plaisir aux gens, tant mieux ! Moi, ça ne me gêne pas.
É. B. : Nous, médias, manquons bien sûr de créativité. On est parfois en panne d’inspiration. Ce serait bien d’en avoir plus, mais en même temps, ça a le mérite de parler à tout le monde.

  • Quel est pour vous le « vrai » derby breton ?

S. G. : Le Rennes-Guingamp est pas mal. Est-ce que Nantes est considéré comme breton ? Ça, je n’en sais rien, ça restera toujours un problème…
S. P. : J’ai l’impression que le Brest-Guingamp, c’est quelque chose, non ? Mais pour moi, il n’y a qu’un seul derby en France, c’est Saint-Étienne-Lyon [Pédron a évolué chez les Verts entre 1999 et 2001]. En comparaison, les Lorient-Rennes ou Lorient-Guingamp, c’est gentillet.
J. R. : Entre Lorient, Guingamp et Rennes, on aime bien se taquiner, mais la plus grosse rivalité, elle est entre Brest et Guingamp. Pour l’avoir vécu de l’intérieur, c’est le derby le plus chaud, le plus disputé. J’ai eu le malheur de perdre en quart de finale de la Coupe de France contre Auxerre, alors qu’un Brest-Guingamp se profilait en demie [en 2015]. Pour l’instant, c’est le plus grand regret de ma carrière. Ça aurait été énorme…

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L. A. : Historiquement, les Nantes-Rennes ont sûrement plus marqué l’imaginaire des Bretons. En ce qui me concerne, pas forcément. C’était plus les équipes qui étaient au top du football français.
É. B. : J’ai grandi dans l’esprit du derby Rennes-Nantes. Guingamp et Lorient n’étaient pas en Ligue 1 dans mon enfance, et l’ennemi intime du Stade Rennais reste, je pense, le FC Nantes. Même si administrativement, Nantes n’est pas en Bretagne. Mais là, je suis de mauvaise foi (rires)…