Publicité sexiste: Pourquoi la petite affaire Bagelstein a-t-elle pris une telle ampleur?

JUSTICE Quatre jeunes avaient été condamnés à des peines de prison ferme…

C.A.

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La franchise Bagelstein a ouvert son restaurant en 2015 à Rennes.
La franchise Bagelstein a ouvert son restaurant en 2015 à Rennes. — C. Allain / APEI / 20 Minutes

C’est une banale altercation, une empoignade où personne, ou presque, n’a été blessé. Née après une manifestation contre la loi Travail à Rennes, « l’affaire Bagelstein » n’aurait sans doute pas eu un tel retentissement si elle n’avait pas pris racine dans un contexte si tendu. Les rassemblements de soutien organisés aux abords du restaurant ne feront que souffler sur les braises.

« Tout est allé très vite »

Le 26 mai, quelques heures après une énième manifestation contre le projet de loi El Khomri, quelques jeunes se rendent devant le restaurant Bagelstein situé rue de l’Echange, à Rennes. La veille, un post Facebook invitait à boycotter l’enseigne, l’accusant d’user de slogans sexistes et racistes. Ce jour-là, le ton monte entre le gérant du restaurant et une poignée de manifestants, qui collent des stickers sur ses tables et sa vitrine. « Ça a duré quelques secondes. Tout est allé très vite », a raconté lundi l’un des prévenus devant la cour d’appel de Rennes.

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Ce jour-là, la brigade anticriminalité est arrivée très vite, évitant peut-être que le conflit ne dégénère. Elle embarque quatre jeunes manifestants qui seront jugés le lendemain et condamnés à de la prison ferme. Lundi, quelques jours après la sortie de prison du dernier détenu, la cour d’appel de Rennes a de nouveau entendu les quatre jeunes. Le gérant du restaurant, qui avait reçu un coup au visage et avait été légèrement blessé, a retiré sa plainte, « désolé que les gamins aient fini en prison ».

Sans casier judiciaire, dans un contexte flou, les quatre jeunes ont-ils servi d’exemple, comme aiment le rappeler leurs soutiens ? « Avoir un casier vierge ne veut pas dire que l’on est innocent. La réponse judiciaire avait été extrêmement sévère dans un contexte de désordre apocalyptique. Mais une justice à la hache répond à des comportements à la hache. Leur culpabilité ne fait pas de doute », a martelé lundi l’avocat général, qui a demandé la confirmation des peines, déjà purgées. Une chose est sûre : un coup, au moins, a été porté au gérant.

« Je n’ai rien fait »

Les quatre jeunes, qui assurent qu’ils ne se connaissaient pas (à part pour deux d’entre eux), ont livré leur version des faits lundi face à la cour. « Ça frise le ridicule, je n’ai rien fait », dira l’un. « Il m’a attrapé par le cou. J’étais certain qu’il allait me frapper. Dans la panique, j’ai balancé mon poing dans son visage », ajoutera le plus jeune, accusé d’avoir blessé le gérant et condamné à trois mois ferme. Ce dernier, visage tuméfié et vêtements déchirés, a depuis rencontré les parents des quatre jeunes, regrettant l’ampleur prise par cette bête histoire.

Lundi, les avocats des quatre prévenus ont demandé la relaxe, assurant que leurs clients « n’étaient pas venus au Bagelstein pour régler des comptes ». « Ils ont voulu jouer les contrôleurs. Ce n’est pas leur rôle. Ils ont menacé le gérant, l’ont insulté », réplique l’avocat général. Mise en délibéré, la décision sera rendue le 13 octobre.