Bretagne: Pourquoi les éleveurs de volailles se font plumer par leurs voisins européens

AGRICULTURE Les aviculteurs craignent une année 2016 difficile…

C.A.

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Illustration d'un élevage de poussins, ici aux Etats-Unis.
Illustration d'un élevage de poussins, ici aux Etats-Unis. — McCollum

Comparés aux producteurs de vaches ou de porcs qui ont fait chauffer l’Ouest de la France début 2016, les éleveurs de volailles se sont faits discrets ces dernières années. Depuis les très médiatiques restructurations de Gad et Tilly-Sabco, les aviculteurs avaient discrètement retrouvé leur quotidien dans leurs exploitations. « La baisse du cours de l’euro nous a permis de mieux exporter. Mais on a dérouillé aussi. La différence, c’est que nous la crise, on l’a subie dès le début des années 2000 », résume Christophe Labour, aviculteur en Loire Atlantique.

« C’est inquiétant pour la filière »

Après une année 2015 « plutôt bonne » grâce à un marché à l’export dynamique et à la baisse du prix du gaz, les éleveurs de poulets et de dindes s’attendent à un exercice 2016 beaucoup plus compliqué. « La France était le premier producteur européen mais on se fait rattraper. C’est inquiétant pour la filière, pour l’emploi », poursuit Christophe Labour. En 15 ans, 8 à 9.000 emplois ont été détruits rien qu’en Bretagne et Pays de la Loire, selon les chambres d’agriculture du Grand Ouest.

Des patates lancées par des agriculteurs en colère, ici en février 2016 à Rennes.
Des patates lancées par des agriculteurs en colère, ici en février 2016 à Rennes. - C. Allain / APEI / 20 Minutes

Sans surprise, la concurrence féroce sévit surtout à l’Est. L’Allemagne, mais surtout la Pologne, investissent chaque année dans d’immenses élevages qui cassent les prix. Avec un salaire moyen à trois euros de l’heure pour un ouvrier polonais, les éleveurs français coûtent trois fois plus cher. « Comme ils manquent de main-d’œuvre, ils font même venir des Ukrainiens, qui sont encore moins chers. Ce que nous voulons surtout, c’est que les normes européennes comme la directive bien-être soient appliquées partout de la même manière », lance Didier Goubil, éleveur dans le Finistère et président du groupe professionnel breton.

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Les éleveurs, de moins en moins en nombreux en France, aimeraient pourtant surfer sur le succès de la volaille à l’international. Vanté par les diététiciens et accepté par toutes les religions, le poulet voit son marché progresser de 3 % chaque année au niveau mondial, dépassant les 100 millions de tonnes. « Ce qu’il faut avant tout, c’est reconquérir notre marché national et notamment la restauration hors foyer, qui importe plus de 60 % de sa volaille de l’étranger. Ce n’est pas normal que l’on paye le chômage des gens qui ont perdu leur boulot et que l’on importe nos produits », estime Didier Goubil.

Les collectivités à la rescousse ?

La solutionpourrait venir des collectivités. La région Pays de la Loire a notamment pris l’engagement de faire appel à des produits français, et si possible locaux. « Il nous faut convaincre les hôpitaux, les conseils généraux, les cantines. Dans quelques années, ça paiera, on en verra les bienfaits », estime Jean-Yves Guerot, éleveur de poulets et de dindes en Mayenne. Les professionnels espèrent que le nouvel étiquetage des produits français portera ses fruits. « Sinon, on va mourir à petit feu », préviennent-ils.